Samedi 31 Octobre, 2020

Chevelin Pierre, l’illustrateur qui fait vivre l’imaginaire haïtien

Photo prise sur le compte Instagram de Chevelin Pierre

Photo prise sur le compte Instagram de Chevelin Pierre

De Tezin à Bizango, en passant par les images des livres d’enfants et les jolis dessins sur les réseaux sociaux, Chevelin D. Pierre évoque, depuis plus de deux décennies, l’imaginaire fantasmagorique haïtien. Petit portrait d’un collectionneur d’images.   

Tout a commencé quand un jeune écolier a gagné deux fois de suite (1992 et 1993) un concours de dessin lancé par la maison d’éditions Henry Deschamps pour son calendrier annuel. Les thèmes retenus pour les deux années étaient, respectivement, Restavèk (reste avec) et La vie des indiens sur l’Île d’Haïti. Il a remporté l’édition de 1992 avec ses dessins titrés : « Bourik travay, chwal gariyonnen ».

Le petit écolier, féru d’images, a tout de suite attiré l’attention de Maël Fouchard, dessinatrice diplômée de l’École des beaux-arts en Suisse et directrice de la maison d’édition Henry Deschamps. Celle-ci lui a autorisé à commencer un stage équivalent d’un cursus en beaux-arts dans ladite maison d’édition. Depuis, c’est le début d’une longue aventure, reconnaît-il. 

 

Trois années plus tard, soit en 1995, il a commencé une carrière en tant que dessinateur et illustrateur professionnel chez Deschamps, avant d’être promu directeur de production de la période allant de 1996 jusqu’à 2009. Ce qui lui a permis de rencontrer des ainés dont Guy Constant, dessinateur du classique J’aime Haïti.

Pierre est devenu une icône du dessin et de l’animation en Haïti. Il est, en effet, professeur d’illustration chevronné à l’École nationale des arts plastiques (Énarts) depuis une dizaine d’années. Un personnage humble qui n’a cessé de perfectionner son art afin en continuant d’explorer le monde qui l’enthousiasme.  

« Chevelin est très pointilleux et très perfectionniste de tempérament. C’est une personne qui se surpasse de jour en jour, explique sa femme Sandra Cériné, médecin de profession et auteur de la série Bizango, préfacée par l’auteure Jessica Fièvre. Outre mon mari, c’est un artiste hors pair ».

 

Entre personnages historiques, fantasmagoriques et autres représentations confectionnées à partir du café, Pierre se singularise avec beaucoup d’aptitude dans ce métier qu’il maîtrise au bout des doigts. « Un illustrateur doit être capable de mettre un concept en image et dénoter les messages, pense-t-il. Il doit pouvoir connaître les logiciels appropriés à la conception des différents éléments d’une illustration. Et, le plus important, être habile en dessin et en graphisme ».

« Pour ma part, je réalise des dessins, des peintures, des collages ou autres, qui seront reproduits sur une affiche, une plaquette, un livre, une revue, une pochette de disque ou encore un site Internet à l’aide d’outils tels que : les crayons, l'aquarelle, le fusain, l'encre de Chine, le café qui est une nouvelle technique mais aussi avec les logiciels de création et de retouche d'images tels Photoshop ou Illustrator », révèle-t-il.

Pierre n’est pas né de la dernière pluie. Il suit une lignée d’illustrateurs considérés comme têtes de pont du métier en Haïti, à l’instar de Géo Ramponeau et Philippe Dodard (actuel directeur de l’Énarts), qui ont, respectivement, illustré le livre de Grammaire FIC et le livre de Géographie FIC, deux ouvrages obligatoires à l’école fondamentale en Haïti.

« Je suis si content et si fier de voir plus de jeunes intéressés par cette profession et des parents qui les encouragent, avoue Pierre. Il faut dire que les temps ont changé. Bien qu’indépendant, avec un salaire décent largement au-dessus du salaire minimum, un illustrateur peut vivre de son travail. »

 

Les belles illustrations des livres pour enfant, la couverture accrocheuse d'un roman mythique, l'image percutante d'une réclame, la caricature agrémentant un article de presse et tous autres visuels attrayants, viennent du métier d’illustrateur qui aujourd’hui prend de plus en plus d’ampleur dans notre quotidien.

« Il n'est pas toujours facile de sortir du lot face au trop grand nombre d'illustrateurs sur le marché. Il faut beaucoup de persévérance et d’originalité », avoue Pierre. En 2012, il a créé Chevelin illustration, la première entreprise qui évolue dans les domaines de l’illustration, la bande dessinée, et l’animation.

« Je suis un interprète, un exécutant de la pensée. Je traduis en image tout ce que l’on peut imaginer », dit celui qui trouve que l’image est la traduction d’idées et de représentations mentales sous-jacentes qui le précèdent.

Texte : Mariah C. Shéba Baptiste

Vidéo : Luckenson Jean

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