Samedi 20 Janvier, 2018

Une sociologue dirige la plus grande organisation féministe d'Haïti

Sabine Lamour, sociologue- féministe et professeure, coordonnatrice de SOFA. Photo : Alterpresse / AlterRadio

Sabine Lamour, sociologue- féministe et professeure, coordonnatrice de SOFA. Photo : Alterpresse / AlterRadio

Le mot « féminisme » vient d’être élu mot de l’année par le célèbre dictionnaire américain Merriam-Webster. Certains chercheurs révèlent que les recherches autour de ce mot sont augmentées avec des pics considérables, soit de 70%. En Haïti, la Solidarité Fanm Ayisyen (SOFA) a rebattu les cartes en élisant la sociologue Sabine Lamour à la tête de l’institution pour les cinq prochaines années. LoopHaïti l’a rencontrée après son investiture le jeudi 7 décembre dernier.

« Je suis consciente d’avoir reçu un matrimoine, un héritage immatériel et matériel constitué des luttes, des stratégies, de gains, de souffrances. Pour moi, l’accession à la direction de la SOFA représente à la fois un engagement et une responsabilité. (Deux mots qui ont déserté la scène politique haïtienne) ». Cette entrée en matière montre à quel point la responsabilité engendre la conscience de cette femme qui s’est vue attribuer les rênes d’une institution qui lutte pour l’égalité sociale dans la société haïtienne.

« Cet héritage a l’avantage de porter l’empreinte de toutes les femmes, cela, sans distinction. Depuis 1915, cet héritage est construit combat après combat, que ce soit à l’interne ou  à l’externe. Ce legs acte le fait que les femmes, en tant que catégorie politique, ont le droit d’avoir des espaces de luttes non-mixtes pour discuter élaborer et agir sur les problèmes spécifiques auxquels elles sont confrontées au quotidien », poursuit la nouvelle coordonnatrice générale.

En exercice depuis le 22 février 1986, cette structure post-duvaliériste a connu des soubresauts au même titre que les autres institutions du pays. « En effet, peu de partis politiques peuvent se targuer de charrier plus de 30 ans de luttes politiques, de réussir le pari de renouveler leurs membres, de conduire des élections démocratiques de gérer ses conflits, et de faire face à l’adversité avec constance et persévérance depuis 1986 ».

Durant l’exercice, elle sera soutenue par Monique Jeanty, secrétaire générale et Marie Bernardine Jeudi, trésorière générale. Ces trois femmes portent « l’engagement de travailler pour conserver l’autonomie politique des organisations de femmes et particulièrement celle de la SOFA ; l’engagement de faire grandir le matrimoine reçu, de le renouveler et de le transmettre sans perdre la ligne politique féministe qui a toujours caractérisé l’organisation ».

Docteure en sociologie à l’Université Paris 8,  Sabine Lamour articule théorie et praxis dans sa lutte. « Le défi est aussi de continuer à faire de la recherche sur la réalité des femmes pour pouvoir agir et transformer les situations des femmes dans un pays où l’Université ne joue pas son rôle de renouvellement des connaissances », soutient-elle. Comme sa thèse intitulée : « Entre imaginaire et histoire : une approche matérialiste du poto-mitan en Haïti », elle ressent la nécessité de « de lutter au quotidien, sans renier la solidarité, pour finir avec l’institution du poto-mitan qui enferme les femmes haïtiennes dans la prise en compte des autres au détriment, certaines fois, d’elles-mêmes ».

« Mon accession à ce poste me donne la conviction que les femmes sont des actrices fondamentales et incontournables dans la dynamique politique d’Haïti. Par cet acte, les membres de l’organisation me témoignent de la confiance politique. Cette élection confirme pour moi la force des liens intergénérationnels, en ce qui concerne les femmes. Cette accession signifie aussi pour moi la capacité d’une génération de femmes de transmettre des acquis politiques à une autre génération, tout en les accompagnant dans la difficile tâche d’apprentissage de la gestion de la chose publique ».

« Ma position à la direction de la SOFA me confère aussi la responsabilité épuisante de conserver les gains politiques du mouvement féministe haïtien dans un pays qui détruit ses institutions au jour le jour. C’est aussi la responsabilité de gagner de nouvelles batailles et de se dépasser pour faire face aux réalités qui émergent dans la dynamique complexe des rapports de pouvoir en Haïti. La responsabilité est aussi de travailler pour que le reste de la société reconnaisse que les organisations féministes, et particulièrement la SOFA, constituent des modèles pour le reste de société civile ».

Avec modestie elle avoue que « cet héritage représente également un défi, celui de mener un travail acharné pour continuer et renforcer le combat pour le changement de la condition des femmes en Haïti ». Ces grandes orientations ne constituent-elles pas aujourd’hui l’arme du combat féministe ?

Photo : AlterPresse