Jeudi 13 Août, 2020

L’histoire inspirante d’un jeune poète haïtien estropié à 6 ans

Junior Joel Sanon, chez lui à Portail Ça-ira (Léogâne). Crédit photo: Yveson Pascal

Junior Joel Sanon, chez lui à Portail Ça-ira (Léogâne). Crédit photo: Yveson Pascal

« J’ai perdu ma jambe en 1994, mais la poésie m’a donné des ailes »: Junior Joël Sanon |

Le 17 juillet 1994, à l’âge de six (6) ans, l’enfant Junior Joël Sanon allait subir un choc qui changera à jamais le cours de sa vie. C’était le jour de la finale de la Coupe du monde opposant le Brésil et l’Italie (3-2 aux tirs au but).

En célébrant sa victoire, un conducteur d’automobile, saoule d’après les autorités, et en liesse comme tous les fanatiques de la Seleção de l’époque, a heurté le jeunot par devant sa maison.

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« Le chauffeur s’est vite rendu aux autorités, acceptant de prendre tout en charge, explique ce dernier. La fracture était un peu complexe, on a dû m'amputer pour éviter le pire ». Depuis, il tient équilibre sur sa jambe gauche. 

Éducation

Enfant prodige du printemps de 1988, Sanon a effectué ses études secondaires au collège Emile St Lot de Léogane. Amant des Belles lettres et des langues vivantes, il voue un amour incommensurable à la poésie et l’apprentissage autodidacte de la langue anglaise pour laquelle il occupe actuellement deux chaires dans deux écoles secondaires à Léogâne.

Étudiant en Sciences de l’éducation à l’IMH (École normale dirigée par le Prof. Emmanuel Jn Baptiste), ancien secrétaire de AHL (Association des handicapés de Léogâne), il est aussi bibliothécaire au Collège Ste Croix de Léogâne. Il est un rêveur dont ses rêves dépassent l’horizon ordinaire. Il est père d’un garçonnet.

Inspiration

Après Goudougoudou, Sanon s’est essayé à la dramaturgie. De concert avec The Johanniter International, il a écrit et mis en scène la pièce L’amour est plus fort que tout, un spectacle à succès avec des personnes à mobilité réduite sur scène à Léogâne.

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« J’ai écrit la pièce et j’ai sélectionné moi-même les acteurs. Ça a été un succès fulgurant. On nous a même promis des voyages à l’étranger », explique-t-il.

En créole ou en français, Sanon assume une panoplie de textes, à l’instar de Si, Mélodie, Mon rêve, Ange etc. Plus tard, ses vers viendront illustrés la plaquette Fièvre Frisson de l’amour.

« Jadis, je vendais mes textes dans les écoles. Au moment du séisme, j’ai eu la chance de rencontrer une mécène canadienne- Bonne soeur- dont je ne dévoilerais pas le nom qui a apprécié mes écrits et m’a soutenu pour la parution de mon premier recueil qui a eu un succès énorme ».

« Les cinq cents (500) exemplaires sont tous écoulés à un prix dérisoire », lâche-t-il.

Poète-diseur tout à fait lubrique, artisan d'art scénique, qui pendant des années, nous a inoculés ses proses grâce à la flatterie des mots mélangés de sensualité et de simplicité.

Avec son seul recueil publié jusqu'à date, Sanon a déjà sillonné pas mal de cours et espaces publics à travers la zone métropolitaine avec une béquille qui croule sur le poids de sa muse comme un aède divin avec sa cithare pour nous apporter le rythme frétillant de ses mots imbibés de sensations fortes.

Moins de 10% de la population haïtienne vivent avec un handicap, et Junior Joël Sanon y font partie.

Une portion d’entre eux arrivent à sortir du lot, et trouvent un moyen de continuer le voyage avec fierté et dynamisme.

Sanon est l’exemple pertinent que le handicap n’est pas une fin en soi. "J'ai perdu ma jambe en 1994, mais la poésie m'a donné des ailes", confie ce dernier.

Yveson Pascal

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