Jeudi 29 Octobre, 2020

Haïti. Une ligne téléphonique pour les personnes LGBT+ en danger

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Les personnes LGBT+ en Haïti font face à des situations extrêmes dans lesquelles elles risquent même de perdre la vie.

Il y a de cela un mois, une jeune fille transsexuelle s’est suicidée en Haïti, a appris la rédaction de Loop Haïti de Yaisah Micaela Val, 47 ans, cheville ouvrière de Acifvh, une organisation de personnes transgenres en Haïti, fondée en 2016.  

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Ce décès brutal a révulsé toute la communauté trans haïtienne. Ainsi a-t-elle pris la décision d’inaugurer, début de ce mois, SOS Haïti, une ligne d’écoute pour les personnes Lgbt+ en détresse dans le pays.

« Peut-être qu’elle n’aurait pas pris cette décision extrême si elle avait reçu l’aide ou l’assistance de quelqu’un conscient de son sort », regrette Mme Val.

Au départ, la ligne était réservée aux transsexuels, mais avec l’accroissement des demandes, Val a émis la conclusion qu’elle peut servir à un public plus large puisque la pression monte pour toute la communauté Lgbt+, communément appelée Communauté M en Haïti.

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Tentative de suicide d’un jeune homme trans

« Nous recevons beaucoup d’appels au quotidien, fait-elle savoir. Une forte quantité provient de Bas Delmas, Martissant et autres quartiers où les conditions de vie sont dégradantes ».

Les témoignages reçus rapportent que des jeunes trans sont constamment violés dans leur quartier, informe Val. Un d’entre eux a failli se suicider la dernière fois si ce n’était de notre vigilance, dit-elle.

« Nous nous sommes rendus sur place pour le repérer et le conduire vers un psychologue. Le pire aurait pu se produire si nous avions mis un peu plus longtemps pour y arriver », regrette la mère de deux enfants.

Dans cette démarche, Acifvh a déjà bénéficié de l’accompagnement du Bureau des Droits Humains en Haïti (BDHH). « On s’assure que les suivis judiciaires soient effectués dans les cas extrêmes, explique Val. Et le BDHH s’est montré disponible et disposer à faire la route avec nous ».

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Acifvh dispose d’un espace d’accueil dénommé Kay Trans (littéralement, Maison pour les Trans) pour les victimes ou ceux qui ont besoin de s’évader un moment à cause de la violence dans leur entourage.

« Un espace bien aéré qui leur assure une plus grande sécurité que d’être chez eux », assure Val.  

« C’est un abri pour les personnes transgenres en situation difficile », dit-elle.

En avril dernier, la Haut-commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Michelle Bachelet, alertait sur la vulnérabilité des Lgbt qui s’accentue avec la crise du nouveau coronavirus dans le pays.

« Pour les personnes LGBTI, le domicile peut ne pas être un endroit sûr. Étant donné les restrictions et les mesures de confinement, nous devons nous assurer qu'elles aient accès à un refuge et à un soutien en cette période de crise du Covid-19 », insistait-elle.

Médias et leaders religieux dans l’œil du cyclone

Avec la promulgation du nouveau code pénal qui entrera en vigueur en 2021 et le décret sur la Carte d’identification nationale unique (Cinu) dans lesquels certains articles se penchent vers la protection des personnes Lgbt+, les discours homophobes montent d’un cran, notamment sur les réseaux sociaux. D’après Val, les médias et leaders religieux y sont pour beaucoup.

« Nous pensons que ces cas de violence sont incités par les discours haineux des leaders religieux, des politiciens. Ces personnes-là profitent des tréteaux médiatiques pour véhiculer ces contenus homo-phobiques », explique Val.

Pour tenter d'équilibrer les choses, Val et Cie. se préparent à lancer le show Trans Sur Table sur YouTube. Le premier épisode sera en rotation dans les prochains jours.

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« Nous voulons mieux éduquer la société haïtienne par rapport aux problématiques liées au genre, en particulier sur la communauté trans », indique-t-elle.

Un deuxième objectif : faire le contrepoids aux discours haineux qui envahissent les espaces médiatiques et qui incitent, d’après Val, à la violence.

« Nos élus doivent s’occuper de leur fonction qui consiste à légiférer au bénéfice de tous et non au profit d’un seul groupe, exclusivement », ajoute-t-elle.

Depuis le « coming out » de  Yaisah Micaela Val en 2017, beaucoup d’autres transsexuelles ont pris leur courage à deux mains pour en faire de même.

L’initiative d’inaugurer la ligne d’urgence SOS Haïti va bien aider à sauver des vies comme celle du jeune homme transsexuel cité plus haut.

Les numéros: 

  • +509 4747-6132 (Digicel) 
  • +509 3465-4494 (Digicel)
  • +509 4290+6197 (Natcom)

Websder Corneille

 

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