Jeudi 19 Septembre, 2019

Voici six choses qui contribuent au succès du festival PaP Jazz

"Plusieurs Grammy Awards Winners, des Victoires de la musique, des nominations Juno", bref, des artistes de grand talent, très demandés dans le monde étaient passés à cette treizième édition du PaP Jazz qui s'est déroulé dans la capitale haïtienne du 19 au 26 janvier.

"Plusieurs Grammy Awards Winners, des Victoires de la musique, des nominations Juno", bref, des artistes de grand talent, très demandés dans le monde étaient passés à cette treizième édition du PaP Jazz qui s'est déroulé dans la capitale haïtienne du 19 au 26 janvier.

13 ans déjà depuis que la machine du PAP Jazz offre un évènement de qualité et arrive à s’imposer dans la région comme un rendez-vous culturel incontournable. Une machine toujours mise en branle grâce à la complicité des ambassades partenaires, au sponsoring des entreprises locales dont la BRANA - HEINEKEN (même si elles tendent à se raréfier, constate-t-on cette année). Milena Sandler Widmaier, Directrice Générale de la FHJ, dévoile aux lecteurs de Loop ces six choses qui ont réellement contribué au succès de ce festival clôturé ce samedi 26 janvier avec la chanteuse à la voix imparable et veloutée, Joss Stone.

Organisation et gestion de l’événement

Loop Haïti. : En quoi l’organisation et la gestion des différentes activités du festival contribuent-elles au succès du PAP Jazz : quelles leçons peut-on en tirer » ?

M.S.W. : Organiser un évènement de telle envergure requiert, certes, une logistique énorme et beaucoup de préparations en amont, une équipe solide sur laquelle on peut avoir confiance et se reposer. Mais dans un pays comme Haïti, il faut tout le temps anticiper. Dans n’importe quel autre pays, on peut sauter sur une situation imprévisible et des contretemps. Ici, il faut donc se renouveler continuellement, s’ajuster à ces imprévisions qui peuvent gâcher tout une soirée de concerts ou chambarder toute une programmation. Il faut toujours trouver une réponse rapide pour que tout soit fonctionnel.

Programmation

Loop Haïti. : Le line-up, rassemblant des artistes nationaux et internationaux de grande trempe, serait aussi un facteur ? En quoi les artistes programmés aident à construire la réputation et la popularité du PAP Jazz ?

M.S.W. : Nous travaillons toujours très fort en amont sur la programmation à partir du mois de mars avec le comité d’organisation. Chaque ambassade propose un artiste ou c’est nous qui en proposons un qu’elle fera venir, bien sûr. Et nous, au sein de la fondation, nous avons beaucoup de productions : la moitié des concerts de cette 13e édition fut parmi les grosses têtes d’affiche que nous avions produites. C’est évident que la renommée d’un festival vient avec les artistes affichés et cette année, plus que les années d’avant, jamais on a eu d’artistes de pointe avant. Plusieurs Grammy Awards Winners, des Victoires de la musique, des nominations Juno. Bref, des artistes de grand talent, très demandé dans le monde. Ce n’est pas toujours évident de monter une programmation riche avec toutes ces pointures internationales qui tournent en boucle dans quasiment tous les grands festivals de jazz de la planète. Mais au fond, notre ambition est d’être le festival de référence de la caraïbe.

L’évènement acquiert d’année en année une visibilité beaucoup plus forte. Tellement forte que d’autres artistes trouvent eux-mêmes leurs propres moyens pour y venir participer. C’est le cas d’une belle palette de musiciens, cette année, comme Sony Troupé, Yogev Shetrit, Denis Lapassion, Simbi (un groupe suédois) et Joss Stone qui nous a fait cadeau de son concert dimanche au Karibe hôtel à la clôture.

Repeindre l'image d’Haïti

Loop Haïti. : Comment réussirez-vous à convaincre le management de ces artistes de grand calibre à venir au festival quand on sait qu’Haïti est toujours catapulté dans les médias internationaux ?

M.S.W. : Les artistes ne voient pas Haïti avec les lunettes des médias internationaux qui le dessinent fort souvent sous un mauvais jour. Je crois que les artistes, particulièrement les noirs américains de jazz (notamment) sont toujours heureux de venir en Haïti. Dans la plupart des cas, ils veulent découvrir ce coin d’île, ce pays mythique et magique dans l’imaginaire de ceux qui ont vaillamment combattu pour la cause des noirs. Ils manifestent leur envie de faire des ateliers, rencontrer afin d’échanger avec eux autour de la musique.

Fidélisation des partenaires ambassades

Loop Haïti. : Comment arrivez-vous à installer ce climat de confiance entre vous, organisateurs et les ambassades et ce, dès la première édition ? Dans les faits, comment se concrétise l’apport des ambassades ?

M.S.W. : L’idée de départ de ce festival vient de l’ambassade du Mexique. L’épouse du diplomate fut un des amis de Joël Widmaier. Alors, elle a décidé, avec bien sûr le soutien de certains partenaires locaux, d’organiser un festival de jazz. C’est ainsi qu’on a démarré et ce modèle de festival organisé grâce à l’appui de partenaires ambassades existe en Afrique. Chez nous, ce format existe depuis le début. Le climat de confiance existe parce qu’on fait du bon boulot : aucune ambassade ne se sent jamais lésée. On travaille ensemble : le comité se réunit une fois par mois et chacun joue son rôle. C’est un partenariat public-privé international qui s’est développé au fil des éditions et les instances publiques concernées sont aussi impliquées comme les ministères de la Culture, du Tourisme, la banque centrale (BRH). Ce qui rend pérenne l’activité. Mais dans les faits, l’apport des ambassades est strictement financier : c’est elles qui paie les billons d’avions pour les artistes étrangers qu’ils font venir, l’hôtel, les cachets. Et ce financement ne passe pas par la fondation, généralement. Cette année, on a encore eu une aide institutionnelle de l’ambassade de Suisse qui nous a aidés à renforcer nos capacités. Cette dernière, en accord avec l’ambassade de France, nous a octroyés  une subvention pour la venue du groupe Radio France.

L'équipe du festival 

Loop Haïti. : De la stratégie de communication et relations presse à la qualité sonore en passant par les divers profils qui bossent à chaque production de concerts nuités, after et master class, comment arrivez-vous à tenir le pari de réussir la semaine du festival ? (Le secret)

M.S.W. : Le secret… ? Je crois que c’est la passion. L’envie de faire mieux. Et comme on a cette ambition de devenir le festival de référence, pour ça, on travaille très fort, on se donne à fond. Cette année, par exemple, on s’est entourés d’une ressource humaine plus jeune appelée à l’avenir à gérer et pérenniser l’évènement.  Joël et moi nagent dans la cinquantaine et soixantaine. Mais on fait appel à des gens qui sont plus jeunes que nous. Le secret, c’est de travailler fort, non pas pour empocher de l’argent. Jusqu’à présent, Joël et moi sommes bénévoles. C’est donc la passion, la persévérance et l’envie d’offrir un évènement de qualité et un rendu fini qui nous anime. Et en ça, je pense qu’on est différent d’autres organisateurs de spectacles : Joël et moi gagnons notre vie ailleurs.

Reddition de comptes

M.S.W. : On a un comité d’organisation à qui on rend des comptes. On a un rapport financier et narratif qui est remis tous les mi-mars à chaque membre du comité. Quand on a des subventions, on est obligés de donner des comptes. Ça nous parait normal à la fondation. On n’en produit pas uniquement au terme de chaque édition de PaP jazz mais pour toutes les autres activités qu’on organise. Et cette habitude acquise est le fruit de nombreuses années de travail passées à Arcades. Ce programme d’Appui au Renforcement de la culture et de l’art haïtien mis sur après le séisme par l’Union Européenne nous a donnés les clés d’une gestion rigoureuse de nos finances.

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