Samedi 11 Juillet, 2020

Sculpture : Woodly Caymitte façonne un discours de Jovenel Moïse

Sculpture représentant le président au cours de la conférence de presse donnée dans l'enceinte du palais le mardi 15 octobre 2019.
Réalisée par Woodly Caymitte, plus connu sous son nom d'artiste "Filipo"

Sculpture représentant le président au cours de la conférence de presse donnée dans l'enceinte du palais le mardi 15 octobre 2019. Réalisée par Woodly Caymitte, plus connu sous son nom d'artiste "Filipo"

Ayant effectué une partie de ses études à l'École Nationale des Arts (ENARTS) en Haïti, Woodly Caymitte s'est spécialisé dans l'art sculptural. Le jeune sculpteur se penche sur de nouveaux projets en rapport avec son art, mais s'adonne pour l'instant aux portraits. C'est donc dans l'exercice et l'exploitation de cette branche de son métier que Filipo a voulu faire passer le président Jovenel Moïse dans les moules de ses modelages. Très vivant dans ses réalisations, Woodly fait une nette description des réalités qu'il sculpte avec une dextérité et une fidélité sans faille ; et on peut le voir dans la sculpture faite de Jovenel Moïse.

En effet, après le discours tenu par le président Jovenel Moïse en octobre dernier, Filipo a voulu sculpter ce discours jugé "nul". Un squelette en fer, modelé dans de l'argile, qui doit se terminer en résine, la sculpture dévoile les traits du locataire du palais national, se tenant devant un micro avec la bouche bâillonnée, les yeux grand-ouverts. Questionné sur le sens de cette réalisation, l'auteur a fait savoir qu'il voulait traduire la pensée et la compréhension de la population par rapport à cette énième prise de parole du président. Le bâillon pour exprimer le manque d'essence du discours et les yeux écarquillés pour traduire ce qui est devenu le slogan présidentiel : "Suivez mon regard".

"Filipo" est le sobriquet sous lequel l'artiste est reconnu pour son travail. Le vendredi 10 mai 2019 à Bordeaux, une statue en bronze sculptée par l'artiste a été inaugurée à l'occasion de la commémoration de la journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions. Cette statue représentait une ancienne esclave achetée par deux Bordelais qui avaient des plantations sur l’île d’Haïti, appelée Saint-Domingue du temps de la colonisation française.



"Je n'ai pas voulu être un artiste ; c'est le métier qui m'a choisi", avoue Filipo qui a fini par s'y complaire. "J'ai voulu faire médecin, mais j'ai vite réalisé que je pouvais guérir à partir de mes œuvres", ajoute-t-il. L'artiste s'adonnera bientôt à la réalisation de son projet baptisé "L'esthétique de la laideur". Un ensemble de sculpture que Filipo entreprend de réaliser, qui va mettre en vedette ces gens de la société qui sont souvent mis de côté : aveugle, cireurs de botte, Mazora (édentés)... Des personnalités sur lesquelles les lumières des projecteurs sont rarement fixées. 

Entre l'évidoir, le grattoir, l'outil de rotation, les couteaux, la spatule, pour son travail de sculpture, monsieur fait aussi de la place pour les chevalets, les pinceaux, les plumes... Oui, Filipo trouve du temps pour faire aussi de la peinture. 

D'autres projets sont aussi à venir. Il y en a que l'artiste ne veut pas encore dévoiler, mais le jeune sculpteur promet du lourd.


 

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