Vendredi 5 Juin, 2020

Wesli, le chanteur prodige est de retour

Après 15 ans d’absence sur la scène musicale haïtienne, le chanteur Wesli qui fait une carrière internationale veut renouer avec ses racines. Il a déposé ses valises en Haïti ce mardi et entame une tournée dans les médias. Loop Haïti l’a rencontré.

« Je n’ai pas eu la vie facile en Haïti», déclenche-t-il. Wesli Louissaint a grandi dans la même cour tranquille que Bélo, emballé par un rêve d’adolescent : représenter Haïti sur la scène internationale. Aujourd’hui, sa musique, mélange de dancehall, reggae, afro-beat, rara, compas, méringue, résonne de l’Amérique du Nord à l’Afrique de l’Ouest. Sa chanson, dit-il, est un engagement pour transmettre des valeurs sociales ancestrales, spirituelles et identitaires. Loop Haiti était  parti à sa rencontre.

Loop Haïti : Tu as reçu le 12 septembre dernier le prestigieux Prix SOCAN 2016. Que représente pour toi cette  distinction ?

Wesli : C’est un grand pas que je fais dans ma carrière d’artiste vu que la SOCAN, la société des droits d’auteurs au Canada, distingue beaucoup par son prix surtout avec la composition de son jury qu'est très diversifié. Cela affirme mon implication dans la société canadienne. Cela confirme aussi que mon intégration, mon son, ma musique, mon style sont reconnus par la majorité des canadiens. C’est une première pour les haïtiens, même s’il y avait beaucoup d’artistes avant moi qui ont eu plusieurs prix, mais jamais le Prix SOCAN.  C’est une marque pour la musique haïtienne, pour la jeunesse haïtienne qui doit continuer à rêver.

Loop Haïti : Dans une chanson, tu racontes avoir grandi dans un ghetto en Haïti. Tu t’installes à Montréal depuis une dizaine d’années. Comment cet immigrant, Noir en plus, a-t-il réussi à se faire une place sur la scène musicale en Amérique du Nord ?

Wesli : Ce n’est pas très facile. Déjà, en tant qu'haïtien, on a  des montagnes technologiques et structurelles à surmonter : on n’a pas d’électricité très souvent dans notre pays, on connait peu les matériels. Certes on peut avoir de l’imagination, de la créativité, mais il faut avoir des ressources matérielles pour concrétiser des rêves dans un pays hautement industrialisé. Cela représente un grand challenge. Pour cela, il faut aller à l’école. C’est ce que j’ai fait. J’ai étudié le show-business qui comprend : ingénierie de son, réalisation, gestion des instruments, devis de lumière etc. Alors, je peux dire que c’est une victoire, que tout le monde peut le faire. Il y a eu aussi des barrières sociales et raciales, vu que j’étais un nouveau venu. Ce n’est pas toute société qui va te donner toutes les ressources pour réaliser ton rêve. Je devais vraiment être sérieux. Cela prend un an, deux ans, un album, deux albums pour finalement convaincre les gens.

Loop Haïti : Ton aventure musicale a commencé très tôt en Haïti. À huit ans déjà, tu as fabriqué ta propre guitare. Doit-on dire que tu as un destin de musicien ?

Wesli : Je me rappelle qu’avant de quitter Haïti, je discutais avec Bélo et tous les gars, c'était notre rêve de représenter Haïti sur la scène internationale. Un rêve d’adolescent, mais nous nous étions pris très au sérieux. C’est juste pour dire qu’on n’était pas de désignés. On voulait avoir plus de connaissances, avancer, percer le marché international. Et c’est que qui nous arrive aujourd’hui. Mais je faisais tout déjà avant de partir : je faisais des bits pour mon groupe, je jouais à la guitare...

Loop Haïti : Tu as une reconnaissance internationale, pour avoir fait aussi des shows en Europe, en Afrique et en Asie. Tu maintiens de très bons rapports avec des musiciens qui évoluent encore en Haïti. Pourtant, le chanteur Wesli est jusqu’ici peu connu de cette génération…

Wesli : C’est justement que la génération actuelle écoute de la musique auto-tune. J’avoue que quand j’étais en Haïti, les valeurs étaient plus appréciées. Maintenant, on a un Haïti beaucoup plus à l’américaine où il faut tout faire pour réussir : il faut jouer ton jeu, tes tétons, tes fesses, etc. À mon époque, ça roulait sur des bonnes valeurs. On devrait écrire des textes conséquents pour avoir une reconnaissance. Force-toi, case ta tête, trouve des nouveaux mots. Tu ne pouvais pas sortir des chansons n’importe comment. Alors, si tu vois cette génération de Bélo, Mikaben, Tifane est restée classique, c’est parce que ces gens mettent l’accent sur chaque petit morceau dans une chanson.

Loop Haïti : Et pourquoi es-tu revenu en Haïti cette semaine ?

Wesli : Cela fait quinze ans que je n’étais pas présent en Haïti. Là maintenant je suis de retour pour de bon, dans le sens que vous allez avoir une présence constante, beaucoup de spectacles, des tournées médiatiques, sortie de single, de vidéos, etc. Il n’est jamais trop tard pour que quelqu’un qui est né dans un pays retourne à sa source et vienne pour aider les siens. Alors moi je suis venu pour apporter ce que j’ai appris à la jeunesse haïtienne qui est un peu perdue.

 

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