Jeudi 26 Avril, 2018

Violence faite aux femmes:il faut «impliquer les hommes» dans la lutte

Robin Diallo, chargée d’Affaires à l’ambassade des Etats-Unis en Haïti | 6 novembre. Photo : Estailove St-Val/LoopHaiti

Robin Diallo, chargée d’Affaires à l’ambassade des Etats-Unis en Haïti | 6 novembre. Photo : Estailove St-Val/LoopHaiti

Robin Diallo, diplomate de carrière, ayant pris fonction en tant que Chargée d’Affaires à l’ambassade des Etats-Unis en Haïti en août dernier, a rencontré LoopHaïti en marge de la soirée de « storytelling et de débat » organisée ce mardi 5 décembre à la résidence de l’Ambassadeur, à Bourdon. Quatre survivantes ont livré témoignages sur des actes d’agressions sexuelles qu’elles disent avoir subi. LoopHaiti qui a animé à l’occasion un panel sur la violence faite aux femmes assurait en exclusivité la couverture de cet évènement.

Echanges avec celle qui dirige la diplomatie des Etats-Unies en Haiti. 

 

Dans le plan d’action présenté à la presse haïtienne le 15 septembre dernier, vous aviez évoqué le soutien inébranlable des Etats-Unis dans la lutte contre la violence généralisée, particulièrement aux femmes. Comment passer à l’exécution de ce plan ?

Robin Diallo : La mobilisation de ces seize journées de lutte actuellement contre la violence basée sur le genre rentre dans le cadre d’une série d’activités que l’ambassade compte organiser sur le long terme. Nous sommes conscients que ces seize journées ne peuvent pas éradiquer la violence, mais c’est une opportunité de montrer que la lutte continue. Nous avons plusieurs autres évènements comme ce soir pour parler avec les femmes victimes, nous avons également fait de petits films pour montrer comment on peut agir et faire face à la violence faite aux femmes. Sur un autre angle, nous avons réalisé une fresque qui sera dévoilée prochainement pour montrer à tout le monde qu’il est nécessaire de travailler ensemble pour lutter contre la violence faite aux femmes.

La violence ne concerne pas uniquement une section de la population. Et aussi c’est très important de travailler avec les hommes pour voir comment les impliquer considérablement.

Concrètement, comment souhaiteriez-vous mobiliser l’attention d’un plus grand nombre de personnes touchées à ce fléau ?

Robin Diallo : Il est prévu une série d’autres activités avec beaucoup plus de gens, tels des jeunes femmes, des hommes, des femmes victimes, etc. La violence ne concerne pas uniquement une section de la population. Et aussi c’est très important de travailler avec les hommes pour voir comment les impliquer considérablement. Le programme de diffusion des films essaie de montrer comment réfléchir sur la violence en discutant,  blaguant, riant, etc. La violence est encore taboue dans la société haïtienne. Les seize jours permettront à nous et à nos partenaires, ainsi qu’aux autres ambassades de discuter et mettre à jour le problème de la violence. Et tout le monde doit faire un effort pour trouver une solution au problème.

 

Des femmes s’élèveront ce soir pour prendre la parole. Cela a un prix symbolique…

Robin Diallo : Quatre femmes qui ont souffert de la violence raconteront ce soir [5 décembre, NDLR] leur histoire. Elles demandent que nous soyons à leurs côtés dans cette agonie. Comme je disais, lorsqu’on discute pour comprendre réellement ce qui s’est passé, l’on devient renforcé.

Les victimes dans la société sont nombreuses. Du coup, comment avez-vous procédé à la sélection de ces quatre femmes ?  

Robin Diallo : C’est le choix de nos partenaires. Mais nous évitons également de parcourir en détails parce que cela comporte aussi un usage privé. Mais on a essayé de parler à beaucoup de gens pour connaitre la motivation haïtienne. Donc, on a rencontré ces femmes, on les a invitées, puis elles ont accepté. Pour moi le plus grave réside dans la difficulté à parler du problème.

Parlons maintenant de la campagne orange qui prendra fin le 10 décembre prochain. Quels sont les évènements programmés pour la suite de la campagne ?

Robin Diallo : La prochaine étape : on a fait des films avec J-Perry. Ce sont de petits films en guise de publicité pour montrer comment on peut agir. Ce n’est pas seulement discuter, mais c’est d’agir : qu’est-ce qu’on peut dire ? qu’est-ce qu’on peut faire ? On va dévoiler les films cette semaine, on les mettra sur nos réseaux sociaux, et j’espère que les médias nous aideront à les propager.

Dans le cadre cette campagne, avez-vous pensé aux villes de province qui sont souvent exclues de ces plans d’action ?

Robin Diallo : Bien sûr, nous avons une grande population qui nous suit sur Facebook, et on a beaucoup d’activités sur Facebook et Twitter. C’est très difficile d’aller vers les gens, mais on essaie toujours d’en parler à nos partenaires, discuter avec les écoles, les universités parce que Port-au-Prince n’est pas Haïti. Mais c’est très difficile d’aller loin retrouver les gens dans les provinces.

C’est très difficile d’aller vers les gens, mais on essaie toujours d’en parler à nos partenaires, discuter avec les écoles, les universités parce que Port-au-Prince n’est pas Haïti.

Avez-vous l’habitude de recevoir des plaignantes à l’ambassade ?

Robin Diallo : Non, et c’est cela le problème parce que les gens n’aiment pas discuter. Mais ce soir nous avons quelques-unes. Si vous ne connaissez pas quelqu’un, vous ne pouvez pas lui demander allègrement de vous parler, de vous dire si elle est victime ou pas. C’est très difficile de discuter, et cela fait partie du problème. Cela arrive à beaucoup de femmes certes, mais chacune est seule ou elle pense qu’elle est seule parce qu’elle ne peut pas parler avec les autres. Ce que nous voulons faire, c’est de discuter pour que l’on puisse échanger des idées et éviter que les femmes se sentent esseulées.

C’est très difficile de discuter [de la violence faite aux femmes], et cela fait partie du problème.

D’autres activités se réalisent ailleurs autour de la campagne orange. Travaillez-vous en synergie avec les autres équipes qui effectuent le même travail de sensibilisation contre la violence contre les femmes ?

Robin Diallo : Bien sûr, on travaille en collaboration. Je sais que les ambassades ont réalisé beaucoup d’activités, par exemple l’Ambassade du Canada en Haïti a fait un grand programme [dans le cadre de cette campagne, NDLR]. Nous reconnaissons que seize jours ne suffisent pas pour résoudre le problème, on l’a simplement ciblé maintenant. Après, on va continuer à soulever le problème, à parler aux femmes et aux hommes. Après ses seize jours, la discussion va continuer…

16 jours d'activisme contre la violence faite aux femmes

Cette interview a été légèrement éditée et condensée pour plus de clarté.