Lundi 21 Septembre, 2020

"Dieu ne tue personne en Haïti", un roman de l'américain M. Berlinski

Mischa Berlinski, écrivain/ Photo: RFI

Mischa Berlinski, écrivain/ Photo: RFI

"Je dois admettre que je comprends très mal Haïti. Je suis sûr que chaque chose que je crois connaître sur ce pays est fausse", soutient l'écrivain américain Mischa Berlinski, auteur pourtant d'un roman saisissant sur Haïti.

"Dieu ne tue personne en Haïti" (Albin Michel), roman traduit de l'anglais par Renaud Morin, nous parle d'Haïti juste avant le terrible tremblement de terre de janvier 2010.

Mischa Berlinski, 45 ans, a vécu en Haïti entre 2007 et 2011. Il y a accompagné sa compagne, juriste pour la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) mise en place dans le pays en 2004 après l'exil du président Jean-Bertrand Aristide (la Mission s'est officiellement achevée en octobre 2017).

"Je suis arrivé en Haïti au printemps 2007", raconte Mischa Berlinski rencontré à Paris chez son éditeur par l'AFP. "Ma femme a été assignée dans la ville balnéaire de Jérémie (dans le sud d'Haïti, à environ 300 km à l'ouest de la capitale Port-au-Prince, ndlr), un endroit où il y a plus d'ânes que de voitures dans les rues".

"Mon livre n'est pas un livre de journaliste, c'est une oeuvre d'imagination, c'est un roman", insiste Mischa Berlinski malgré un récit très réaliste. Le titre français du roman (le titre original est "Peacekeeping") provient d'un proverbe créole signifiant que personne ne meurt de mort naturelle en Haïti.

En lisant, on se dit que la misère, les catastrophes et la mort font partie du quotidien haïtien. Mais, après ce constat désastreux, il apparaît aussi que ce pays possède une force de vie indéniable.

Le roman raconte une campagne électorale dont l'enjeu est la construction d'une route, toujours promise, jamais réalisée, entre Jérémie et la capitale. L'histoire nous est racontée par un narrateur qui ressemble à l'auteur. Il nous fait découvrir un sénateur corrompu, un juge idéaliste, un shérif de Floride venu renforcer la police locale et qui espère une rédemption et puis Nadia, la femme du juge qui met le feu avec ses "yeux verts".

- "Stéréotypes négatifs" -

Mais, au-delà de ce canevas romanesque le livre est truffé de mille et une histoires que Mischa Berlinski a patiemment collectées durant son séjour.

"Je ne connaissais vraiment presque rien d'Haïti avant de me rendre sur place. Ce n'était pas un pays qui m'intéressait beaucoup", reconnaît l'écrivain en précisant qu'il n'en connaissait que "les stéréotypes négatifs qui y sont associés".

Francophone, parlant même le créole, l'écrivain américain a tissé des liens puissants avec les Haïtiens. C'est la force de son livre qui multiplie des anecdotes vues ou entendues. Il y a par exemple ce récit poignant d'une lycéenne très bonne élève dont le destin va être brisé à la suite d'un viol, la description de la bibliothèque de Jérémie où "un jeune homme, conducteur de moto-taxi, lisait +Les Misérables+ et une jeune femme, son bébé endormi par terre (...) lisait une édition en piteux état du +Deuxième sexe+".

Dans la réalité, il n'y a pas eu de campagne électorale avec une route pour enjeu mais, raconte le romancier, quand il vivait à Jérémie "seul un chemin de terre" reliait cette ville à Port-au-Prince. "Le voyage par voie terrestre pouvait durer quatorze ou quinze heures". Pour éviter ce long trajet il y avait également le bateau.

"Environ une semaine après notre arrivée à Jérémie, le bateau qui assurait la liaison avec la capitale a coulé" faisant 18 morts, se souvient l'écrivain. Cet épisode tragique apparaît romancé dans son livre.

"Je ne suis pas un auteur haïtien. J'ai quitté ce pays avec plus de questions que quand je suis arrivé. Sans doute me suis-je beaucoup trompé", se demande l'écrivain

"D'ailleurs, ajoute-t-il en souriant, même concernant mon propre pays je croyais le comprendre et je n'ai pas compris la dernière élection présidentielle".

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