Jeudi 17 Octobre, 2019

Transfert de matières fécales: une thérapie qui peut sauver des vies

Un transfert de matières fécales (TMF) pour soigner une grave infection du côlon au CHU de Clermont-Ferrand, le 26 juillet 2019

Un transfert de matières fécales (TMF) pour soigner une grave infection du côlon au CHU de Clermont-Ferrand, le 26 juillet 2019

Lorsque son médecin lui a proposé de lui injecter des excréments pour soigner une grave infection du côlon, Ghislaine Grenet a vite vaincu sa répugnance. Le «transfert de matières fécales» (TMF) thérapie insolite, objet de toutes les attentions de la recherche médicale, lui a sauvé la vie.

«Au début ça perturbe, parce qu'on se dit que c'est quand même des excréments qu'on nous injecte. Mais on est tellement mal qu'il faut faire quelque chose», confie cette femme de 56 ans, qui souffre depuis plusieurs mois d'une infection récidivante à Clostridium difficile, une bactérie responsable de l'inflammation du gros intestin.

La faute aux antibiotiques utilisés pour soigner d'autres maladies qui peuvent provoquer une altération du microbiote intestinal en tuant les «bonnes» bactéries tout en laissant proliférer cette «mauvaise» bactérie.

Les principaux symptômes développés par les malades sont une diarrhée importante, des douleurs au ventre et parfois de la fièvre. Un calvaire au quotidien.

«En dehors de chez moi, je devais absolument chercher les toilettes. Il m'était impossible de travailler ou de mener une vie normale», raconte cette quinquagénaire, en attendant d'être hospitalisée à l'hôpital de Clermont-Ferrand, dans le centre de la France, pour une nouvelle administration de cette mixture peu ragoûtante.

Le matin même, un donneur en parfaite santé - sans problèmes digestifs, ni antécédents familiaux et rigoureusement sélectionné après un bilan biologique complet - est venu déposer ses selles au laboratoire de la pharmacie de l'hôpital.

Ces excréments sont ensuite mixés à du chlorure de sodium et conditionnés dans des poches ou seringues. Avant d'être administré par lavement, coloscopie ou via une sonde naso-jéjunale (allant du nez à l'intestin).

Objectif: rééquilibrer le microbiote intestinal du receveur qui va se modifier et ressembler à celui du donneur grâce à cette solution.

«Après une TMF, il y a plus de 90% de guérisons sans récidive, là où les antibiotiques ne font pas mieux que 30 à 40% de guérison dans cette forme récidivante de colite. C'est vraiment un traitement qui marche très bien», assure le Docteur Julien Scanzi, gastroentérologue à Clermont-Ferrand.

Un mois et demi plus tard, Ghislaine Grenet «revit». Tout comme un autre patient, Sasha, 7 ans, qui ne pouvait plus aller à l'école «car il se faisait dessus 15 fois par jour».

L'enfant, hospitalisé pour déshydratation, avait lui aussi déclaré une infection après avoir pris un antibiotique pour traiter une bronchite. «La TMF était le dernier recours», souligne sa mère Aurélie, qui «ne donnait pas cher de sa peau» sans cette thérapie proposée aujourd'hui dans une dizaine d'hôpitaux en France.

Les vertus médicales des matières fécales sont connues depuis longtemps. Dans la Chine du IVe siècle, on administrait déjà des excréments pour soigner des empoisonnements alimentaires et diarrhées sévères. Mais il a fallu attendre 2013 pour qu'une étude néerlandaise valorise scientifiquement ses bienfaits.

Aujourd'hui, la recherche ne se pince plus le nez: quelque 200 études à travers le monde sont menées pour trouver de nouvelles applications. Car les perspectives sont vastes: syndrome du côlon irritable, rectocolite hémorragique, maladie de Crohn, diabète, obésité, maladie de Parkinson ou d'Alzheimer, sclérose en plaques, autisme et même allergie à l'arachide.

«On pense que le microbiote est impliqué dans beaucoup de maladies, sans forcément jouer un rôle important dans toutes les maladies. Aujourd'hui, on en est aux balbutiements de la recherche pour savoir quelle partie du mélange est responsable des effets thérapeutiques», souligne le professeur Harry Sokol, à l'hôpital Saint-Antoine à Paris.

Car le geste n'est «pas anodin». «Il y a un risque de transmettre un agent pathogène», ajoute le gastroentérologue, qui «reçoit beaucoup de demandes» refusées faute de «moyens humains», de «donneurs» et d'un «maillage territorial suffisant».

Des entreprises se sont déjà positionnées sur le créneau de la flore intestinale. Aux États-Unis, la première banque de selles, «OpenBiome», a vu le jour en 2012.

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