Lundi 18 Novembre, 2019

Quand un ancien ministre de Jovenel Moïse proclame sa fin

L'ex-ministre Guyler C. Delva en conférence de presse au ministère de la Communication en 2018. Crédit Photo: MC/Facebook

L'ex-ministre Guyler C. Delva en conférence de presse au ministère de la Communication en 2018. Crédit Photo: MC/Facebook

"Le président Moise perdra le pouvoir, quelle que soit l’option considérée", écrit l'ancien ministre de la Communication sous le duo Jovenel Moïse et Jacques Guy Lafontant.

Ce n’est pas des moindres. C’est Guyler C. Delva, un défenseur au premier ordre du pouvoir en place, grosse artillerie de la mouvance Tèt Kale dès la première mi-temps sous l’égide de Michel Martelly. Il a été ministre de la Culture et de la Communication (avril – aout 2018) de l’administration Moïse-Lafontant. À la matinale « Matin Caraïbes » sur Radio Caraïbes, il s’active toujours à défendre bec et ongles l’image du sérail phtkiste*.

Ce lundi matin, à la surprise générale, il a signé l’acte d’échec du régime auquel il appartient (ou a appartenu). « Au vu de la situation sociopolitique actuelle, il ne reste plus que deux options envisageables pour le président Jovenel Moïse. Soit qu’il donne sa démission, soit qu’il se résolve à cohabiter avec l’opposition pendant un certain temps, en acceptant de réduire la durée de son mandat », écrit-il tout de go sur sa page Facebook.

Le message a de quoi provoquer l’ire des certains internautes, mais aussi amuser d’autres dans un pays où l’humour n’est pas au plus offrant. Le texte de l’ancien correspondant local de l’agence mondiale Reuters, temps de ses anciennes amours, a déjà bénéficié d’une centaine de partages pour des raisons diverses si l’on tient compte des commentaires qui l’ont accompagné jusqu’ici.

Delva n’a pas laissé de tout repos ceux qui font figure d’opposition à son ancien patron. « […] il ne serait pas de bon ton que les rênes du gouvernement transitionnel soient confiées aux extrémistes de l’opposition, mais à des techniciens ou technocrates haïtiens honnêtes, patriotes […] », profère-t-il.

Mais cette mise en garde prend une tout autre allure quand, plus bas, l’appel à se défaire des vieux routiers pour l’implémentation d’un pouvoir technocrate (lui-même extrême à son compte) s’apparente à un aveu de protection de ses anciens camarades du PHTK. « Il ne fait aucun doute que si des extrémistes de l’opposition venaient à s’approprier le pouvoir, des pratiques mafieuses, d’un passé pas trop lointain, et une chasse aux sorcières contre les dirigeants et proches du Parti haïtien Tèt Kale (PHTK) […} », dit-il.

Un passage éclair à la musique

Si la marche des artistes, ce dimanche, a fait saliver Guyler C. Delva, l’on ne doit pas forcement oublier qu’il s’est lui-même prêté au quatrième art février dernier avec un titre enchanteur : Bwa Kayiman. Une invocation aux racines, un appel à l’unité constitutive de l’Haïtien, bref un message de renonciation qui a sa place dans un contexte mêlé aux incertitudes. Cependant, il s’agissait de la saison de carnaval national, les mardis-gras ont toujours eu le vent en poupe. Ce n’est pas le propos.

 

Une chose est claire : il a salué l’engament des artistes haïtiens à marcher contre la honte et l’échec que symbolisent le pouvoir de Jovenel Moïse, aux yeux de ses plus récalcitrants. « La manifestation monstre organisée dimanche à l’initiative des artistes a été très significative et constitue un signe indicatif du trop-plein ressenti par beaucoup de gens ordinaires qui, entre autres, ne peuvent plus vaquer normalement à leurs activités, envoyer leurs enfants à l’école, manger à leur faim, ect. », présume-t-il, avec regret, peut-être.

Delva termine sa note par une interrogation des plus lucides : sommes-nous fiers de ce que nous faisons à ce pays ou de ce pays ? La presque similaire « Qu'avez-vous fait de mon pays ? » qui a été posée par le feu Jean-Claude Duvalier alias Papa Doc, au moment de comparaitre par devant la justice haïtienne février 2013.

* Phtkiste: néologisme qui qualifie toute personne accusée à tort ou à raison d’être supporteur du Parti Haïtien Tèt Kale ou de son idéologie d’extrême droite.  

Websder Corneille

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