Samedi 29 Février, 2020

Wadson Désir, correspondant de RFI en Haïti, répond à Vincent Hervouët

De gauche à droite, Wadson Désir, Correspondant permanent en Haïti de l'émission Couleurs tropicales sur RFI et Vincent Hervouët, Présentateur de la rubrique Editorial International sur Europe 1. Collage: Loop Haïti.

De gauche à droite, Wadson Désir, Correspondant permanent en Haïti de l'émission Couleurs tropicales sur RFI et Vincent Hervouët, Présentateur de la rubrique Editorial International sur Europe 1. Collage: Loop Haïti.

« Haïti c’est la Somalie, mais aux Amériques ! ». Cette affirmation du journaliste présentateur de la rubrique « Eclairage International » sur Europe 1, suscite pas mal de commentaires dans le pays. Plus de 24 heures après la diffusion de l’émission, Wadson Désir, correspondant permanent en Haïti de Couleurs Tropicales sur RFI, dénonce les propos de Vincent Hervouët, qu’il qualifie de « discriminatoires, offensants, stigmatisants, et truffés de haine ». « Vous avez été méchant envers Haïti et son peuple », a-t-il écrit.

La rédaction de Loop Haïti, publie in extenso la lettre de Wadson Désir, adressée à l’Editorialiste d’Europe 1.-

À Monsieur Vincent Hervouët

Éditorialiste à la Matinale d'Europe 1

Paris, France

Monsieur,

J'ai écouté et réécouté votre édito du mardi 26 novembre 2019 ; consacré à Haïti.  Intitulé « Haïti, terre maudite mais héroïque », cet éclairage international a déplu à bon nombre de citoyens haïtiens du terroir et d'outre-mer. Vous avez poussé le bouchon un peu trop loin , en balançant des propos haineux à l'antenne contre cette magnifique île qu'est Haïti. Les mots que vous avez utilisés ; je les ai entendus avec un niveau de stupéfaction teinté de colère et de rage. Vous avez été méchant envers Haïti et son peuple qui luttent pour des lendemains bien meilleurs que ceux les dirigeants voulaient prétendre leur offrir. De quelle Haïti croyiez-vous parler, Monsieur Hervouët ?

Vous avez commis une grave erreur en disant avec désinvolture qu'Haïti est la Somalie, aux Amériques. Vous nous avez blessés et remués les entrailles. Connaissez-vous l'âme haïtienne ? En outre, vous avez dit qu'Haïti n'existe plus. Comment avez-vous décidé de parler d'Haïti en ces termes ? Ne vous intéressez-vous pas aux agriculteurs ayant annoncé leur velléité de bloquer Paris avec des tracteurs ? N'avez-vous pas les gilets jaunes aux trousses de votre gouvernement ? Plus d'un estiment que vous avez plein d'autres sujets à traiter concernant votre pays. Nous savons cela pour sûr. Les français ne nous aiment pas. Ces propos humiliants trouvent, peut-être, leur justification par rapport à la Bataille de Vertières au cours de laquelle nos héros montrèrent leur bravoure à Napoléon Bonaparte sans grands moyens. C'est ça Haïti ! Et cette page de l'histoire, personne ne saurait l'effacer. Vous devez continuer à vivre avec et faire montre de respect vis-à-vis de cette République d'épopée. Nous avons donné un sens à l'histoire de l'humanité, pour ce qui est des peuples noirs.

Au nom du Précurseur de l'indépendance, Toussaint Louverture, au nom de l'Empereur Jacques 1er, Jean-Jacques Dessalines, Père fondateur de la patrie haïtienne, j'ai jugé bon de vous adresser ces quelques lignes puisées dans les racines de la Bataille de Vertières du 18 novembre 1803 contre les français de l'époque coloniale. La prouesse de nos aïeux est insurmontable ; impossible donc de l'effacer. Cela a déjà été fait.

Monsieur Hervouët,

Vous avez fait un éclairage international truffé de haine. Vous avez tenu des propos offensants, discriminatoires, stigmatisants, bref inacceptables, aux yeux de ce valeureux et vaillant peuple. Oui, j'ai pu relever des aspects discriminants dans votre édito qui mérite un recadrage à la dimension des sacrifices consentis par nos ancêtres. Ces propos humiliants, insultants, très crus, vous feriez mieux de les utiliser pour parler de vos « Gilets jaunes ». Vous avez trop de choses à relater dans vos éditoriaux : les scènes de pillage, de violence, les incendies, les morts et les blessés sur les Champs-Elysées. Honte à vous. Honte à la France qui s'immisce beaucoup trop dans la politique interne d'Haïti. Vous foutez le bordel, ici.

Arrêtez donc de souffler le chaud et le froid, de raconter des salades à vos auditeurs qui sont légions à vous suivre tous les matins sur « Europe 1 » dont l'audience dépassait les 2.5 millions pour la période de septembre à octobre 2019.

Monsieur Hervouët,

En moins de 3 minutes, vous avez assombri tout un peuple qui, en dépit de tout, fait preuve de dignité. Je relève une pure contradiction dans votre édito du 26 novembre. Comment une terre maudite, mais héroïque, n'existe plus ? Que voudriez-vous insinuer par-là ? Je suis triste de vous entendre dire cela  par rapport au climat de tension qui y règne, depuis quelque temps.

Grande a été ma stupéfaction de vous écouter vous exprimer de cette manière dans le cas d'Haïti. En quoi Haïti est-elle une terre maudite ? Le côté historique d'Haïti ; vous ne le maîtrisez pas. Vous faites erreur en prononçant une telle phrase dénuée de tout fondement.

« Haïti n'existe plus », vous avez repris exactement ou presque la phrase de votre compatriote, l'écrivain Christophe Wargny ; qui eut à dire : Haïti n'existe pas. Comment, un éditorialiste de votre acabit, a-t-il pu débiter une telle insanité sur les ondes d'une station de radio jouissant d'une bonne réputation dans le paysage médiatique français ?

Si vous avez choisi de consacrer votre éclairage international à la crise qui secoue Haïti ;  c'est parce qu'en fait Haïti existe bel et bien. S'il n'y avait pas Haïti, on aurait dû l'inventer, car elle a joué pleinement son rôle de libérateur en faveur d'autres peuples. Le peuple américain et les latino-américains peuvent aujourd'hui en témoigner.

Vous avez dit, je cite, des chefs de gangs élus sénateurs. D'où tout cela était-il venu ?

N'en avez-vous pas ras-le-bol des agissements de vos compatriotes qui font pire que les haïtiens ? Pour votre information, nous n'avions pas élu des chefs  de gangs comme sénateurs ou comme députés. Nous avions placé à la tête des institutions étatiques des gens qui sauront vous apprendre à faire la différence entre un moment de colère et  l'orgueil.

Le peuple haïtien est fier de son passé, de son histoire qui est pour le moins  fascinante et formidable. Vous avez, pour une fois,  été minable. Il n'y a pas de quoi pavoiser, Monsieur l'éditocrate. Dans votre cas, il s'agissait de la pure masturbation radiophonique.

Honte à vous. Honte à votre France qui s'immisce beaucoup trop dans les affaires internes du pays ; tout  en niant les multiples revendications d'un peuple assoiffé de justice.

Haïti, terre maudite mais héroïque. Haïti n'existe plus. Vous avez osé dire tout cela à l'antenne pour nous humilier. Votre édito frise l'indécence. On ne fait pas ça à un pays qui mit en déroute l'armée française de l'époque. Vous devriez, de préférence, saluer nos héros qui montrèrent la bravoure à Napoléon Bonaparte, Leclerc et Rochambeau.

Haïti, terre maudite mais héroïque. Ce jeu de mots ; nous le comprenons. Nous ne sommes pas dupes. Arrêtez donc de nous berner, fossoyeur de votre état. Détrompez-vous. Haïti n'est pas une terre maudite. Haïti est plutôt une terre de légende et de fierté.

Monsieur Hervouët,

Quand on ne trouve rien d'extraordinaire à dire, on  se tait. Oui,  vous auriez dû vous taire et laisser parler les belles images d'Haïti Chérie. Avez-vous déjà visité Haïti qui fut jadis la Perle des Antilles ? Connaissez l'histoire d'Haïti ? Haïti est une terre hospitalière ; une terre de générosité. Vous n'êtes pas autorisé à débiter sur mon pays ces insanités au micro d'Europe 1 ? De votre part ; nous attendons,  exigeons des excuses publiques. Du haut de vos 62 ans d'âge  et de vos expériences dans ce noble métier de journaliste, n'avez-vous pas compris qu'il ne fallait pas prendre certaines choses à la légère. Loin d'avoir la prétention de vous faire la leçon, dans la pratique du journalisme, il y a la notion d'un « peu de  retenue ». Vous avez (crachez) avec  acharnement sur un pays d'un passé glorieux. En êtes-vous conscient de votre bêtise à l'antenne ? Vous venez de réveiller l'âme haïtienne et l'intrépidité de nos aïeux, ils vous ont écoutés avec pitié.

Indigné, frustré, insulté, au nom du peuple haïtien, par ces lignes ; je vous transmets les sentiments de Jean Jacques Dessalines à l'égard de vos compatriotes.

Nous avons osé être libres, Monsieur Hervouët !

Wadson Désir

Correspondant Permanent en Haïti de Couleurs Tropicales sur RFI

Fils d'Haïti

 

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