Samedi 5 Décembre, 2020

Venezuela: crispation à son comble entre les deux camps

La crispation politique s'accroît d'heure en heure vendredi au Venezuela entre l'opposition menée par Juan Guaido, "président" autoproclamé du pays, et Nicolas Maduro, le président vénézuélien qui s'est vu suggérer une amnistie comme porte de sortie à la crise.

Le procureur général, Tarek William Saab, doit lui se prononcer sur l'ordonnance émise par la Cour suprême du Venezuela, pro-régime selon l'opposition, afin d'ouvrir une enquête pénale sur le Parlement, contrôlé par l'opposition, pour avoir "usurpé" les fonctions de Nicolas Maduro.

"Nous continuerons à aller de l'avant pour mettre un terme à l'usurpation du pouvoir (et établir) un gouvernement de transition et des élections libres", a-t-il dit depuis un endroit secret dans Caracas.

Selon la Haut-commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Michelle Bachelet, plus de 350 personnes ont été arrêtées cette semaine lors de ces manifestations, "dont 320 pour la seule journée du 23 janvier".

- "Corridor d'évacuation" -

"Lors de périodes de transition, des choses similaires se sont produites (...), nous ne pouvons rien exclure, cependant nous devons être très fermes à l'avenir (...) avant tout pour faire face à l'urgence humanitaire", a-t-il dit, interrogé sur la possibilité d'une amnistie qui concernerait le président vénézuélien.

Le Parlement avait promis le 15 janvier une "amnistie" aux soldats qui ne reconnaîtraient pas le gouvernement Maduro.

Mais la crispation restait à son comble vendredi. "Il est dangereux d'avoir des gouvernements parallèles", a relevé Michael Shifter, du Dialogue interaméricain.

Mais Nicolas Maduro a mis en avant le soutien de l'armée, réaffirmée par la voix de son ministre de la Défense, le général Vladimir Padrino. Il a remercié jeudi les militaires face à ce qu'il a appelé un "coup d'Etat en marche" dirigé par "l'empire des Etats-Unis"

L'Union européenne, qui considère comme illégitime le deuxième mandat de Nicolas Maduro, a réclamé des "élections libres", sans reconnaître Juan Guaido.

Quant au ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, il a "fermement" appelé Nicolas Maduro à "s'interdire toute forme de répression de l'opposition.

Jeudi, les Etats-Unis ont maintenu la pression, en demandant une réunion d'urgence samedi du Conseil de sécurité sur la situation dans le pays, malgré l'opposition déclarée de la Russie à une réunion sur un sujet "interne" au Venezuela.

L'aggravation de la crise intervient en pleine débâcle économique dans ce pays pétrolier, jadis prospère et désormais frappé par d'importantes pénuries de nourriture et de médicaments, et soumis à une hyperinflation qui devrait atteindre 10.000.000% en 2019.

"Trump va probablement étudier la possibilité de geler des actifs (vénézuéliens). A l'avenir, pourraient s'y ajouter des sanctions pétrolières", estime le cabinet Eurasia Group.

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