Mercredi 20 Juin, 2018

Un citoyen haïtien vivant à Pedernales raconte sa situation

Soldat Dominicain à la frontière

Soldat Dominicain à la frontière

La situation ne s’améliore pas pour les Haïtiens vivant à Pedernales qui sont forcés de quitter la province dominicaine par crainte d’être massacrés par un groupe d’extrémistes dominicains. Nos compatriotes ne sont pas rassurés malgré la mobilisation des forces armées dominicaines pour éviter le pire. Les extrémistes dominicains promettent un bain de sang si les Haïtiens ne laissent pas la ville aujourd’hui.

Delince Cenat, un jeune haïtien qui travaille dans une organisation humanitaire située en République Dominicaine, a renvoyé sa famille en Haïti depuis que les dominicains ont lancé un ultimatum de 24 heures aux Haïtiens. « Sinon ils promettent de nous massacrer », raconte à LoopHaiti le travailleur humanitaire qui explique que les dominicains ont installé des amplificateurs sonores sur une vieille camionnette pour demander aux Haïtiens de déguerpir.

La cause

Le 20 février dernier, les corps de l’agriculteur Julio Reyes Pérez et de son épouse Neiba Féliz Urbáez, ont été retrouvés mutilés à coup de machettes. Le premier était déjà mort tandis que la femme a succombé samedi dernier après avoir passé deux semaines dans le coma. Deux Haïtiens, employés de l’agriculteur, suspectés d’avoir commis ces meurtres sont activement recherchés par la police.

« Julio Reyes Pérez maltraitait ces deux Haïtiens qui n’ont jamais perçu leur salaire. En plus ces derniers, semblent-ils, ont été informés que leur patron planifiait de les assassiner », a fait savoir Delince Cenat à Loop Haïti. Les deux Haïtiens qui sont accusés d’avoir lynché leurs employeurs ont pris la fuite et sont actuellement recherchés par la police.

« Étant donné qu’ils sont introuvables, un groupe de dominicains en colère veulent tirer revanche pour leurs compatriotes et promette d’assassiner tous les Haïtiens s’ils ne laissent pas la province.

La terreur

La situation inquiète les autorités dominicaines qui se mobilisent actuellement pour éviter un massacre.  Le maire de Pedernales, Luis Manuel Feliz, a sollicité en urgence l’intervention du président dominicain et du ministre des Affaires étrangères Miguel Vargas. La présence des militaires dominicains a été renforcée au niveau de la frontière.

« Hier des dominicains cagoulés, armés de bâtons et d’armes blanches ont traversé la ville pour passer à tabac les citoyens haïtiens », poursuit Cenat. Deux de ces derniers ont été grièvement blessés et transportés en urgence à l’hôpital. Les Haïtiens, de leur côté, ont établi leur camp à Anse-à-Pitre et attendent de pied ferme n’importe « quel dominicain qui aurait l’intention de traverser la frontière ».

Et les autorités haïtiennes ?

Elles n’ont pas été remarquées. Les agents de l’UDMO qui sont présents à Anse-à-Pitre ne comptent pas s’impliquer dans le conflit. Ils s’occupent seulement des activités douanières précise Delince Cenat qui informe que la police frontalière haïtienne n’a pas été remarquée.

Le maire d’Anse-à-Pitre, Arry Bruno, a rencontré les autorités dominicaines et les a promis d’arrêter les présumés coupables du meurtre des citoyens dominicains.

 

Selon Delince Cenat les traversées depuis la République Dominicaine se font sans aucun contrôle. Pedernales et Anse-à-Pitres se situent à dix minutes de marche. Les citoyens dominicains et haïtiens ont toujours coopéré pacifiquement, explique M. Cenat. Les autorités dominicaines qui espèrent rétablir un climat de paix ont suspendu toutes les activités de la ville. Les portes des écoles restent fermées finit Delince Senat qui se sent inconfortable dans ces conditions.