Mercredi 17 Juillet, 2019

Un an après 6-7 juillet 2018, "on n'a pas de réponse", constate Emile

Etzer Emile, économiste

Etzer Emile, économiste

Les événements des 6, 7 et 8 juillet 2018 constituent un chapitre important dans la crise actuelle en Haïti. Pour l'économiste Etzer Emile, la tentative du gouvernement de Jacques Guy Lafontant d'augmenter les prix du carburant n'aura été qu'un "prétexte" pour la population, qui voulait exprimer un halte-là contre "la mauvaise gouvernance politique et économique, l'inflation, les frustration, les inégalités et les injustices sociales". Qu'est-ce qui a changé, un an après ces mouvements de protestation ?

"Honnêtement", constate l'économiste, s'il y a une chose qui a changé après 6-7 juillet, c'est que le gouvernement Jack Guy Lafontant n'est plus. Rappelons que l'ex-chef de gouvernement, convoqué par les députés le 14 juillet, avait dû annoncer, les larmes aux yeux, sa démission en pleine séance. Mais "en termes de mesures, de réponses sérieuses par rapport à cette crise profonde et structurelle, on n'a pas eu de réponse", a commenté le professeur d'université lors d'un entretien dans les locaux de Loop Haiti.

 

Les choses ont même empiré, dit-il observer, au vu des indicateurs économiques. La chute de Lafontant et son gouvernement, qui pour certains, était censé être une réponse, "ne correspond pas à l'ampleur du problème", vu "le niveau de putréfaction, de décomposition" de la société. Pour réagir à un appel tel que celui des 6 et 7 juillet, il faut beaucoup plus qu'un changement de gouvernement, poursuit Emile, qui invite à une analyse des indicateurs: de juillet 2018 à juillet 2019, le taux de change a augmenté de 40% (67 gourdes pour un dollar contre 94 gourdes pour un dollar en 2019); l'inflation a atteint les 18 % ("un record"). L'on peut citer également le déficit budgétaire et l'insécurité alimentaire.

Les conditions d'existence des gens n'ont pas été améliorées. Le taux d'inflation de cette année (juillet 2019) est un "record" par rapport à celui de l'an dernier, fait-il remarquer. "On a touché le plafond avec ce pourcentage de personnes en insécurité alimentaire" touchant près de 50 % de la population rurale. Ajouté à cela, "le niveau de recette de l'Etat est plus bas par rapport à l'année dernière".

Pas à la hauteur de la crise 

Mais pire, d'autres éléments se sont ajoutés à la crise. C'est le cas des revendications liées à l'affaire Petrocaribe qui est, en fait, "l'huile sur le feu". Alors que "les discours, la façon dont ces problèmes sont abordés par les concernés, donnent l'impression qu'"ils n'ont pas compris, soit ils sont naïfs, soit ils sont des menteurs".

Il est à conclure que face à tout cela, soit les dirigeants n'ont pas pris connaissance de l'expression des frustrations de la population, soit ils n'y comprennent rien, soit ils ne sont pas à la hauteur des exigences de l'heure ou n'ont pas la volonté de réagir.  

Les choses n'auraient pas pu être résolues en un an. L'auteur de "Haïti a choisi d'être un pays pauvre" est en conscient. "Mais on a pas vu des signaux..." en guise de réponse aux problèmes pré-cités. Il n'y a pas eu, par exemple, des efforts en vue d'une meilleure discipline dans la gestion des finances publiques, des investissements publics plus intelligents et productifs. Il faudrait, souligne-t-il, inspirer plus de confiance au peuple notamment dans les choix des personnes sélectionnées pour former les gouvernements.

 

Raoul Junior Lorfils

 

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