Jeudi 21 Mars, 2019

Tipay : "Pa gen moun ki ka di p ap gen kanaval"

Capture d'écran / Guy Wewe

Capture d'écran / Guy Wewe

Le combat persiste pour la tenue des festivités carnavalesques en Haïti cette année. Des artistes, pas des moindres, ne comptent pas baisser les bras, malgré le coup de grâce de l'administration Moïse-Céant contrainte de renoncer à l'organisation de cet événement culturel.

"On attend le carnaval, je ne vais pas trop parler", a martelé le chanteur de Rèv, Tipay, en conférence ce jeudi au Terrace Garden, 24 heures après l'annulation par le gouvernement, du carnaval national. Via cette conférence de presse, un groupe d'artistes, dont des ténors du carnaval haïtien, voulait se positionner par rapport à cette décision du gouvernement et le rejet manifesté par une partie de la population envers les festivités carnavalesques cette année.

Tipay, l'un des artistes présents à cet événement, s'est voulu catégorique. "Personne ne peut dire qu'il n'y aura pas de carnaval dans le pays", a-t-il martelé. "J'ai été parmi ceux ayant plaidé pour la réouverture de l'école. Et j'ai été le premier à intervenir sur Radio Caraïbe pour la tenue du carnaval", a-t-il voulu rappeler.

"Ce serait pire que l'argent Petrocaribe. Ce serait un Petronaval. [...] Je ne vais pas trop parler. On attend le carnaval comme l'a dit Manzè. Ils ont Petrocaribe. Nous, on a Petronaval", a conclu le chanteur. 

Le carnaval national est officiellement annulé, selon ce qu’a annoncé le comité organisateur de cette fête populaire, en conférence de presse ce mercredi matin au local de la mairie de Delmas. Cinq jours avant la tenue de l’évènement, la décision est prise au plus haut niveau de l’État confronté, depuis 7 février, à une vague de manifestations violentes contre la misère et où des milliers d’Haïtiens, soutenus par l’opposition rejetant tout processus de dialogue, exigent la démission du chef de l’État.

« Il n’y aura pas de carnaval national organisé par l’Etat. Mais, techniquement, le gouvernement va supporter les mairies pour l'organisation du carnaval dans leurs municipalités », a souligné le comité organisateur en conférence de presse. 

Mais cette décision du gouvernement n'aura pas empêché à certaines communes du pays d'avoir leur carnaval. C'est le cas de Jacmel qui a déjà organisé les siennes le weekend dernier ou des Cayes qui attendent ses carnavaliers les 3, 4 et 5 mars, date auxquelles était prévu le carnaval national aux Gonaïves. 

«Kanaval la dwe fèt !», des artistes Haïtiens défendent la «tradition»

Ce jeudi, au Terrace Garden, s'est tenue une conférence de presse donnée par un groupe d’artistes dans le but d’exprimer leur opinion suite à la décision du gouvernement annulant le carnaval national. Les artistes présents défendent la tenue du carnaval, qui selon eux, est une tradition qui ne date pas d’hier.

Pour présenter cette conférence, étaient présents sur la table des artistes comme Lòlò et Manzè du groupe Boukman Eksperyans, T-pay du groupe musical Rèv, Fredo de Kanpèch, et d’autres artistes de la tendance « konpa ». Tous réunis pour une même cause en se cramponnant à leur idée phare : Le carnaval doit avoir lieu.

Ces artistes avouent être conscients des difficultés que connait le pays ces derniers temps, mais jugent bon que ces incidents ne doivent pas empiéter sur l’organisation du carnaval. Le secteur culturel ne doit pas en pâtir. « Kanaval la se on tradisyon, e nou p ap dakò okenn bagay eksteryè vin deranje l », épilogue Lòlò, ce vieux de la vieille qui défend pour sa part l’aspect thérapeutique du carnaval. Les carnavaliers prennent part aux festivités du carnaval pour se défaire des soucis de toute sorte. « Dimanch, kèlkeswa kote yo voye nou an, nou nan lari », ajoute-t-il.

Outre les aspects traditionnel et thérapeutique soulevés par le numéro 1 du groupe Boukman Ekseryans, Manzè elle, voit dans l’organisation de cet événement une occasion pour plus d’un de se faire un peu d’argent. « Boukman Eksperyans gen omwen 100 moun li anplwaye pou kanaval la », affirme-t-elle. L’apologie de l’apport économique du carnaval semble être pour Manzè un facteur à ne pas négliger à côté du symbolisme religieux auquel va céder sa place le carnaval qu’est le carême.

L’industrie musicale haïtienne ne doit pas s’éteindre, selon ce que laisse entendre la compagne de Lòlò. Cette dernière avoue ignorer ces gens, ou encre cette entité qui aurait annulé le carnaval. C’est une interrogation ouverte qu’elle a soulevée durant presque toute la durée de la conférence. « Kiyès ki di p ap gen kanaval la ? Se yon rimè. Se pou moun nan vin devan nou menm atis pou l di nou pa sòti » . Tels sont les mots tenus par la voix de « Imamou lele ».

Si pour demander à ce que lumière soit faite sur l’affaire « PetroCaribe », on a eu droit au PetroChallenge, T-Pay lui parle de PetroNaval. « Si yo vle anpeche kanaval la, n ap fè on petwonaval ». Une déclaration qui a été accueillie, sur ordre de Zagalo, par une salve d’applaudissements.

Après avoir égrené les différentes raisons pour lesquelles le carnaval doit avoir lieu, ces artistes campent sur leur position. Le carnaval est une tradition et doit avoir lieu.

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