Samedi 29 Février, 2020

Vieille à 45 ans, le drame qui se lit sur le visage d’une Haïtienne

Roselène Moïse. Capture d'écran/Websder Corneille

Roselène Moïse. Capture d'écran/Websder Corneille

Roselène Moïse souffre dans ses poumons. Elle traîne cette maladie depuis des lustres. Faute d’argent, elle ne pouvait pas s’offrir un scanner dans les hôpitaux en Haïti. Ce vendredi 8 novembre, elle s’est retrouvée dans l’enceinte de la Marine haïtienne avant de monter à bord du navire-hôpital américain USNS Comfort.

On est sur la cour de la Marine haïtienne. Passés une première rangée, une femme se trouve immobilisée sur une chaise roulante, elle s’efforce de lâcher un sourire bienveillant, mais la désolation qui se lit sur son visage broie cet élan de générosité. Elle a donné son âge, 46 ans. Par mauvaise foi on n’y a pas cru. Visiblement plus expérimentée que nous, elle sait quand des jeunes maladroits lui jouent un mauvais tour. Elle menace de nous sortir une pièce d’identité. Nous avons reculé, ce serait une incartade. Nous sommes vite convaincus, même quand ici c’est monnaie courante que des officiers d’État civil se trompent. Tant de choses paraissent hilarantes dans ce pays. Mais bon.

Ce vendredi matin, les gens se bousculent, chamaillent à l’entrée principale de la base Amiral Kilick, à Bizoton. Une marchande nous a confié qu’il est rarissime de trouver une si belle affluence dans cette zone depuis quelque temps. Pourquoi ? Les gens ont la peur au ventre, la peur du VAR, sourit-elle, vaguement. Qu’est-ce que cela peut bien-t-il dire ? Un article publié par la rédaction donne une bien meilleure définition de cet acronyme originaire du monde du football, reconverti qualificatif de zone de non droit en Haïti. D’où vient cette appellation arbitraire ? On remercie la dame d’avoir été courtoise, on continue.


Retour à notre personnage de 46 ans. On met un frein à la troisième personne, cette femme a un nom : Roselène Moïse. Vêtue d’un beau mouchoir blanc et d’une robe sans manches avec des fleurs colorées. Elle émet les sons avec difficulté, elle explique qu’elle souffre dans ses poumons. Le nom d’une maladie qu’elle connait très mal mais qui la trébuche avec fracas depuis des lustres.

« J’ai une maladie de poumon », dit-elle, frôlement. « J’étais à l’hôpital de Mirebalais et on m’avait demandé de faire un scanner que je ne pouvais pas faute d’argent ». Elle avait besoin d’environ 450 dollars américain (équivalant de 41,850 gourdes). Ici sur la cour de la base Amiral Killick où elle tente de se faire soigner, elle s'est flanquée de son compagne qu’on n’a pas pu voir. Ce dernier déambulait bâbord et tribord sur la cour. Elle explique qu’elle a l’habitude de chuter mais que son époux vient toujours à sa rescousse. Cet homme avec lequel elle a cousu deux enfants.

Madame Moïse attend un soulagement à ses vieux jours. Elle croit que les médecins affectés au navire-hôpital USNS Comfort a les mérites qu’il faut pour la sortir de ses tourments, lui offrir une meilleure consultation gratuitement, chose qu’elle ne pouvait se permettre en temps réel.

La conversation s’est repliée par elle-même, chacun a pris soin de s’éloigner. Elle, murée dans son silence. Nous, à la recherche d’autres patients dans ce lieu qui n’en offre pas moins.

Le navire-hôpital américain USNS Comfort a levé l’ancre dans la rade de Port-au-Prince, base Amiral Killick ou « La marine haïtienne », à Bizoton, Carrefour, le mardi 12 novembre. De son passage, il a offert gratuitement des services de chirurgie, de médecine générale, de pédiatrie, d’ophtalmologie (yeux) et d’odontologie (dents et bouche). Nous sommes à la recherche de nouvelles de madame Moïse, histoire de savoir si elle avait pu être prise en charge comme elle le voulait.

Websder Corneille @webscorneille

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