Mercredi 21 Octobre, 2020

Farah Larrieux trouve sa raison d‘être dans les tribulations de sa vie

Marie Farah Valérie Larrieux à Fort Lauderdale (États-Unis) où elle coordonne une campagne d'engagement civique pour toute la région Broward.

Marie Farah Valérie Larrieux à Fort Lauderdale (États-Unis) où elle coordonne une campagne d'engagement civique pour toute la région Broward.

Une voix pour les sans voix ! voilà ce qu’est devenue l’ancienne présentatrice de Télémax, Marie Farah Valérie Larrieux, aux États-Unis. Ce n’est pas le statut temporaire, communément appelé (TPS), qui empêchera à cette entrepreneure sociale d’élever le ton pour les immigrants lorsque les droits de ces derniers sont piétinés outrageusement.

Début

Nous sommes en 2002 quand Marie Farah Valérie Larrieux débarqua à titre de présentatrice à l’une des plus grandes chaînes de télévision de l’époque en Haïti, Télémax (ch.5). Elle avait 23 ans, donc jeune, brillante, et respire les odeurs acérées de la vingtaine. Elle faisait la promotion de la culture haïtienne à la télé, en particulier le style authentique Compas Direct ; interprétait des rôles dans les films Cicatrices et Protège-moi (de Jean-Gardy Bien-Aimé). Peu de dire que ça allait pour elle.

Plus tard, avec son ami Pierre-Michel Théodat, responsable des relations publiques de Djakout Mizik qui s’est transformé depuis en Djakout #1, les deux ont mis sur pied Thélar Advertising, reconnu aujourd’hui sous le label Thélar Management Group. Une agence spécialisée dans la promotion des Industries créatives et culturelles.

Cependant, cette percée spectaculaire dans la cour des grands à Port-au-Prince ne l’a pas empêchée de rêver ailleurs. Voilà qu’en 2005 elle a décidé de jeter l’ancre aux États-Unis. Âgée de 41 ans aujourd’hui, licenciée en sciences informatiques et détentrice d’une somme d’expériences qu’elle a accumulée au fil des ans, Mme Larrieux a accordé cette entrevue exclusive à Loop Haïti.

Immigration

« Défendre le droit des plus faibles ! », Marie Farah Valérie Larrieux intériorise ce discours dès son jeune âge. Déjà à l’école primaire en Haïti, elle se faisait porte-parole de ses camarades de classe, et portait leurs revendications auprès de la direction de l’établissement scolaire sans ambages. « Vu le parcours dramatique de ma famille et leur implication dans la politique, j’avais dans le sang le désir de servir et d’aider les autres », a-t-elle déclaré.

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Arrivée au pays de l’Oncle Sam en 2005, Larrieux s’est installée dans le sud de l’État de la Floride où elle fit la rencontre d'un Haïtiano-Américain qu'elle épousera par la suite.  La tête pleine d’objectifs, une volonté inouïe d’apprendre avec la capacité d’endurer les chemins les aléas, la jeune dame essaye, tant bien que mal, d’intégrer la société américaine. 

Deux ans après son mariage, les services d'immigration ont annulé la demande, dû à des complications dans la pétition de résidence permanente qu'avait appliquée pour elle son mari. Farah est placée sous menace de déportation. Et c’était le début d’un calvaire pour une femme perdue, dépressive, qui avait même essayé de mettre fin à sa vie.

L'affaire est portée par devant les tribunaux d'immigration américains où elle prend sa défense toute seule. Les moyens financiers étant trop maigres, Mme Larrieux ne pouvait pas se payer les services d'un avocat d'immigration. En 2010, suite au tremblement de terre qui avait fait plus de 200 mille morts dans le pays, le président américain de l’époque, Barack Obama, décidait d’octroyer un statut temporaire, communément appelé Temporary Protector Status (TPS), à plus de 300 mille Haïtiens vivant en situation irrégulière sur le sol américain.

« C’était une très bonne nouvelle », nous a dit la spécialiste en gestion de la musique, qui avait intégré le programme la même année. Certes un brin de soulagement, mais les inquiétudes ne s’étaient pas pour autant estompées. « Une période qui a apporté elle aussi ses lots de préoccupations. Chaque année, les immigrants attendent à un renouvellement du programme TPS », se plaint-elle.

Depuis l’implémentation du TPS, des Haïtiens ont essayé de se régulariser, mais la situation de Farah reste la même. « Je vivais dans l’incertitude. J’étais stressée, mais je ne voulais pas retourner en Haïti », témoigne l’entrepreneure qui continue tant bien que mal de planifier son futur aux États-Unis.

Vu les difficultés qu’elle a connues avec son statut, ainsi que les dizaines d’histoire d’immigrants dont elle a pris connaissance, Larrieux se dit conscientiser, voire révolter. Cette révulsion vécue de l’intérieur l’a traînée dans la lutte pour le respect des droits des immigrants aux États-Unis.

Militance

En 2017, la politique migratoire des États-Unis prend une tournure plus austère. Les procédures s’endurcissent. Les lois subissent des modifications. La même année, Farah décida de s’engager dans les mouvements revendicatifs aux cotées d’autres grosses pointures dans l’objectif de continuer à porter au plus haut niveau les desideratas des immigrants. Elle s’engage dans des conférences-causeries, des manifestations, entre autres.

À côté de Marlène Bastien, responsable de l’organisation Fanm ayisyèn nan Miyami (FANM), et bien d’autres militantes, Larrieux se donne corps et âme dans une lutte capable de forcer la main des autorités américains jusqu’à accorder le statut permanent aux bénéficiaires du TPS. Dans le gratin des militantes, Larrieux se fait entendre, l’écho de sa voix vont détourner les officiels américains de leur songe. Des médias américains et internationaux l’écoutent, et ses paroles sont retranscrites partout.

À ne pas se leurrer ! Cette nouvelle marque ajoutée à son agenda ne l’a pas fait oublier sa case de départ : l’art et la promotion des biens culturels. Cependant, elle trouve un moyen de les utiliser à bon escient. Elle coordonne actuellement la campagne d’engagement civique dans la région « Broward » pour le compte de Florida Immigrant Coalition (FLIC), une organisation populaire et de défense des droits des immigrants. Cette campagne a pour mission d’éduquer les groupes minoritaires sur leurs droits civiques et d’aider ceux-là qui sont qualifiés à voter aux États-Unis, à obtenir leur carte électorale, et s’immiscer dans la politique.

En 2014, elle a été distinguée « Beacon of Hope of Achievement Award » par le Consulat général d’Haïti à Miami.

Ses péripéties

« Mwen pase anpil mizè Ozetazini. Fòk yon moun te mete w deyò nan kay yon lè epi pou w pa gen kote pou w dòmi, pou w konprann yon seri reyalite. Fòk ou viv nan yon peyi san papye, pou konprann lavi yon imigran », témoigne Farah Larrieux, la voix pleine d’émotion. Les larmes versées par l’ancienne animatrice de télévision lors de cette entrevue, semblent-elles incapables de contenir son désir ardent de s’engager, de fond en comble, dans la lutte pour le respect des droits des immigrés.

« J’étais née pour militer. Donc, je suis en train de donner ce que j’avais reçu. Je défends une catégorie que moi-même j’en fais partie », a dit Mme Larrieux. Pour elle, sa militance va au-delà du TPS, et touche particulièrement les femmes haïtiennes qui, vivant à l’extérieur du pays, acceptent parfois de se laisser abuser et humilier dans le but de répondre à leurs besoins personnels et aux obligations familiales.

Discrimination, angoisse, solitude, incertitude… des vécus qui continuent de marquer la vie de Marie Farah Valérie Larrieux, qui, à l’instar de plusieurs autres femmes militantes haïtiennes évoluant aux Etats-Unis, ne cesse d’amplifier la lutte pour le respect des droits des immigrants.

En attendant un éventuel renouvellement du programme Temporary Protector Status (TPS) en janvier 2021, les ressortissants de six (6) pays, dont Haïti, essayent de gagner leur vie, et continuent de contribuer au renforcement de l’économie américaine.

Ce texte a été mis à jour mardi 10 mars 2020 à 2:57 a.m.

Luckson Saint-Vil (avec la Rédaction)

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