Lundi 6 Avril, 2020

Mòskòy, un maître dans l’art de la jonglerie en Haïti

Xavier Badio, connu sous le sobriquet de Mòskòy, à Loop Haïti dimanche 23 février. Crédit Photo : Luckenson Jean

Xavier Badio, connu sous le sobriquet de Mòskòy, à Loop Haïti dimanche 23 février. Crédit Photo : Luckenson Jean

Xavier Badio, plus connu sous le sobriquet de Mòskòy, est un de ces jeunes talents qui brillent dans l’art du jonglage en Haïti. En combinant sport, loisir, acrobatie et spectacle en un seul, ce jeune homme de 26 ans étonne partout avec son talent qu’il entend porter à l’échelle internationale un jour ou l’autre.

Lancer quatre ou cinq bâtons à feu ou massue dans l’air, puis les rattraper l’un après l’autre en créant une figure artistique sans se faire brûler les mains, ne peut laisser personne indifférent. C’est ce qu’on appelle la jonglerie, discipline artistique qui, selon le célèbre jongleur Raphaël Capito dans des propos rapportés par La Dépêche, a vu le jour en Égypte en 1800 avant de se faire connaître en Chine près de 600 ans avant Jésus Christ.

Vulgarisé à travers le monde au Moyen Âge, dans l’intervalle du Ve jusqu'au XIIe siècle, cet héritage est parvenu en Haïti une dizaine d’années de cela. Dans les premiers jours, des jeunes se sont attroupés dans une structure dénommée Centre culturel Maison Arc-en-Ciel pour apprendre les ficelles et la passion de la discipline d’un groupe d’entraîneurs canadiens après le séisme de 2010.

 

« Je fréquentais des clubs de détente pour pouvoir émerger en tant que jeune, raconte-t-il en visite dominicale à la rédaction de Loop Haïti. Après le séisme, un groupe de jongleurs canadiens organisait des séances de formation au profit de jeunes haïtiens dans plusieurs domaines, dont le jonglage. J’ai suivi les séances en dédiant une bonne partie de mon temps à cette pratique jusqu’à devenir aujourd’hui un jongleur professionnel ».

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Dans cette discipline tant admirée lors des festivités en Haïti (carnaval, festival, fête champêtre, mariage et autres), l’ancien pensionnaire du centre culturel Maison Arc-en-Ciel souhaite créer un nom qui lui permettrait de suivre les traces de l’Américain Michael Moschen, connu pour être un de ceux qui ont propulsé la discipline de la jonglerie en Amérique dans les années 80.

Mòskòy, une marque identitaire

« Le nom Mòskòy me vient d’une jeune demoiselle [Jessica] qui pratiquait tout comme moi la jonglerie, explique-t-il. Un jour, les enseignants canadiens ont demandé aux apprenants de choisir un nom de scène pour leurs collègues, elle m’a surnommé Mòskòy en se basant sur mon style et mes tenues qui sont si souvent authentiques. Depuis, j’en fais une marque identitaire ».

« Pour moi, continue Mòskòy, ce nom reflète un personnage, une icône que l’on peut comparer au "Cowboy Américain", à Lucky Luck ou du moins à Tintin, Milou, Capitaine Haddock, et Dupont, etc. C’est un personnage de spectacle qui se veut être représentatif du terroir haïtien avec un style vestimentaire très singulier composé d’un chapeau, d'une cravate ou d'un nœud papillon et des habits taillés sur le model vestimentaire de Baron Samedi », épilogue Mòskòy.

« Le jonglage est un mélange de plusieurs disciplines artistiques qui émerveillent tant par sa beauté que par son universalisme. C’est un jeu mais aussi un sport qui divertit, crée de l’attraction et de l’amusement », ajoute-t-il.

De par son style, explique-t-il, il est souvent étiqueté par ses admirateurs comme un imitateur du style impérialiste. Pourtant, une de ses ambitions est de faire la promotion du style haïtien à travers ses spectacles de rue, dans des shows privés ou des numéros conçus pour être spécialement consultés dans Internet à travers sa page Facebook ou YouTube.

« Très souvent on m’appelle Cowboy, mais je veux préciser que je suis Mòskòy, un "Cowboy" créole qui ne porte pas de revolver mais dont la seule arme est un objet de divertissement », prévient-il d’un ton joyeux.

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Cependant, le jeune prodige né Port-au-Princien souligne que son parcours est truffé d’embûches, de manque, des hauts et de bas qui ont fait de lui un homme persévérant dans une discipline qui se révèle parfois dangereux.

Un métier pas sans risque

De nos jours, la jonglerie ne sert pas uniquement à faire rire, elle devient un métier, a fait savoir Mòskòy. Mais les professionnels ou aspirants jongleurs en Haïti peuvent baisser pavillon à tout bout de champ tenant compte des risques et manques auxquels ils font face.  

« Les jongleurs sont souvent considérés comme des magiciens, or cette discipline artistique n’a ni patrie ni religion », éclaircit Mòskòy. Pour jongler, il pense que le pratiquant mérite une certaine dextérité pour ne pas gâcher la beauté de ces numéros mais aussi pour ne pas mettre en péril sa propre vie.

Exemple de fragilité, le jeune homme qui pratique aussi l’art de la marionnette, souligne un cas de coupure de courant électrique qui aurait pu lui coûter cher lors d’une prestation à Pétion-Ville (est de la capitale haïtienne).

« J’illustrait un numéro de jonglage sur la scène d'un restaurant à Pétion-Ville avec des machettes, soudain il y a eu une coupure d’électricité, regrette Mòskòy. J’aurais pu être gravement blessé ce jour-là ».

Mais cet incident malheureux n’a pas enlevé d’une once la motivation du jeune jongleur à poursuivre le chemin de ses rêves. Au contraire, après l’incident, il a été à trois reprises au concours « Haïti jeune talents » d’où il a décroché le titre de lauréat la troisième année de sa participation.  

« J’ai participé au concours Haïti jeune talents à plusieurs reprises, j’ai été éjecté en 2018. J’ai réinscrit l’année suivante, avant d’être détenteur du titre à ma 3e participation. J’ai persévéré tout en améliorant mes capacités au fil des ans », raconte ce dernier.

Pour décrocher cette distinction, le jeune jongleur avoue que cela a été au prix d’énormes sacrifices. « Je m’entraine quotidiennement afin d’améliorer mon style et ma performance, confie-t-il. Le jonglage est une discipline qui exige de la patience, de l’amour, et de la persévérance. Je m’entraine au moins 10 heures par semaine pour maintenir le niveau ».

En espérant suivre les traces du jongleur haïtien Alphonse Jonas et celui américain Anthony Gato, né à Manhattan dans l’État de New York, Mòskòy rêve de devenir un des meilleurs du monde dans la discipline qu’il choisit.

Un rêve qui, dit-il, se complétera par la création d’une école d’art ou un cirque afin de doter le pays de jeunes professionnels pouvant offrir au public haïtien des spectacles sains où l’art et le divertissement seront les maîtres de la scène.

Marc-Evens Lebrun

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