Vendredi 15 Novembre, 2019

Une cinéaste haïtienne décroche un grand prix en Suisse

Gessica Généus vient de recevoir le Prix coup de cœur du Festival de films indépendants Black Movie à Genève pour son film documentaire Douvan jou ka levé (Le jour se lèvera). Photo : Facebook Gessica Geneus

Gessica Généus vient de recevoir le Prix coup de cœur du Festival de films indépendants Black Movie à Genève pour son film documentaire Douvan jou ka levé (Le jour se lèvera). Photo : Facebook Gessica Geneus

« Je reçois ce prix avec beaucoup d’amour », le cri de cœur de Gessica Geneus à la rédaction de Loop Haiti. Entre simplicité et estime de soi, la conversation y va comme de l’eau coulant entre les doigts de la main. Elle a profité de cet instant pour témoigner de son assiduité au travail. « Je travaille avec acharnement parce que, dans mon entourage, j’ai remarqué que la palme revient à ceux qui bossent sans relâche ». Et ça fait du bien, dit-elle, dans un trop joli sourire.

Dans les faits, Gessica Geneus vient d’être distinguée du Prix coup de cœur du Festival de films indépendants Black Movie à Genève pour son film documentaire Douvan jou ka levé (Le jour se lèvera). « Ce n’est pas évident qu’un film tourné entièrement en créole et en Haïti puisse recevoir un tel prix dans un festival où côtoient des films qui ont reçu des Lion d’or », exprime-t-elle.

En dix jours, plus de 30, 000 personnes ont fréquenté la 19e édition du Festival. Environ 121 films en provenance d'une cinquantaine de pays, 24 réalisateurs pour débattre avec le public. Une belle palette de stars a parcouru le tapis rouge du 19 au 28 janvier 2018.

« Douvan jou ka levé est le seul film du festival qui a bénéficié d’une telle couverture médiatique », continue la jeune réalisatrice qui a reçu, décembre dernier, le prix du meilleur documentaire de création au Festival du film documentaire de Saint-Louis, au Sénégal. Lorsque TV5 m’a appelée, je croyais vaguement à une simple entrevue parce que chaque réalisateur, apparemment, avait droit à un entretien, raconte la jeune femme. C’est alors que les journalistes m’ont annoncé que j’ai eu le prix Coup de cœur, sourie-t-elle.

Ce film remet sous projecteur le traumatisme post-esclavagiste dans lequel pataugent encore bon nombre de caribéens. « À travers cette expérience cinématographique, je voulais offrir quelques pistes de réflexion sur notre situation actuelle ». « Certains pensent que nous faisons exprès de ne pas progresser [en tant que peuple, ndlr], mais ils font fi des causes de notre régression », regrette la cinéaste.

D’une certaine manière, elle estime que la religion, la politique et d’autres institutions dans la société maintiennent ce déséquilibre social. « Les relations miwo miba entre les couches sociales ont des répercussions malheureuses sur notre manière d’être », postule Geneus.

Après la projection de son film, elle a partagé une table-ronde avec des doctorants et professeurs d’université sur la thématique : « Religion, causes et remèdes pour les maladies psychiques ou psychiatriques ». Elle découvre que même en Suisse, des gens ont tendance à associer les maladies mentales à la religion. « Dans la république helvétique, 40% de personnes appréhendent la maladie mentale sous l’angle divin », précise-t-elle.

Entre-temps, Gessica Geneus n’entend pas lésiner sur ses capacités à explorer de nouvelles formes artistiques. 31 mars prochain, son premier album studio sera dans les bacs. Autre corde ajoutée à son arc.

Fiche technique : « Douvan jou ka levé », documentaire de Gessica Généus (Haïti, France, 2017, 52’)

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