Samedi 31 Octobre, 2020

Un journaliste de renom l’a touchée avant de lui filer un document

« […] il m’a brutalement saisi par la main et a tenté de m’embrasser. J’ai refusé. J’étais choquée parce que c’était pour la première fois que l’ai rencontrée. On  était dans un lieu public. Un sentiment de gêne m’a envahie, car je voulais que tout soit réglé de manière professionnelle », témoigne Jolette Joseph.

 

« On est en 2011. Je bossais aux Nations-Unies quand Martelly vient à peine d’accéder au pouvoir. Un groupe de parlementaires ont sorti un document. Mon chef m’a confié qu’il aimerait se le procurer. Et un jour, sur une station de radio de la capitale, j’entendais un journaliste vedette déclarer qu’il l’a et c’est ainsi que je l’ai contacté. Il m’en a fait la promesse mais avant m’a invité à prendre un verre, à échanger, à discuter. Il est passé me prendre chez moi. J’ai cru que le document était dans sa voiture. Eh bien non, il était chez lui. Il a pris la direction de sa maison pour aller le récupérer ». Jolette consent de l’accompagner.

« Arrivée devant sa maison, il m’a invité à rentrer. Je lui ai dit Non !  Va chercher le document, je vous attends ici ». A son retour, le document était bien là, mais il pas été remis tout de suite. Le concerné a persisté pour sortir avec elle. Et Jolette voulait de ce document qui, apparemment, était d’une grande importance pour son patron.  

« On est allé à Belvédère, à Pétion-Ville, raconte-t-elle. Et tout au long  de la discussion, il me demande de l’approcher. Et moi de lui dire que je me sens bien là où je suis. C’est à ce moment qu’il m’a tiré par les bras, tentant de me toucher. J’ai eu honte de son attitude que je juge irrespectueuse. » C'était dans un lieu public. Un sentiment de gêne l’a envahie, car elle voulait que tout soit réglé de manière professionnelle. Elle demande à partir et l’homme a accepté de la ramener chez elle. « C’est en me ramenant qu’il a enfin décidé de me remettre le document. Et arrivée devant chez moi, il m’a brutalement saisi par la main et a tenté de m’embrasser. J’ai refusé. J’étais choquée parce que c’était pour la première fois que l’ai rencontrée. » Pour Jolette, c’était un manque de respect.  

Elle n’en a pas fait tout un plat. C’est un journaliste de renom, animateur d’émission politique très écoutée et qui avait des accointances avec le Palais national.  Toutefois, elle en a parlé à ses collègues de bureau, à sa famille, au père de sa fille qui ne l’a pas une fois culpabilisé.  Elle imagine bien que ce journaliste, très déplacé et grossier dans ses gestes, n’en est pas à son premier coup. Il semble que ça a marché pour d’autres filles avec qui il a tenté bien des choses, me semble-t-il.  Mais que peut-être celles-là n’ont pas osé porter pas plainte. Le silence est un champ libre au harcèlement, lâche-t-elle.

« Des amies de mon quartier (j’habitais à  une certaine époque à Christ-Roi), me racontaient après qu’elles aient été embauchées pour le poste désiré suite à un  entretien d’embauche, l’interviewer ou le patron insiste à prendre un verre. Si elles ne cèdent pas, elles finiront pas perdre leur boulot », continue de raconter Jolette, la voix saccadée, cheveux bouclés et lunette bien vissé sur le nez.

Le souffle haletant, cette jeune professionnelle crache son indignation, son dégoût d’une société machiste où les femmes subissent le harcèlement, aussi subtil que voilé, dans le monde du travail : de petits mots gentils qui font flotter à la surface un appétit sexuel, une tape affectueuse sur les fesses, des attouchements, une remarque indécente.

Dans la foulée des révélations recueillies par Loop Haïti dans le cadre de la campagne #PaFèSilans, il y a cette femme  qui cloue au pilori ce harceleur  (journaliste très connu). Elle l’accuse de l’avoir tripotée à ce bar chic niché dans les hauteurs de Pétion-Ville avant de lui filer un document important qu’elle avait besoin pour son boss.

L’épineux problème du harcèlement est « réel chez nous et les femmes n’ont pas d’espaces pour en parler. Certes, quelques organisations de femmes, une palette de féministes, ainsi que l’organisation Nègès Mawon agitent aujourd’hui la question de la violence sexuelle faite sur les femmes, d’ailleurs mal perçue dans la société. Des gens sont étonnés de nous entendre trop en parler. Mais c’est justement parce que les femmes n’ont pas de voix pour déplorer ce phénomène qu’on en parle souvent et c’est ce qui nous aidera à aiguiser l’intérêt du public et à ameuter l’opinion publique ».

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