Lundi 19 Octobre, 2020

Un comité fait le plaidoyer pour la protection des droits des populations clés en Haïti

Le comité est un espace de concertation, une « synergie d’actions et une articulation de luttes » pour la protection des droits des populations clés en Haïti.

L’accès aux services est réparti de façon inégale en Haïti. Les populations clés (homme ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HARSAH), travailleurs du sexe (TS), toxicomanes, prisonniers, etc.) sont souvent les premières victimes de cette iniquité.

À défaut d’avoir une réponse proportionnelle de la part des autorités étatiques, quatorze associations fédèrent leurs énergies et ressources en un comité afin de sensibiliser les médias, la société civile, voire la population dans son ensemble, sur le piétinement des droits des populations clés dans la société haïtienne.

Un personnel de santé discriminatoire

Requérant l’anonymat, un jeune homme homosexuel raconte la situation chaotique qu’il a vécue dans un centre de santé publique dans le département de l’Artibonite. « Une infirmière a refusé d’apposer sa signature dans le document parce que je suis homosexuel », explique la victime. Une violation flagrante de la Constitution de 1987 (amendée en 2011) qui, dans l’article 19, stipule que l’État a l’impérieuse nécessité de garantir le droit à la vie, à la santé et au respect de la personne humaine sans distinction de race, couleur, orientation sexuelle, entre autres.

La discrimination ne se borne pas à la Terre salée, elle a traîné ses pattes jusqu’à Delmas, commune la plus prospère d’Haïti. Un jeune homosexuel ci-genre, 26 ans, PVVIH, doit affronter à chaque rendez-vous médical des « propos virulent, haineux » de la bouche des prestataires de soins de santé contre la communauté à laquelle il appartient. Au bout du compte, l’indifférence de ces soignants a fini par le décourager et boude les prochains rendez-vous.

D’après Steeven Jean Gilles, membre du comité et coordonnateur exécutif du Collectif Haïtien d’aide et appui à l’émancipation sociale (CHAAPES), dans le département de l’Artibonite, une énorme quantité de patients fuit les rendez-vous médicaux à cause des propos discriminatoires à leur encontre dans les centres de santé locaux.   

Une plus grande vigilance

Avec une population PVVIH estimée à plus de 160 000 (ONUSIDA, 2018), et des décès liés à des symptômes apparentant au VIH, il est regrettable que le personnel de santé n’ait pas pu mesurer la conséquence de tels agissements. « Nous appelons le Programme National de Lutte contre le SIDA (PNLS) à faire des séances de formation continue pour les professionnels de santé, à sanctionner tout comportement discriminatoires et à travailler à la mise en place d’un cadre légal pour que toute victime de discrimination dans un centre de santé, puisse aisément recourir à la justice », plaide Jean Gilles.

Ce dernier appelle à une « plus grande vigilance » de la part des acteurs étatiques et l’intensification de la lutte pour la protection des populations clés dans le pays. « Chacun à son rôle à jouer, en particulier, les médias », prévient-il.

Fondé en 2017, le comité « travaille à l’établissement d’un environnement social, politique, économique et culturel favorable aux populations clés », soutient Jhonny Clergé, membre de l’Organisation arc-en-ciel d’Haïti (ORAH) et président de cette structure. Le comité a organisé sa première retraite les 5 et 6 juin dernier.

Pour Clergé, président de cette structure depuis juin, la « presse doit assumer sa fonction de chien de garde et aider orienter la population vers une plus grande tolérance envers les populations clés ».  

« La lutte pour la protection des droits des populations clés s’avère longue et difficile, mais avec l’appui de la société civile, les médias et d’autres défenseurs des droits humains dans le pays, nous pouvons aspirer à un jour meilleur », enchaîne-t-il.  

À présent, les actions du comité s’inscrivent dans le cadre du projet : « Durabilité des Services pour les Populations Clés dans les Caraïbes » implémenté par le consortium CARICOM-PANCAP/CVC/COIN, le Centre d’Orientation et d’Investigation Intégral (COIN), et appuyé par le Fonds Mondial.

L’objectif central c’est de faire la promotion pour la protection des droits humains liés au VIH dans l’élaboration des politiques publiques en Haïti. Un combat qui s’annonce rude et périlleuse, mais à « vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », dit-on.

Websder Corneille

 

 

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