Mardi 1 Décembre, 2020

Témoignages émouvants d'une Haïtienne survivante du cancer du sein

La personne interviewée dans cet article nous a autorisé à utiliser sa photo, mais pas son nom complet. Nous l'appellerons donc Mademoiselle J.

La personne interviewée dans cet article nous a autorisé à utiliser sa photo, mais pas son nom complet. Nous l'appellerons donc Mademoiselle J.

Le cancer du sein tue 458 000 personnes chaque année, selon l'OMS. La maladie fait aussi plus de dégâts dans les pays à revenu faible où les malades, par manque d'informations sur le sujet, sont diagnostiquées souvent trop tard. Quoique dangereux, le cancer du sein reste curable. Découvrons, dans cet article, le témoignage d'une jeune femme haïtienne résidant aux Etats-Unis, qui, à 39 ans, s'est battue contre le cancer du sein et l'a vaincu. Aujourd'hui guérie, elle ne s'est pas arrêtée de combattre la maladie.

                                                      Il a ouvert mon dossier et a lu à haute voix :

                                                                « Vous avez un cancer du sein »

Mademoiselle J: J’ai découvert une petite bosse environ 7 à 8 ans plus tôt à partie d'un auto examen du sein. Il a été surveillé tout au long des années, et  a ainsi été diagnostiqué comme un kyste. Cependant en décembre 2013, au cours de mon examen gynécologique de routine, j’ai signalé au gynécologue que la grosseur précédemment diagnostiquée comme étant un kyste avait augmenté. On pouvait maintenant voir la grosseur sous ma peau.

Elle m’a donc recommandé une échographie mammaire, puis une biopsie à l’aiguille fine. La biopsie à l’aiguille fine est une procédure où le liquide est prélevé du kyste pour des tests en laboratoire. Comme le médecin ne pouvait prélever le liquide, il m’a référé pour une biopsie d’aiguille de noyau où le tissu pourrait être prélevé et envoyé au laboratoire. Cette biopsie a révélé que les cellules étaient cancéreuses.

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Loop Haiti: Quelle a été votre réaction après avoir appris la nouvelle?

Mademoiselle J: Je suis allée au cabinet du chirurgien deux jours après la biopsie pour obtenir les résultats. J’étais assis sur la table d’examen quand le chirurgien est entré avec le dossier et m’a saluée. Il a ouvert mon dossier et a lu à haute voix : « Vous avez un cancer du sein ». Mon cœur s’est effondré, j’ai eu chaud et froid en même temps, et les larmes ont commencé à couler; Je pensais : "Oh Seigneur, je peux mourir, je peux mourir très jeune''. En dépit de cela, une profonde gratitude remplissait mon cœur à travers mes larmes : Il valait mieux que ce soit moi et non mes sœurs ou mes amis."

Le chirurgien a envoyé une employée pour me parler. Elle avait également survécu à un cancer du sein. Ils m’ont tous deux rassurée et m’ont dit que tout irait bien. Le chirurgien m’a informé que la chirurgie pourrait être faite le vendredi de la même semaine. Je lui ai dit de me donner quelques jours afin de me préparer. Dans mon esprit, je savais déjà que je n’allais pas retarder l’opération.

J'était en état de choc parce que je n’avais pas d’antécédents familiaux de cancer du sein et  je n’avais nullement l’âge conseillé pour un dépistage du cancer du sein. J’avais 39 ans, et on ne fait habituellement pas de dépistage par mammographie avant l’âge de 40 ans pour diagnostiquer la malignité du sein.

J’ai pleuré pendant 24 heures. J’ai pleuré en parlant à ma famille, mes amis, j’ai pleuré au travail, j’ai pleuré en parlant à mon conseiller spirituel. J’ai pleuré dans la douche. Je me suis endormie en pleurant. J’ai dû travailler le jour où j’ai appris le diagnostic car je n’ai pas pu appeler pour dire que j’étais malade.

J’ai travaillé avec mes yeux bouffis et rouge, mais j’ai quand même terminé ma journée de travail. J’ai appelé mon système de soutien pour les informer. Ils étaient solidaires et forts parce que je ne me suis pas effondrée, ils ont pleuré avec moi, mais ils ont suivi mon exemple.

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Loop Haiti: Quel type de traitement votre médecin a-t-il proposé?

Mademoiselle J: Le chirurgien m’avait donné la possibilité d’avoir une lumpectomie, une mastectomie unilatérale ou une mastectomie bilatérale. J’ai choisi la lumpectomie avec la compréhension des radiations à suivre. Le médecin m’avait immédiatement proposé une intervention chirurgicale et m’a renvoyée à un oncologue.

Il m’a également dit qu’il devrait également retirer un ganglion lymphatique sentinelle, qui est une procédure pour déterminer si le cancer avait migré de son site d’origine vers le système lymphatique. Le système lymphatique est un réseau de tissus qui aide à se débarrasser des substances nocives, les toxines du corps. Ils envoyaient ce tissu au laboratoire de pathologie pendant l’opération, s’il y avait des cellules malignes, on éliminerait plus de ganglions lymphatiques.

Si les cellules avaient voyagé au système lymphatique, plus de ganglions lymphatiques devraient être enlevés, et j’aurais une ligne de drainage après l’opération. Je me souviens avoir dit au chirurgien, s’il vous plaît soyez très prudent, je suis droitier et je suis un physiothérapeute, j’ai besoin de mon membre supérieur droit. Je ne voulais pas que des lésions nerveuses nuisent à ma capacité de travailler.

Quand je me suis réveillée après l’opération, je regardais sous mon aisselle et j’ai vu que je n’avais pas de conduits de drainage; je me suis senti tellement soulagée. Je voulais dire que le cancer était resté à son emplacement d’origine et n’avait pas voyagé. Après ma chirurgie, les soins se sont poursuivis avec un oncologue du sein spécialiste du cancer du sein.

Après plusieurs tests et l’examen des résultats de pathologie, elle a recommandé la chimiothérapie suivie de la radiothérapie. Elle a offert des conseils sur la fertilité avec des options de congélation de mes ovules dans l'éventualité future où je voudrais avoir des enfants. J’ai refusé.

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Loop Haiti: Pouvez-vous décrire les étapes et les difficultés du traitement?

Mademoiselle J: En raison de mon type de cancer, de son stade et de l’examen pathologique, mon oncologue m’a recommandée la chimiothérapie. Habituellement, la chimio est administrée par voie veineuse, selon le nombre de cycles au cours du traitement. Ils peuvent opter pour une ligne plus centrale au lieu d’une veine périphérique en raison de la causticité de la drogue ou de la durée de la perfusion.J’ai eu de la chance de ne pas avoir besoin d’un port qui aurait nécessité une intervention chirurgicale pour l’insertion et l’enlèvement.

J’ai suivi quatre (4) cours de chimiothérapie à intervalles de trois semaines. Mes séances débutaient le mardi, et le lendemain après la perfusion, j’avais eu une injection d’un booster immunitaire pour m' aider avec mes cellules sanguines.

Un test sanguin a été effectué avant la perfusion qui a duré 3 heures environ. C’est un protocole très précis, et j’ai été surveillée de près tout au long du processus parce que je n’avais pas de port et qu’ils utilisaient une veine. Ils devaient faire attention que ça ne s’infiltre pas et ne répande pas la toxine dans mon bras. À mon premier traitement, j’étais accompagné de ma sœur; j’avais ma couverture confortable, des collations et des livres à lire.

Entre ma chirurgie et mon premier traitement de chimiothérapie, j’ai décidé de couper court mes cheveux car je voulais diminuer le traumatisme de les voir tomber en trop grande quantité. J’ai porté cette coiffure durant quelques semaines puis le reste de mes cheveux sont tombés après le premier traitement. Ensuite je me suis rendue chez le coiffeur où j’ai opté pour un  look chauve. Je n’aimais pas les perruques, alors j’ai opté pour les chapeaux et les foulards lors de mes sorties.

Je pouvais sentir les toxines qui commençaient à se répandre lentement dans ma veine, c’était un sentiment très étrange, comme si des extraterrestres envahissaient mon corps, me faisant me sentir engourdie et alerte en même temps. Après la piqûre de rappel immunitaire, j’ai commencé à ressentir de la douleur, je fonctionnais au ralenti. J’étais nauséeuse, fatiguée et affaiblie. Je me suis forcée à manger toutes les 3 à 4 heures, des protéines et des glucides comme l’infirmière me l'avait suggérée. Je réduisis le sucre artificiel de mon alimentation. Mes collations préférées se composaient de mangues et de biscuits d'amidon (bonbon amidon) afin de refroidir et apaiser ma bouche. Lors de mes pires journées, j'étais douloureusement affaiblie et littéralement collée au lit.

Loop Haiti: Qu’est-ce qui vous a donné la force d’affronter les différents stades de cette maladie?

D’abord ma foi, ma famille et mes amis. Ma foi m’a permis de relever ce nouveau défi. Je n’ai jamais questionné Dieu. Je n’ai jamais demandé "Pourquoi moi?" au contraire, j’ai accepté le fait que cela m’arrive à moi plutôt qu’à mes soeurs ou mes amis proches. Je n’avais pas d’enfants et j’avais une carrière à l’époque. C’était plus facile pour moi de naviguer dans cette mer tumultueuse à ce stade de ma vie.

J'ai reçu le diagnostic de mon cancer alors que je terminais mon doctorat en physiothérapie. Les chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie ont rendu cela très difficile.

Je me promenais le lendemain de mon traitement et le premier jour où je pouvais sortir du lit. L’exercice physique m’a gardée motivée et a pu clarifié mes pensées.

Loop Haiti: Quels conseils donnerez-vous aux femmes haïtiennes et, de manière générale, aux autres personnes atteintes d’un cancer du sein?

Mademoiselle J: Mon premier conseil est de connaître votre corps et de faire des auto-examens des seins chaque mois. Vous saurez très probablement si quelque chose sort de l’ordinaire, et ainsi le porter à l’attention de votre médecin traitant. Faites votre examen de bien-être des femmes chaque année ou comme recommandé par votre médecin. La détection précoce est la clé!

Pour mes camarades survivants, suivez les conseils de votre médecin, soyez positifs, entourez-vous de personnes positives. Le cancer n’est pas une condamnation à mort. Avec les traitements et les soins appropriés et les changements de mode de vie, nous pouvons vivre une vie productive et longue. Participez à l’enseignement de la détection précoce et à la collecte de fonds pour la cause de la maladie.

Loop Haiti: Quels sont vos projets pour le Mois de la sensibilisation au cancer du sein (octobre rose)?

Mademoiselle J: J’ai l’habitude de participer comme bénévole à deux marches contre le cancer au cours de ce mois afin de sensibiliser la population à cette maladie. Malgré tout, en raison de la pandémie, j’ai recueilli des fonds pour aider les associations qui aident à la recherche et pour aider les patients atteints de cancer.

Propos recueillis par Wyddiane Prophète

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