Samedi 20 Juillet, 2019

Un Haitiano- Américain dans le plus grand festival de danse aux USA

Jean Appolon Expressions /// Haiti Summer Dance Institute. Image Credit: JEAN APPOLON EXPRESSIONS

Jean Appolon Expressions /// Haiti Summer Dance Institute. Image Credit: JEAN APPOLON EXPRESSIONS

Depuis 19 ans, le danseur d’origine haïtienne Jean Appolon n’a pas mis les pieds sur scène. Il s’adonnait à d’autres activités, par exemple, ses cours hebdomadaires, le séminaire à but non lucratif qu’il organise à Port-au-Prince pendant l’été, etc. Mais rien, en apparence, n’a su combler le vide de la planche, sa véritable demeure, pour paraphraser le fameux poète Georges Castera. Cette année, il revient sur ses pas et décide de s’embarquer dans une chorégraphie intitulée « Vwayaj » (voyage) dans le cadre du festival international de danse Jacob’s Pillow à Boston. Il sera flanqué de sa compagnie Jean Appolon Expressions (JAE), et se produira en spectacle du 20 au 23 à Lyric Stage Theater, Boston aux Etats-Unis.

« Je suis très excité, mais j'ai aussi très peur après 19 ans d’absence sur scène, » écrit le revenant Jean Appolon, ce jeudi, à la rédaction de Loop Haïti. Il a partagé son sentiment avec nous quelques heures avant le coup d’envoi officiel de ce festival qui réunit les gratins et fins connaisseurs de la danse, de l’art en général, dans le Massachussetts à pareille heure. Des danseurs et groupes en provenance de Cuba, France, Canada, Australie, Etats-Unis et Haïti se produiront dans cet évènement qui dure presque tout l’été, jusqu’au 19 août prochain.

A part lui-même, semble-t-il que la retraite provisoire de Jean Appolon ait empêché d’autres personnes de respirer. « Ce qui m’a rendu plus heureuse dans Vwayaj c’est de voir Jean monter sur scène en solo. C’est évident que nous aimons tous Jean, et nous nous réjouissons de ses cours tous les samedis, » explique Alyssa Holley, fière et enivrante de son statut d’étudiant à JAE. « Mais c’est encore plus excitant de le voir sur scène en train de faire ce qu’il aime le plus, » ajoute-t-elle.

Le linguiste professeur Michel DeGraff plonge à vif dans son verbe pour saluer l’arrivée de la chorégraphie qui met en perspective, d’après lui, une bribe de son histoire personnelle. « Pour moi, Vwayaj est comme une poésie en chute libre, un retour en arrière dans la mémoire des adversités et des victoires que j’ai vécues en tant qu’immigrant Haïtien aux États-Unis, » écrit le chercheur associé à l’Institut de Technologie de Massachussetts (MIT), et membre de l’Académie du Créole Haïtien. Il continue : « À l’heure de cette campagne virulente anti-immigrante, Vwayaj […] nous invite à éliminer les barrières pour enfin fonder une communauté du vivre-ensemble. »

Jean Appolon a conçu Vwayaj dans l’idée de mettre à nu son statut d’immigrant, mais, plus profondément, d’associer son vécu à celui de ceux qui vont et viennent dans le monde depuis toujours. « Vwayaj est le portrait touchant de Jean Appolon qui a fait l’expérience de l’immigration. Il souhaite que son histoire personnelle s’allie à celles des autres immigrants qui se trouvent dans les zones avoisinantes de Boston, » peut-on lire sur la page Facebook de JAE. « Vwayaj utilise [comme prétexte] la traversée contemporaine des Haïtiens pour lever la voile sur l’histoire d’autres immigrants qui viennent d’autres pays, » lit-on plus loin.

Une autre figure très importante collabore à ce projet : la disc-jockey Val Jeanty. Dotée d’un talent à couper le souffle, Jeanty a pris l’habitude de puiser dans les racines rythmiques du vodou haïtien pour faire des mixes qui font vibrer sans crier gare. « Les danseurs raconteront ces histoires à travers la danse contemporaine haïtienne, avec pour toile de fond un instrumental frissonnant de Val Jeanty ; cette Haïtienne pourvoyeuse de musique électronique, » est écrit dans une petite note qui ne porte aucune signature.

Un autre signe montre à clair que Vwayaj s’inscrit dans la diversité : la participation d’une danseuse d’origine chinoise, IJ Chan ; elle-même provenant d’une famille immigrante. « Je suis heureuse de partager cette expérience à propos de l’immigration. Mes parents ont laissé Hong-Kong dans leur plus jeune âge pour trouver une maison ici [aux Etats-Unis, NDRL], » explique-t-elle. « Etant de la deuxième génération d’immigrantes en provenance de la Chine, c’est un réel plaisir de porter cette expérience sur la scène avec JAE, » renchérit-elle.

« Au cœur de Vwayaj se pose les questions fondamentales de l’existence humaine : quelle patrie est la nôtre ? Qu’est-ce que l’on sacrifie quand on laisse son chez soi ? Qu’est-ce qu’on va chercher ailleurs ? Comment supporter les uns les autres dans une communauté ? » Autant de préoccupations qui conditionnent la mise en place de Vwayaj.   

En résumé : le spectacle fait apparaitre l’histoire de Jean Appolon qui a pris la fuite en 1991, alors âgé de 16 ans, après que son père eut été assassiné à cause de son affiliation politique. Aujourd’hui, il veut raconter par le langage du corps les aspects jusque-là inconnus de ce voyage. Ceux qui vont et viennent actuellement dans le monde trouveront, à coup sûr, que ce périple ressemble au leur. 

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