Mardi 28 Janvier, 2020

Trois de nos journalistes fouillés par des individus armés à Chalon

Des personnes cagoulées en Haïti. Crédit photo: HPN

Des personnes cagoulées en Haïti. Crédit photo: HPN

Ce mardi 26 novembre aura été une journée funeste pour la famille Loop. Trois de nos rédacteurs ont été fouillés à Chalon, première section communale de Miragoâne. Heureusement, ils s'en sortent bien.

Samedi 23 novembre. Marc-Evens Lebrun, Websder Corneille et Luckenson Jean, responsable de notre section audiovisuelle, ont avalé les 200 kilomètres de route qui relient Port-au-Prince de la troisième ville d’Haïti, les Cayes. Avant de prendre un canot à moteur pour se rendre sur le coin paradisiaque qu’est l’Île-à-Vache dans le cadre d’un reportage qui apparaîtra bientôt.

En revenant de la métropole Sud ce mardi matin, à bord d’un véhicule de la marque Suzuki, nos collègues ont fait obstacle à des barricades à Chalon. Un groupe d’environ dix personnes déferlaient devant le pare-brise de la voiture avec à la main des fusils à chasse. Les individus ont procédé à une fouille minutieuse, mais ils n’en ont rien emporté, témoignent nos reporters.

« Je croyais que j'allais perdre la vie », déclare Éric Gaspard, un peintre assis à droite du chauffeur. C’est la deuxième fois que je suis victime d’une telle situation. Mais celle-là n’a pas d’égale ! », conclut-il, les yeux éberlués. 

Nos trois collaborateurs chantent tour à tour le libéra de l’État haïtien, symbole de déliquescence et de dégénérescence d’une société qui ne veut que produire le spectacle du pire au quotidien.

« Nous vivons dans un contexte d’insécurité généralisée, nous avons failli laisser notre peau. Cela témoigne de la décadence de l’État, qui non seulement n’est plus en mesure d’assurer la sécurité de ses fils et filles, mais aussi ne contrôle plus le territoire », critique Luckenson Jean dans l’après scène.

« Cette situation d’insécurité traduit l'impuissance de l'État vis à vis de la notion de sécurité publique depuis le début de la crise que traverse le pays. Si rien n'est fait pour améliorer la situation, nul ne sera à l'abri dans les prochains jours et l'insécurité fera des victimes de porte à porte », met en garde Marc Evens Lebrun.

Au volant de la voiture se trouvait Me Johnson Nazaire, un membre associé au Cabinet du très respectueux avocat Gary Lissade. « Je suis en état de choc, donc je n’ai pas la même aptitude au volant », avoue-t-il, après l’incident. « Je m’efforce de garder le calme nécessaire pour pouvoir assurer le trajet », dit-il.

« La vie symbolise le néant en Haïti, vous pouvez la perdre l’espace d’un cillement », soupire l’ancien de la Faculté de droit et des sciences économiques.

Websder Corneille, quant à lui, ne faisait que trembler durant toute la bonne dizaine de minutes qu'a duré l'opération de fouille, rapportent ses deux collègues. « Ce qui est bizarre ! En tant que journaliste, on rapporte au quotidien ce qui arrive aux autres- parfois dans l’indifférence-même- sans forcément réfléchir un instant aux dérives. Devenant témoin, on a su mesurer l’état de délabrement du pays en matière de sécurité », a-t-il réagit. 

Ce n’est pas la première fois qu’un collègue de la rédaction est victime de l’insécurité qui gangrène le pays. Le soir du 6 août de cette même année, notre reporter Luckson Saint-vil a subi une attaque armée dans la commune de Léogâne. S'il fallait remonter plus loin, on établirait que Vladjimir Legagneur, porté disparu depuis le 14 mars 2018, a été un ancien collaborateur à Loop avant d’arborer le vêtement de photographe indépendant.

À chaque fois, on craint le pire pour nos collaborateurs, mais aussi pour tous les autres collègues journalistes qui exercent leur métier avec la peur au ventre parce qu’ils ne se sentent pas totalement en sécurité. Nous crions une nouvelle fois halte-là !

La rédaction

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