Mercredi 12 Août, 2020

Une fillette haïtienne dans le top 5 des meilleurs élèves aux Bahamas

Roanna Saintil, fillette d'origine haïtienne, classée 5e meilleurs écoliers du primaire à Nassau. Photo: Courtoisie Rony Saintil

Roanna Saintil, fillette d'origine haïtienne, classée 5e meilleurs écoliers du primaire à Nassau. Photo: Courtoisie Rony Saintil

D’un processus rigoureux qui réunit 112 meilleurs écoliers du primaire à Nassau, Roanna Saintil, 10 ans, une fillette d’origine haïtienne, est classée 5e lauréat.

Un père en délire au téléphone, on peut dire que la joie a même abîmé sa voix. « C’est la fête dans la famille depuis samedi ! la nouvelle apporte beaucoup d’émotions », décrit-il, à Loop Haïti.  

Depuis 1997, la Fondation Bahamas Primary School Student of the Year décerne un prix annuel aux meilleurs écoliers du primaire de la république. L’État bahaméen, au plus haut niveau, encadre l’initiative.

En 2020, 112 établissements primaires étaient missionnés d’envoyer l’écolier avec le meilleur profil académique en sixième grade (équivalent de sixième année fondamentale, en Haïti).

 

Cette année, pour la première fois, Roanna Saintil, une écolière d’origine haïtienne, se hisse dans le top cinq du prix, c’est aussi la première fois qu’une école publique se retrouve à ce stade. La petite a représenté l’école primaire Garvin Tynes Primary School, à New providence.

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« Double victoire ! », confirme son père, Rony Saintil, ancienne gloire de la radiodiffusion à Port-de-Paix. Radio Mélodie Inter, qui vient d’allumer sa 25e bougie cette année, est la propriété de la famille Saintil dans la métropole du Nord-Ouest.

Le père a immigré aux Bahamas en 2007 ; la mère, Marie-Ange Saintil, quant à elle, est née à Nassau mais a grandi en Haïti. La bonne éducation, l’apprentissage de l’anglais, sont quelque des priorités chez les Saintil, dans un Nassau où la communauté haïtienne est souvent victime de stigmatisation.

Dans l’article scientifique La stigmatisation d'être « haïtien » aux Bahamas, publié, en 2008, dans The College of The Bahamas Research Journal, Fielding, l’auteur, rapporte que « les migrants haïtiens sont associés au statut illégal, à une mauvaise éducation et à la pauvreté. La langue est une barrière qui empêche les migrants haïtiens de participer pleinement à la société et distinctes de la population générale ».

Beaucoup d’études ont démontré que la barrière linguistique se révèle, parfois, un sérieux obstacle pour l’enfant, elle peut même déboucher sur un certain désintéressement, et l’enfoncer dans un trauma parce qu’il n’est pas en mesure de participer, efficacement, aux débats effectués en salle de cours.

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Ce n’est pas le cas pour la petite Roanna. Sa mère a été professeure d’anglais au niveau quatrième à Sonlight Academy à Port-de-Paix, et son père s’exprime avec aisance, assurance dans la langue de Shakespeare.

Une virtuose

Les qualités de Roanna sont très appréciées dans sa famille, chaque geste est scruté à la loupe. Son père la décrit comme une enfant attentionnée, multitâche, dotée d’une excellente forme intellectuelle.

« Elle est vraiment intelligente, elle apprend vite et développe d’excellentes capacités pour le piano, le dessin, fait-il savoir. L’année prochaine, elle ira à Queens College, une des plus prestigieuses écoles secondaires à Nassau, et c’est grâce son intelligence ».  

C’est la consécration de l’idéal méritocratique pour cette fillette, le triomphe d’une famille haïtienne qui fait de l’éducation une arme redoutable. Le père est élogieux envers sa communauté d’origine.

« La communauté haïtienne actuelle, à Nassau, fait de son mieux pour éduquer leurs enfants, les éloigner des stigmatisations dont les parents sont, parfois, victimes », explique-t-il.

Roanna n’a pas été sectionnée, uniquement, pour sa constance académique, elle est également reconnue pour son altruisme ; d’ailleurs, c’est l’un des critères d’éligibilité pour ce prix.

À côté de leurs succès académiques, les écoliers doivent participer dans les actions civiques, par exemple Croix Rouge, nettoyage des communautés, faire don à des organisations, etc., peut-on lire sur le site du prix.

La journée de Roanna ne fait que commencer, reconnaît son père, elle va la poursuivre à Queens College. La santé financière de ses parents ne l’aurait pas permise de l’intégrer, explique son père, qui joue franc-jeu, mais grâce à la bourse de 3 500 dollars américains et d’autres supports, l’enfant s’offre délibérément cette enseigne prestigieuse.

L’histoire sera élogieuse envers Roanna, elle a fait entrer le nom d’Haïti dans les annales de ce prix de 23 ans.

Websder Corneille

Twitter: @webscorneille   

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