Lundi 22 Octobre, 2018

Trop robots pour être vrais ?

AFP/Archives / PATRICIA DE MELO MOREIRA

Un robot humanoïde présenté au sommet du Web à Lisbonne, le 7 novembre 2017

AFP/Archives / PATRICIA DE MELO MOREIRA Un robot humanoïde présenté au sommet du Web à Lisbonne, le 7 novembre 2017

Exosquelettes, miniatures, mous ou en bois ? Les robots du futur sortiront sans doute de l'esprit et des labos des quelque 200 chercheurs qui viennent de se réunir à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) durant trois jours pour leur biennale.

"Ces Journées nationales de la recherche en robotique (JNRR) sont un moment important pour notre communauté, l'occasion de dresser un +état de l'art+ de la recherche", souligne David Daney, de l'Inria (Institut national de recherche en informatique et automatique) de Bordeaux, co-organisateur de la dixième édition.

Le but est aussi d'"inciter les chercheurs à prendre en compte de nouvelles idées. On aborde des thèmes fondamentaux, mais d'autres beaucoup plus prospectifs".

Très en vogue actuellement, les "robots mous", souvent inspirés de la nature, qui agissent par déformation pour créer un mouvement alors que les robots rigides classiques utilisent leurs articulations, explique Christian Duriez, directeur de recherche à l'Inria de Lille.

"Et en fait, ça change beaucoup de paradigmes du robot: pas seulement sa structure mais aussi la manière dont on va le contrôler", assure ce spécialiste. "Les robots rigides, on veut leur faire éviter les obstacles. Mais un robot déformable, il peut rebondir. Comme il est souple, il peut aller au contact de son environnement et même l'utiliser pour accomplir sa tâche", relève-t-il.

Trompe, tentacule de pieuvre, robot-chenille, la plupart des prototypes mous sont encore limités, reconnaît M. Duriez. Qui rêve de concevoir un jour un "robot limace" capable de se faufiler partout, même dans les moindres recoins du corps humain, sans risque de le blesser: "Ce serait génial pour la chirurgie!", s'enthousiasme-t-il.

- 'Aux frontières du cerveau' -

"Soigner les gens de la manière la moins traumatique et invasive possible", c'est justement le champ d'expérimentation de Nicolas Andreff, de l'institut de recherches Femto-st de Besançon.

Ses robots à lui ne sont pas mous mais microscopiques, pour mieux s'insinuer dans les délicates "voies naturelles" qui sont les nôtres... Après s'être fait la main sur des cordes vocales dans un conduit de 2 cm de diamètre, M. Andreff et son équipe s'apprêtent à présent à plonger - par le nez! - jusqu'"aux frontières du cerveau": dans un espace de seulement un millimètre de diamètre menant au bulbe olfactif, seul nerf du corps humain directement exposé à l'air libre.

Des études récentes ont en effet mis en évidence une corrélation entre la perte d'odorat et l'émergence de la maladie d'Alzheimer. Le projet Nemro doit donc permettre d'aller scanner en 3D cette zone microscopique chez des patients, en maniant la fibre optique avec une précision suffisante pour fournir une image exploitable.

Dans l'industrie ou l'assistance à la personne, les robots de notre quotidien seront peut-être bientôt "portables", comme les exosquelettes motorisés que conçoit Samer Mohammed, du laboratoire Lissi (Université Paris-Est Créteil).

Le chercheur a développé un dispositif fixé sur les membres inférieurs, actionné au niveau des hanches et des genoux pour aider le porteur à se lever, à marcher, à monter des escaliers en lui apportant - grâce à une série de capteurs - exactement "le niveau d'assistance dont il a besoin en fonction du cycle de la marche" (talon, plante du pied, pointe).

Les machines du futur ne seront pas toutes aussi spectaculaires. Un kit récemment développé par Marie Babel (Institut national des sciences appliquées de Rennes) permet ainsi de transformer (pour environ 3.000 euros) un fauteuil électrique classique en "robot" capable de corriger sa trajectoire pour éviter des obstacles ou négocier des virages difficiles.

Enfin, les robots d'avenir devront être écologiques, une dimension pendant longtemps totalement ignorée dans les laboratoires, déplore Sébastien Briot (Laboratoire des sciences du numérique de Nantes/CNRS).

Pour y remédier et tester le concept, il s'est associé avec l'Ecole supérieure du bois de Nantes pour construire RobEcolo, un robot en hêtre spécialement traité pour limiter sa vulnérabilité à l'humidité.