Mardi 24 Novembre, 2020

Un Haïtien fonde une école pour les enfants sans-papiers en RD

Une vue de la cours du Centro Educativo El Castillo de Alicia à Punta Cana (RD)/ Photo: Courtoisie de Jean Kesnel Janvier

Une vue de la cours du Centro Educativo El Castillo de Alicia à Punta Cana (RD)/ Photo: Courtoisie de Jean Kesnel Janvier

Près de 200 apprenants se rassemblent tous les lundis sur le perron du Centro Educativo El Castillo de Alicia à Punta Cana, dans la province d’Higuey, en République dominicaine.

Faute d’avoir passé, à maintes reprises, le cap des épreuves du concours d’admission à l’Université d’État d’Haïti, le jeune Jean Kesnel Janvier prend refuge, en 2007, en République dominicaine, et confie, depuis, son destin à la terre voisine- l’autre versant d’Hispaniola.

Là-bas, le natif de la commune d’Anse-à-Pitre (à quelque 200 kilomètres de Port-au-Prince), a troqué le vieux rêve d’avocat qu’il chérissait contre une licence en Relations internationales, puis une autre en Gestion administration à l’Universidad del Caribe (Unicaribe).

 

Double diplôme en poche, il a prêté ses services à des compagnies locales jusqu’au jour une institutrice en provenance du Canada l’a convaincu à mettre sur pied une école primaire. En première ligne, l’institution envisageait de porter assistance éducative aux enfants haïtiens dépourvus d’acte de naissance dans le pays et d’autres documents administratifs légaux.

Mais d’autres petits apprenants, tels des colombiens, américains, tout aussi en situation irrégulière dans le pays, s’offrent ce privilège. Le nom de certains enfants n’existait dans aucune base de données du pays, donc l’école aide l’État central à les recenser.  

Péripéties

Nous sommes en 2014 quand l’établissement a, officiellement, ouvert ses portes dans la province d’Higuey- quelques mois après la promulgation de l’arrêt constitutionnel 168-13 de la Cour constitutionnelle dominicaine rendant apatrides des milliers de dominicains d’ascendance haïtienne.

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Appartement à disponibilité, Monsieur Janvier raconte, dans un direct sur Facebook en août, comment il gigotait pour payer les frais du loyer à temps, et le propriétaire le grondait, incessamment. « Une période difficile, reconnaît-il. Mais je n’avais pas lâché prise ».

Au début, même les parents haïtiens n’accordaient pas une si grande attention à l’existence de l’établissement (seulement 20% d’écoliers haïtiens). Même avec des avantages promis dans les frais de scolarité et l’acception de l’apprenant sans documents administratifs légaux, l’école avait du mal à réunir 80 apprenants.

« Les Haïtiens fuyaient l’école, regrette-t-il. Ils n’accordent pas une trop grande importance à une structure montée par un des leurs ». Un témoignage glaçant, lorsqu’on écoute Monsieur Janvier.

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Soulagement

Il y a huit mois de cela, l’école a inauguré un bâtiment flambant neuf (vidéo insérée dans l’article) d’une capacité de 400 mètres carrés. Les apprenants s’asseyent à leur aise, et le personnel s’offre du grand air dans l’exécution de leurs tâches, confie le Directeur-fondateur de l’établissement, Janvier.

« Entre l’acquisition du terrain, les coûts de réparation et construction, la somme de nos dépenses s’élève à presque 2,5 millions de pesos dominicains », avance janvier. L’école dénote un effectif de 185 apprenants actifs- qui viennent régulièrement en classe.

La Covid-19 survenue, l’établissement a dû se conformer aux normes sanitaires d'urgence du pays qui a déjà enregistré pas moins de 95 000 cas, dont 1 801 décès. Le plus haut taux dans les Caraïbes. 

« Nous avons bouclé l’année académique avec succès ; nous rouvrons nos portes en novembre prochain, selon le calendrier établi par le Gouvernement », prévient Janvier.

 

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