Mercredi 15 Août, 2018

« A trop faire le travail des autres, J. Moise n'a pas fait le sien »

Le Président Jovenel Moise à la conférence-bilan, le 6 février

Le Président Jovenel Moise à la conférence-bilan, le 6 février

Mercredi, l’agronome Jean André Victor du Mouvement Patriotique de l’Opposition Démocratique (MOPOD), membre de l’opposition, Renald Luberice, Secrétaire général du Conseil des ministres, donc membre de l’Administration actuelle, et l’homme politique et Ex Premier Ministre Evans Paul, ont été les intervenants sur le plateau de l’émission Le Point de la Radio Télé Métropole, pour commenter le bilan de la première du Président Jovenel Moise au pouvoir.

Le Président Jovenel Moise a présenté le bilan de sa première année au pouvoir, dans une conférence de presse, la veille du 7 février 2018. Le bilan qu’il présente est rose en résultats dont la plupart sont attribués à la « caravane du changement » dont il n’est que fier.

L’Agronome Jean André Victor, coordonnateur du MOPOD a critiqué, lors de l’émission l’attitude du chef d’Etat qui, selon lui, durant les 12 derniers mois, n’a pas fait grand-chose qui soit véritablement lié à sa fonction. Selon lui, dans sa recherche de survie politique en tant que président élu, et pour rester fidèles à ses promesses de campagne, le Président se serait attelé à faire le travail des autres, celui de son Premier Ministre et des autres membres du Gouvernement.

 

Par conséquent, à trop faire le travail des autres, il n’a pas fait le sien en tant que chef d’Etat dont la fonction « est esquissée au sein de la Constitution haitienne qu’il a fait serment de respecter lors de son investiture ». En agissant de la sorte, poursuit l'Agronome, Moise viole l’article 150 de la Constitution selon lequel le Président n’a pas d’autres pouvoirs que ceux qui lui sont attribués par la Loi-mère du pays.

Du point de vue de Renald Luberice, Secrétaire général du Conseil des ministres, présent sur le panel, le peuple qui a voté n’attend qu’une chose : les résultats. L’administration Moise-Lafontant, avance-t-il, déploie beaucoup d’efforts depuis sa constitution, en vue de respecter les promesses faites au peuple durant la période électorale. « On ne peut pas reprocher au Président d'avoir respecté ses promesses », dit-il. « Nous sommes sur la bonne ligne ».

Mais l’article 136 de la Constitution est clair, rétorque l’Agronome Victor : le job du président est de faire fonctionner les institutions. « Il doit laisser les ministres et le Premier Ministre faire leur travail » argumente-t-il, ajoutant que pour faire fonctionner les institutions, tel que demandé par la Loi, il faut laisser leur titulaire faire leur travail, dans la limite de leurs compétences.

« Car les institutions, ce ne sont pas les bâtiments, mais les lois, les règlements, les procédures », fait-il savoir, poursuivant que, « quand on ne respecte pas cet élément fondamental, quel que soit la faiblesse de la constitution, on handicape l’Etat et l’empêche de fonctionner normalement ».

 

 

Evans Paul s’intéresse surtout à la conjoncture politique. 19 gouvernements déjà depuis la rupture avec la dictature des Duvalier et l’Etat est toujours dans un état délabré, regrette-il. Pour lui, Jovenel Moise est président dans un contexte de grave crise de citoyenneté, qui a pour résultat une société disloquée, un Etat « faya ».

C’est ce qui justifie, selon lui, le fait que Moise agisse comme un président-pompier, obligé de toujours se plier aux sollicitations qui arrivent de partout. « Le président ayant été voté, dès qu’il y a un problème, même s’il n’est pas concerné directement par la question, l’appel est lancé au président de la République ».

Et le président, renchérit-il, entre souvent dans le jeu, en voulant satisfaire aux revendications des citoyens. « D’où la volonté du chef de l’Etat de lancer les Etats généraux », souligne KP.

Aucun argument ne justifie le fait pour le chef d’Etat de faire le travail du premier Ministre. « Qu’il s’agisse de promesses électorales, ou de ses responsabilités envers les citoyens, il faut toujours faire ce que dit la Constitution », insiste Jean André Victor du Mouvement Patriotique de l’Opposition Démocratique. Le Président se doit de faire respecter les lois, la Constitution, faire respecter l’intégrité territoriale du pays et travailler à sa grandeur », martèle-t-il.

Pendant ce temps, ce mercredi 7 février 2018, le Président Moise a procédé à la « distribution d’équipements lourds à la direction départementale de l’Ouest dans le cadre du déploiement de la Caravane du Changement sur tout le territoire national. »

Suivant son dernier tweet, durant les douze premiers mois, il ne faisait que s’exercer avant de se lancer dans le cœur du jeu.