Lundi 25 May, 2020

Voici l’histoire du premier aviateur haïtien, héros à Paris à 20 ans

Charles Terres Weymann à Paris avant la guerre 14-18. Archives Wikipedia

Charles Terres Weymann à Paris avant la guerre 14-18. Archives Wikipedia

Charles Terres Weymann est reconnu, par archives interposées, comme le premier aviateur haïtien. Il n’atteignait pas encore la barre des 21 ans résolus quand il eût effectué son tout premier raid aérien novembre 1910 qui lui a valu la reconnaissance hexagonale.

Le nom de Charles Terres Weyman est peut-être méconnu de la nouvelle génération d'Haïtiens, mais cet homme charrie une histoire singulière. Il est surtout indexé comme étant le premier aviateur haïtien, et sa légende s'est plutôt construite à l'extérieur, en France, principalement. 

En septembre 1910, après un premier exploit, le magazine sportif français « Vie au Grand Air » l'avait surnommé « Héros de Paris-Clermont- Ferrand ». Ce qui n'avait pas manqué de raviver les flammes de la presse haïtienne à l'époque.

Mais qu'en est-il de ce compatriote qui s'est fait connaître dans le monde de l'aviation à la fin de ses vingt ans ? Qui s'est illustré aux cotés de plus doués de son époque? 

Charles Weymann a, entre autres, « inauguré le service maritime accéléré dans le pays, et il a offert une partie de partie de ses terrains pour la construction du Pont-Morin », lit-on dans un texte de Don Gilberto paru sur Medium.

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Donc, le petit Weymann, né à Port-au-Prince, le 2 août 1889, descend par deux fois d’une lignée de nantis. De son père et de sa mère. Il est bruit que les fonds qui ont financé ses études en aviation ont été prélevés des avoirs de son aïeul, Mémé Rivière. Hypothèse plausible mais peu déchiffrable.

Pionnier de l’aviation en Haïti

« Weymann obtient le brevet de pilote de l’Aéro-Club de France le 6 juin 1910. L’Aero-Club of America lui attribua le brevet américain no 14 en date du même jour, ce qui lui permit de participer aux épreuves sportives en Europe comme pilote de nationalité américaine ». (Source Wikipédia).

Il fût un des premiers à obtenir aux États-Unis le brevet de pilote.

Une année plus tard, la reconnaissance et la gloire allaient lui sourire en France dans cette carrière jusqu’alors inaccessible même aux plus illustres jeunes français de l’avant-guerre.

Dans un article de Georges Michel dans le quotidien Le Nouvelliste, daté du 15 septembre 2009, l’auteur-historien écrit ce qui suit : « Au cours de nos recherches, nous avons pu découvrir au moins deux autres aviateurs […] dans les premières années du XXe siècle. Le premier est sans conteste Charles Weymann de Port-au-Prince, qui fut aussi un pionnier de l'aviation ».

Héroïsé à Paris

En Haïti, « Le Nouvelliste du 9 Novembre 1910 lui consacre toute sa première page […] avec la légende Un héros de l'aviation d'origine haïtienne Charles Weymann accomplissant le fameux raid Paris- Clermont-Ferrand », rapporte l’historien.

Voici un extrait de l’article précité: « Le nom de Charles Weymann a souvent figuré dans nos télégrammes parmi les plus brillants pionniers de l'aviation dont les progrès merveilleux contribueront pour beaucoup à la gloire de ce siècle ».

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« Dans une certaine mesure, nous pouvons être fiers du succès du jeune Charles Weymann à qui la « Vie au Grand Air », la grande revue sportive de Paris, a consacré dans son numéro de septembre (1910) plusieurs pages et de nombreuses illustrations, en l'honorant du titre de « Héros de Paris-Clermont- Ferrand ». Concourant pour le prix Michelin (100 000 francs), le jeune et courageux aviateur a converti brillamment, en sept heures, la distance de 480 kilomètres, avec un passager- « C'est la plus belle performance qui ait été accomplie en aéroplane », dit la grande revue sportive. Nous enregistrons ce fait, très flatteur pour le héros, avec d'autant plus de plaisir qu'il n'a pas encore 21 ans révolus : le plus bel avenir s'ouvre donc en sa faveur pour la conquête de l'air. Nous souhaitons le plus grand succès à notre jeune et vaillant congénère qui est déjà classé parmi les 5 plus hardis hommes-oiseaux ».

Cet article de Georges Michel a été repris par L’Albatros (pdf), revue éditée par l’Office national de l’aviation civile (Ofnac) en mars 2018 dans son deuxième numéro.

Janvier 1911

Au début de l’année 1911, le jeune Weymann alors âgée de 21 ans, a établi un « record aérien » en effectuant un vol avec trois passagers dans la Marne. « Une magnifique performance qui restera dans les annales », écrit Air Journal à son propos.

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« Et pour cause, c’est la toute première fois qu’un tel vol est réalisé : à savoir un vol à quatre personnes fait à travers la campagne, Charles Terres Weymann évoluant ainsi aller-retour de Mourmelon jusqu’à Reims, en prenant à bord de son appareil biplan de type militaire de la firme Farman : M. Boutmy, le chevalier Néri et Paul Van Gaver », apprend-on plus loin sur Air Journal.

Il excelle en France en cette période, les succès se multiplient à vive allure. Haïti, de son coté, est dans l’après Procès de Consolidation.

Octobre-Novembre 1911

Il a remporté, 1911, le premier concours mondial d’aéroplanes militaire en Champagne (France). Voici ce qu’on dit à son propos : « Le premier concours militaire d’aéroplanes de l’histoire mondiale de l’aviation se tient à Reims en octobre et novembre 1911 […] monoplan Nieuport équipé d’un moteur Gnôme de 100 chevaux et piloté par l’Américain Charles Weymann remporte le concours […] », lit-on sur le site de Les Maisons de Champagne, institution chargée de l’organisation du concours.

Une édition en septembre 1912 du feu quotidien Le Petit Parisien en France (pdf) relate son nom. « Il est vainqueur de la Coupe Gordon Bennett en 1911, à Eastchurch en Grande-Bretagne et la même année du Concours militaire de Reims », a signalé le journal.

Pionnier de l’aviation française de la guerre 14-18

Weymann, pendant la première guerre mondiale, s’est aussi essayé à l’entrepreunariat. Il a ouvert plusieurs factories en France, Grande-Bretagne et aux États-Unis. L’entreprise se spécialisait dans la carrosserie pour automobiles. Démembrée par la Crise de 1929, Weymann fabric coachwork ferma ses portes et le pilote revint à son premier amour : l’aviation.

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À cet effet, il s’est lié partie avec l’ « ingénieur Georges Lepère pour créer leur propre entreprise qui se nomma Weymann-Lepère », d’après Aviations Militaires.

« Le Weymann-Lepère WEL-10 était un avion de reconnaissance français de l’entre-deux-guerres. Il est resté à l’état de prototype […] Néanmoins, on sait que son premier vol eut lieu en 1930 et fut proposé à l'Armée, mais celle-ci refusa car elle jugeait que les performances étaient trop faibles par rapport aux autres avions de l’époque ».

Peu de temps après, le « développement du Weymann-Lepère WEL-10 fut abandonné et l’appareil fut détruit ».

Charles Weymann est mort à l'âge de 87 ans en 1976. Il a reçu nombreuses distinctions, dont la Croix de Guerre 1914-1918.

Son nom retentit des échos en France pendant que sa voix est presqu’inaudible en Haïti. Une dichotomie asphyxiante qui prévaut pour les plus illustres personnages haïtiens.

Cet article a été mis à jour le 20 mai 2020 à 9:20 pm (heure haïtienne). 

Websder Corneille

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