Vendredi 24 Janvier, 2020

Les féministes dénoncent ces cinq chansons très populaires en Haïti

Voilées, assassines, salaces ou grivoises, ces cinq chansons même si elles flattent l’ego des femmes ou la beauté de leur âme continuent d’occuper une pole position dans le panthéon des musiques haïtiennes les plus sexistes. Pascale Solages, Coordonatrice générale de l’organisation féministe Nègès Mawon, livre son top 5.

« Choucoune »

Choucoune est d’abord un poème d’Oswald Durand. Bourré d’imperfections orthographiques, au regard de l'actuelle graphie de la langue, et de coquilles grammaticales. Le poème reste pourtant l’un des plus beaux chants d’amour écrits par un poète qui avait l’art de cueillir les images dans la nature, l’art d’exalter la paysannerie haïtienne pour vanter la beauté de la jeune femme dans une langue nationale. Ce poème a été maintes fois mis en musique par de nombreux compositeurs mais c’est le brillant pianiste américain Michel Mauléart Monton qui a créé pour la première fois en 1893 une lente meringue populaire, devenue quelques temps plus tard connue et mise en valeur pendant les célébrations du bicentenaire de Port-au-Prince en 1949. Pour Pascale Solages, « Choucoune » relate, en dépit de tout, du « sexisme ordinaire ». Le sexisme ordinaire, ce sont des stéréotypes et des représentations collectives qui se traduisent par des mots, des gestes, des comportements ou des actes qui excluent, marginalisent ou infériorisent les femmes. Choucoune est belle, a les « Tete doubout » (des nichons fermes), mais « Choucoune » reflèterait le prototype d’une traînée, d’une infidèle (« Ah ! si Choucoune té fidèle ! / Nous rété causer longtemps…)

Fanm kolokent

Point besoin de rappeler que le chanteur haïtien Coupé Cloué, idole du Compas Manba, célèbre dans toute l’Afrique, reste l’un de ceux qui ont le plus composé sur la femme haïtienne. Pour ses chansons aux paroles parfois plates et grivoises, Coupé Cloué sera beaucoup épinglé pour misogynie affichée sur scène comme sur les vinyles.  La femme chez Coupé Cloué  est campée dans ses récits teintés de suspends, voilés et accouchés avec une telle subtilité, comme des putes (« Kiyès ki te la avan, rentre ! rentre ! Le suivant », bibi (lesbiennes : « Map mande Bondye si nanpwen gason isit / Yon bel bebe tankou Gisele, men son fanm kap karese l’ »), des renards, des créatures difficiles à cerner, des êtres perfides (« Fanm kolokent). On ne sait où il a cueilli cet adjectif pour le coller en étiquette à la femme, selon la féministe.

« Sosis »

Et là, le lead vocal du groupe Ensemble Select né des entrailles de la commune de Carrefour vante la grandeur, le pouvoir des hommes et leur appétit de dominer. « Nan peyi pam, fanm pa komande. Nan peyi pam, nou pa ret avek fanm », chantait Coupé, auteur d’un répertoire gorgé de titres semblables.

 « Fè wana mache »

Fè Wana mache, rendu populaire par Tony Mix, est une chanson qui parle d’une prostituée nommée Wana vendant son corps contre un rafraîchissement coûtant 5 gourdes et un morceau de pain couvert de beurre d’arachide (mamba) coûtant également 5 gourdes, soit un total de 10 gourdes, l’équivalent de 25 cents américains. Fè Wana mache propose au profane la marche à suivre en termes d’agressivité pour porter Wana à se donner le plus vite possible. Avec cette chanson, on rentre de plain-pied dans les techniques d’obéissance volontaire et de violence. Et ce tube, si l’on peut l’appeler ainsi, n’est pas un succès isolé de ce genre obscène à souhait. C’est plutôt un échantillon d’un nouveau style, baptisé Rabòday, qui compte des compositions telles que Ti Sourit, Titou, Pa pale kaka, San fason, Pandye, Souke li, Nèg la tou chèch, Map Tchat. On peut visionner ces vidéos ou écouter ces musiques sur des sites internet comme YouTube.

« Jounal Katrè (2 ke) »

Voilà une meringue carnavalesque qui a pendant longtemps piaffé à coups de mots obscènes et vulgaires sur la réputation d’une femme, d’une journaliste connue, qui traîne de belles et longues années de carrière derrière elle. Cette méringue de Sweet Micky constitue une attaque contre la journaliste, considérée comme un symbole de la démocratie en Haïti, selon ce qu’avaient exprimé plusieurs personnalités de la vie nationale. L’Association nationale des médias haïtiens (ANMH), entre autres, avait dénoncé, une précédente meringue « Bal Bannnann nan » du chanteur, dans une note datée du 16 décembre 2015, avant même sa sortie officielle et sa circulation sur les réseaux sociaux. 


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