Dimanche 18 Novembre, 2018

Zimbabwe: des opposants devant la justice, le président élu appelle à l'apaisement

L'opposant et perdant de la présidentielle au Zimbabwe, Nelson Chamisa, Harare, 3 août 2018

L'opposant et perdant de la présidentielle au Zimbabwe, Nelson Chamisa, Harare, 3 août 2018

Une vingtaine d'opposants arrêtés au siège de leur parti devaient comparaître devant la justice samedi à Harare, après la victoire contestée du président sortant Emmerson Mnangagwa, qui a appelé à l'apaisement dans l'espoir de tourner la page de l'ère Mugabe.

Après l'euphorie du vote qui s'est déroulé dans le calme, la situation a dégénéré mercredi quand la police et l'armée ont maté une manifestation de l'opposition, faisant au moins six morts.

Elles doivent comparaître samedi devant le tribunal d'Harare, qui était gardé par quelques policiers.

La veille, Emmerson Mnangagwa, 75 ans, a joué la carte de l'apaisement vis-à-vis de l'opposition qui crie à la fraude. L'élection de lundi marque "un nouveau départ" pour "construire un nouveau Zimbabwe pour tous", a-t-il déclaré, appelant à l'unité.

Il a aussi défendu la légitimité de son élection, assurant qu'elle avait été "libre, juste et crédible".

"Nous avons gagné, mais ils ont déclaré le contraire. Vous avez voté et ils ont triché", a-t-il lancé sur son compte Twitter. "Nous faisons tout pour sécuriser votre vote et défendre votre volonté", a-t-il assuré.

Une fois officiellement saisie, la justice aura 14 jours pour se prononcer. Le vainqueur sera alors investi président dans les 48 heures.

- 'Casseroles de Mugabe' -

Il a même conforté son pouvoir à l'Assemblée nationale lors des législatives organisées en même temps que la présidentielle: son parti, la Zanu-PF, a raflé les deux-tiers des sièges.

Les précédents scrutins sous l'ère Mugabe avaient été marqués par des fraudes à grande échelle et des violences. En 2008, plus de 200 partisans de l'opposition avaient été tués.

Amnesty International s'est inquiétée de son côté de "l'arrestation arbitraire d'au moins 60 personnes en sept jours". Elle a appelé le nouveau président à "tenir ses promesses" en "ordonnant aux forces de sécurité de mettre fin à leur campagne brutale de torture, d'intimidation et de suppression de voix dissidentes".

Emmerson Mnangagwa traîne une réputation sulfureuse. En tant que chef de la sécurité nationale sous Mugabe, il a dirigé en 1983 la brutale répression dans les provinces dissidentes du Matabeleland (ouest) et des Midlands (centre), qui ont fait environ 20.000 morts.