Jeudi 26 Novembre, 2020

À 19 ans, Nancy Gilot devient une source d’inspiration pour les jeunes

Nancy Gilot, reine de la culture du carnaval national de Jacmel 2020. Crédit photo/Christfort Louis

Nancy Gilot, reine de la culture du carnaval national de Jacmel 2020. Crédit photo/Christfort Louis

Un pied dans le social, l’autre dans la formation intellectuelle, Nancy Gilot a des étoiles plein les yeux lorsqu’elle mobilise la parole. Une étoile dans le ciel brumeux jacmélien.

Nancy Gilot est âgé seulement de 19 ans. Cette jeune demoiselle passionnée de lecture, est en classe terminale au Collège Batiste Hosanna, à Jacmel (environ 93 kms au nord de la capitale). D’une couleur noire séduisante et d’une longue chevelure noire lustrée, elle arbore toujours ce joli sourire qui enjolive son visage.

Bourrée de talent et de compétence, elle a été désignée Reine du bureau de la culture pour le carnaval national 2020 de la cité d’Alcibiade Pommeyrac, ville créative de l’Unesco depuis 2014, et berceau des arts et de la culture d’Haïti pour plus d’un. Une distinction- s’il en est une- qui résulte de son engagement auprès la communauté dans laquelle elle évolue.  

Mademoiselle Gilot s’engage très tôt dans la vie socio-culturelle de sa ville. Sa représentation est unanimement saluée par les jeunes de sa région. « Je suis très ouverte, sage, respectueuse, et combattante jusqu’à la limite de mes rêves », avance-t-elle en entrevue à la rédaction de Loop Haïti. Elle veut que le monde se souvienne d’elle comme une figure étincelante dans la région de René Depestre (1926), grand poète haïtien parmi les grands.

« Je suis présidente du club des jeunes de l’organisation Mouvement Haïtien pour le développement Rural (MHDR) pour la commune de Jacmel, souligne-t-elle. Également, Présidente-fondatrice du club Union jouvencelle vers la Transcendance Intellectuelle(UJTI) ». Deux structures que « la porte-parole de la jeunesse », autoproclamée, concilient avec dextérité.

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« Être reine de cette manifestation culturelle, dans ce lieu touristique est une expérience enrichissante », reconnaît-elle. Sa satisfaction s’est poursuivie. « J’étais contente d’être à cette position pour vendre nos patrimoines culturels matériels et immatériels, tels que le carnaval de Jacmel, nos sites touristiques, nos habillements, évoque-t-elle. Le regard d’autres jeunes sur moi était très positif. Cela me rend très fière », s’est-elle réjouie.

 

« Organiser des salons littéraires »

Devenue reine de ce bureau a un fort motif. « De 2017 à 2019, on n’avait pas vraiment une reine de la culture. Ce choix est de permettre aux jeunes de connaitre la valeur de la culture et à la valoriser », soutient-elle qui fait montre qu’elle est une patrie intime à l’être haïtien à protéger.   

Les jeunes de son âge sont dans son viseur. Elle endosse une cause pour cette catégorie d’âge en perte de repère. « Je vise à travailler pour que cette génération puisse faire la différence. J’inviterai des intervenants pour des formations à l’endroit de ces jeunes, notamment sur la lecture ». De nobles objectifs pour celle qui croit que l’éducation doit être la priorité pour ces derniers.

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Cerise sur le gâteau. Elle rêve d’organiser des « salons littéraires » dans la commune. Une idée proche d’être matérialisée lorsqu’on sait qu’elle fait partie de la maison d’éditions Pulùcia, dirigée par Paul Ancien, bras droit de la culture à Jacmel. Elle fait de ce souci une manière d’aller à contre-courant des discours de ceux qui font croire que les jeunes s’adonnent uniquement au mouvement de « bòdègèt » (pour dire la débandade juvénile en Haïti).

« Honnêtement, la jeunesse de mon pays est dépourvue de presque tout. Les jeunes n’ont aucun encadrement. L’investissement dans des activités socio-culturelles et éducatives n’est pas une priorité. Mais, en ce concerne les activités de plaisir, de bòdègèt, c’est facile pour eux de trouver du sponsor », critique Gilot, arborant le vêtement de défenseure de la cause des jeunes dans le Sud-est.

Elle pense que l’éducation, la formation sont des vecteurs fondamentaux conduisant à la réussite. Elle les conseille de se fixer des objectifs qui détermineront leur avenir « parce qu’elles sont le futur du pays », prévient-elle. Elle invite les autorités à mettre sur pied des espaces de formation, ériger des centres universitaires dans tout le pays pour un meilleur encadrement de ces jeunes qui les remplaceront dans les années à venir.

« Ma vision pour Haïti est de voir son grand essor. Une Haïti où l’éducation est prioritaire, l’université est disponible pour ses filles et ses fils qui cesseront de laisser le pays pour se former en terre étrangère », explique-t-elle. D’autant que la fuite d’un nombre important de cerveaux constitue une grande perte pour le développement du pays.

Michaëlle Crann, son modèle

Nancy Gilot a un illustre modèle : Michaëlle Crann. Cette femme respectueuse est prise pour cheville ouvrière de la machine culturelle et touristique de Jacmel. « Mon modèle vit dans cette ville. Son nom est Michaëlle Crann [appelée Mme Jacmel, ndlr] », prévient Gilot.

« Elle est la Jacmélienne tant appréciée pour ses actions, son dévouement pour l’avancement de Jacmel. Elle est surtout reconnue pour son engagement au carnaval de Jacmel », a fièrement déclaré la jeune demoiselle. Elle a l’ambition d’être un jour la remplaçante de cette figure symbolique de la culture à Jacmel. 

Après ses études classiques, Nancy Gilot aspire à faire des études en communication sociale jusqu’à décrocher son doctorat. Parallèlement, elle rêve de devenir psychologue. Des rêves à la limite de l’imaginable quand on sait le combat qu’elle mène pour rehausser l’image de la jeunesse jacmélienne, en attendant de prendre le large en devenant une égérie pour la classe juvénile du pays en entier.

Walner Olivier

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