Dimanche 25 Octobre, 2020

Montréal-Nord s’empare du Créole pour sensibiliser les Haïtiens au Coronavirus

"Kreyòl pale. Kreyòl konprann", proverbe haïtien. .Luckenson Jean/LH

"Kreyòl pale. Kreyòl konprann", proverbe haïtien. .Luckenson Jean/LH

À Montréal-Nord, un arrondissement de la ville de Montréal, les citoyens sont adressés dans leur langue maternelle, dont le Créole pour les Haïtiens.

À situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle, dit-on souvent. Pour contrecarrer tout risque d’imbroglio, la Santé publique Nord-montréalaise fait usage de la langue maternelle des communautés pour leur sensibiliser aux menaces réelles du nouveau coronavirus (Covid-19).

Un camion muni de haut-parleurs va déambuler toutes les fins de semaine, parfois en jours ouvrés comme ce lundi 6 avril, pour maintenir la sensibilisation au Covid-19 aux derniers récalcitrants. Le message sera quadrilingue : en français, en anglais, en créole et en arabe.

« C’est une initiative extrêmement intéressante », pense Richenel Ostiné. Argumentant que la langue maternelle « dégage une charge émotionnelle, et qu’il n’y a pas meilleure façon de toucher le cœur de la personne que de lui parler à travers sa langue ».

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Jusqu’en 2016, plus de 20,000 noirs (Wikipédia) peuplent cet arrondissement, dont une grande majorité d’Haïtiens. « Beaucoup de nos compatriotes ne parlent et/ou ne comprennent pas forcement bien le Français », avance James Osné, étudiant en science politique et président de l’association des étudiants haïtiens de l’université de Montréal (Aehum).

« Ça va leur aider [les Haïtiens, ndlr] », reconnaît-il, à capter davantage les nombreux messages de sensibilisation émis par le Gouvernement durant cette période.

L’espace public, un espace pluriel

Le Canada est reconnu est respecté pour son multiculturalisme et le respect de la diversité. C’est aussi un des pays où le bilinguisme est attesté de manière plus équilibrée- à savoir que l’anglais et le français sont les deux langues majoritaires du pays.

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S’adresser aux Haïtiens dans leur langue maternelle, c’est « faire preuve de responsabilité » envers les communautés, estime Fred Lagrandeur, un étudiant haïtien à Montréal. « Le Gouvernement veut aider tout le monde et la meilleure façon de le faire c’est de leur parler dans leur langue maternelle », explique-t-il.

Un point de vue en commun accord avec celui d’Ostiné qui évoque la notion de « pluralité » de l’espace public. « Ça montre également que le gouvernement reconnait que l’espace commun est pluriel », dit-il. Il pense que les autres villes cosmopolites, les New York, Miami, etc. peuvent emboiter le pas.

Inégalités d’accès à Internet

Un des arguments mobilisés par les initiateurs du projet, l’organisme Parole d’excluEs par exemple, est la répartition inégale d’accès à Internet dans l’arrondissement de Montréal-Nord.

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« L’idée, c’était de se dire qu’à Montréal-Nord, ce n’est peut-être pas tout le monde qui a Internet, qui regarde les points de presse de François Legault et de Justin Trudeau, souligne la coordonnatrice de Parole d’excluEs, Bochra Manaï dans Métro. On veut juste s’assurer que les Nord-Montréalais puissent avoir accès au message dans la langue dans laquelle ils peuvent parler ».

Ce n’est pas qu’à Montréal ou le Gouvernement recourt à d’autres moyens pour faire sensibilisation. En Chine, début janvier, un drone paradait sur une avenue, avait stérilisé l’attention de plus d’un.

À chaque fois, l’idée première c’est de faire passer le message, pour reprendre la vieille formule des publicistes.

« Pour combattre ce virus, la communication est essentielle. Tout le monde doit être sensibilisé », pense Lagrandeur.

Websder Corneille

Twitter: @webscorneille

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