Samedi 26 Septembre, 2020

Une fresque géante immortalise Kobe Bryant à Port-au-Prince

La murale de Kobe Bryant, décédé 26 janvier 2020, au quartier de Turgeau (à l'est de Port-au-prince). Crédit photo/Dave Fils-Aimé/Facebook

La murale de Kobe Bryant, décédé 26 janvier 2020, au quartier de Turgeau (à l'est de Port-au-prince). Crédit photo/Dave Fils-Aimé/Facebook

Mort et inhumé à Los Angeles (Californie) depuis plus d’un mois, Kobe Brant continue d’alimenter l’inspiration des graffeurs à travers le monde. Une nouvelle murale sur les vestiges de la classe moyenne haïtienne à Haut Turgeau illustre bien l’impact de Black Mamba dans ce pays où des milliers de gens l’ont côtoyé à la télé pendant deux décennies.   

En plein midi, un homme dans la trentaine, le teint foncé, traverse l’Ave Jean-Paul II (secteur est de Port-au-Prince) avec des sueurs qui perlant à grande vitesse sur son visage. Il s’arrête un peu devant une fresque magistrale de 3 mètres de hauteur et 6 mètres de largeur, en couleur jaune à la base, en police d’écriture stencil.

Le temps de se rappeler quelques beaux souvenirs de ce personnage au regard figé dans le temps, il est rattrapé par une question incongrue : Connaissez-vous cette personne ?

 

« C’est Kobe ! », répond-il, ton incisif et moqueur, comme pour admirer l’imbécillité d’un interlocuteur impertinent. « J’ai toujours aimé le style de jeu de Kobe, même si Jordan a toujours été mon basketteur favori », embraye-t-il.

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Visage détendu, il fonce tout droit dans un soliloque. « J’ai l’impression que les gens n’accordaient pas à Kobe le respect qu’il méritait, se dit-il. Kobe a marqué la NBA dans son âme, l’a fait rayonner à l’échelle internationale ». L’inconnu disparaît comme il était apparu, dans le cri perçant des klaxons et l’embouteillage qui fait la réputation de l’ave Jean-Paul II en milieu de journée et en après-midi. Le matin est mieux.

Assaf, le plus éduqué des graffeurs en Haïti

Plébiscité pour, entre autres, les célèbres portraits de la chanteuse américaine Nina Simone (février 1933- avril 2003) et du Prix Nobel Toni Morisson (février 1931- août 2019), Assaf (de son nom complet Hamson Elysée) jouit d’une cote de popularité vertigineuse dans le ciel port-au-princien. À l’heure qu’il est, le peintre-graffeur a déjà vendu une cinquantaine de tableaux d’une moyenne de 100 dollars américains par unité.

Avec cette murale de Kobe Bryant peinte à la fin du mois de février, il vient de cogner une nouvelle fois à la porte de l’émerveillement. « Kobe c’est quelqu’un qui a marqué le monde, donc c’est un honneur de faire ce graffiti », dit-il, dans une simplicité macabre. « Le portrait est réalisé totalement avec du spray, et j’utilise le pochoir comme technique d’écriture », explique ce dernier.

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« Nous sommes entièrement satisfaits du travail », se réjouit Dave Fils-Aimé, directeur exécutif de l’association à but non-lucratif Baskètbòl pou Ankadre Lajenès (Bal), une structure vieille de sept ans.

Après la mort de Bryant 26 janvier dernier, cet ancien étudiant de Harvard et Yale, et grand adepte de basketball, s’arrachait les cheveux pour trouver une façon originale de rendre hommage à ce héros du basket. Fils-Aimé vient d'être distingué 19 septembre 2019 par la Chambre haïtiano-américaine de Commerce de la Floride (Haitian American Chamber of Commerce of Florida).

« On partait à la recherche des images de Kobe sur le net afin de trouver une idée pouvant commémorer sa vie et son œuvre », explique-t-il. Il arrive qu’Assaf, qui a déjà collaboré avec Bal pour un portrait de Jordan, s’adonnait à la même course. Les deux n’avaient pas besoin de litanies pour s’en convaincre de l’importance d’un tel projet. 

Graffiti, réponse à l’insalubrité

Assaf recevait déjà l’approbation de la Mairie, organisme avec lequel il a travaillé pendant la saison avortée du carnaval national. Il reste à rechercher celui d’un propriétaire clément pouvant accepter sans broncher.

« Dave est un ami, souligne Adolphe-Emmanuel Brisson, auteur de l’ouvrage En mémoire de Brisson (2015) et propriétaire de l’espace qui loge la murale. À part que c’est une belle et grosse œuvre qui ne passe pas inaperçu, le plus important elle permet à l’espace de s’échapper à l’insalubrité. Donc, les gens auront à contempler l’œuvre au lieu d’éclabousser l’espace par des piles de détritus ».

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À Bal, le basketball est appréhendé en tant que vecteur pour encadrer et éduquer les jeunes Haïtiens, notamment ceux issus du quartier de Martissant (au sud de Port-au-Prince) et du bidonville Cité Soleil (au nord de la capitale). Durant chaque rencontre une citation est collectivement commentée par les jeunes.

Et la murale n’échappe pas à cette tradition. « La chose la plus importante est d'essayer d'inspirer les gens afin qu'ils puissent être grands dans tout ce qu'ils veulent faire ». Une citation célèbre de Kobe Bryant devenue virale après son décès.

Websder Corneille

Twitter : @webscorneille

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