Lundi 18 Novembre, 2019

Un gratin de poètes crée dans une ville de gouvernants incapables

Vernissage de l'exposition "Magie Noire" des peintres  Pasko et Killy, à l'Institut Français d'Haïti le lundi 5 Novembre 2018 dans le cadre des activités en amont de la quinzième édition du Festival Quatre Chemins./Photo: Association Quatre Chemins

Vernissage de l'exposition "Magie Noire" des peintres Pasko et Killy, à l'Institut Français d'Haïti le lundi 5 Novembre 2018 dans le cadre des activités en amont de la quinzième édition du Festival Quatre Chemins./Photo: Association Quatre Chemins

« Nous comptons parmi nous un nombre incalculable de poètes, de créateurs d’obédience internationale. Pourtant, ils vivent sans eau potable, sans énergie électrique, […] devant des montagnes qui s’écroulent, […], face à une jeunesse plongée dans le banditisme ».  Guy Régis Junior, Directeur artistique du Festival de théâtre Quatre Chemins.

A chaque coin de rue, des montagnes de déchets. Egouts ouverts au ciel, rigoles fétides. Des flaques d’eau boueuses d’une ornière de nos routes à une autre. Des bandits ou présumés chefs de gangs qui plaisantent avec la police. La faim qui étreint les ventres, l’alcool qui éteint le souffle de notre jeunesse. Mais il y a aussi des gouvernants qui oublient leur responsabilité et leur rôle à jouer dans la reconstruction de la cité. C’est cette dynamique d’État responsable et de gouvernants capables que le 15e festival de théâtre Quatre Chemins veut traîner sur le terrain de débats.

« Pays poète, poète, poète » est le thème retenu pour cette édition qui lèvera son rideau sur près d’une dizaine de spectacles étrangers et de représentations scéniques, a révélé Cyndia.M.Louis, assistante à la communication de l’Association Quatre Chemins. Expositions, conférences, projections de films, spectacles de théâtres et de danse, lectures scéniques et échanges entre public/auteurs, soirées poésie et concerts, ateliers : ce festival débute le 15 novembre et se termine le 1er décembre. Une palette d’artistes va faire battre le cœur de Port-au-Prince. Invitée d’honneur : Brigade d’Intervention Théâtrale, BIT, promoteur depuis 7 ans du théâtre de rue.

15 ans depuis que Quatre Chemins veut garder haute la barre dans un pays sans salles de spectacles, sans appui de l’État à la culture, sans politique culturelle réelle, sans grande vision du gouvernement pour une ville qui s’écroule sous les ordures quand elle n’est pas engloutie par des catastrophes.

Guy Régis Junior, directeur artistique, livre dans son édito assez acide une réflexion édifiante sur les conditions navrantes que vivent les artistes, connus et reconnus sur la planète pour la puissance de leurs œuvres créatrices.

« Nous vivons dans un pays où l’artiste doit veiller chaque nuit, pour créer son œuvre Le jour qu’il sera sacré à l’international par un prix, Là même il sera auréolé par son député, par son sénateur, voire même par son président, devant la télé, pour montrer combien cet artiste compte pour le député, pour le sénateur, pour le président, pour le pays », indique Guy.

Dans ce pays de gouvernants incapables, même impuissants à répondre aux besoins de l’art, de la population et du pays en général, il y a lieu de mentionner tout un gratin de personnalités importantes qui ont aidé à bâtir au fil des ans cet évènement, devenu un tremplin pour de jeunes acteurs de l’île. Cyndia M. Louis évoque des noms bien ancrés dans la mémoire du théâtre haïtien : Paula Clermont Péan, Daniel Marcelin, Hassane K. Kouyaté conteur et  comédien issu de Burkina Faso, ainsi que Syto Cavé. Grand parolier habitué à poser des mots sur des mélodies sinueuses. 

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