Mardi 20 Août, 2019

T-Jo: «Le secteur musical, le seul qui n’a jamais failli à son devoir»

Le chanteur Joseph Zenny, leader du groupe Kreyol La.

Le chanteur Joseph Zenny, leader du groupe Kreyol La.

Joseph Zenny, T-Jo, s'érige en défenseur du secteur musical haïtien, la cible de nombreuses critiques depuis quelques jours en raison de la position de certains artistes exigeant la tenue du carnaval national pourtant annulé par le gouvernement. Selon T-Jo Zenny, ce secteur est "le seul qui n'a jamais failli à sa mission" en Haïti. Explication.

L'artiste commentait ce vendredi 1er mars à l'émission Le Point sur Radio Métropole, les propos du professeur Victor Benoît, selon lesquels l'ensemble des revendications exprimées à travers les chansons de carnaval entre 1986 à 2019 pourraient faire l'objet d'un projet social". Pour T-Jo, le secteur musical est, en dépit des agissements politiques et des troubles sociales qui sévissent dans le pays, "le seul qui n’a jamais failli à sa son devoir" dans ce pays.

Notre rôle, a-t-il affirmé lors de l'entretien avec le journaliste Wendel Théodore, est de chanter, de produire [des œuvres, ndlr], mais aussi de dénoncer. Et on l’a toujours tous fait, poursuit-il, qu’il s’agit des rappeurs, des musiciens de tendance Racine, ou des groupes de compas direct. Ce, depuis des années, a-t-il insisté.

Pour le leader de la formation musicale Kreyòl La, il est clair que la communauté d'artistes dont il fait partie a eu "tort" de ne pas avoir pris position durant la période de revendications populaires, de manifestations violentes de rue pour dénoncer la vie chère, la corruption et exiger le départ de Jovenel Moïse. Selon lui, ils [les artistes, ndlr] auraient dû sortir une note, ne serait-ce que pour demander "la paix". 

D’un côté, il reconnait légitimes ces protestations de l'opposition et des Petrochallengers. La population est en droit de dire non à la misère, la corruption ou le gaspillage des fonds publics. D’un autre côté, il dit comprendre aussi les frustrations de ces artistes et groupes musicaux qui exigent la tenue du carnaval qui reste, bien au-delà des aspects économiques et des questions de sponsoring, « un canal de promotion » pour eux. Le chanteur signale par ailleurs que ce secteur est « structurellement très faible ».

L'acteur suggère, dans la foulée, que tous les secteurs faisant face à des difficultés, se mettent debout et exprimer leurs revendications. "Pas pour casser, briser et se battre l'un contre l'autre. Chaque particule doit prendre ses responsabilités", a-t-il poursuivi.

Une véritable industrie

Peu de gens comprennent qu’une formation musicale est une véritable industrie en miniature, qui peut faire vivre d’autres corps de métier ou d’autres secteurs d’activités, a aussi soutenu l'acteur. « Pour une soirée musicale, illustre-t-il dans son intervention, c’est toute une chaîne de services qui dessert le consommateur. La pompe à essence pour s’approvisionner en carburant, la taxi-moto si le fan ne possède pas un véhicule, les revendeurs de minutes, les restaurateurs, les hôtels, etc. »

"Personne ne peut dire qu'il n'y aura pas de carnaval dans le pays"

Le combat persiste pour la tenue des festivités carnavalesques en Haïti cette année. Des artistes ne comptent pas baisser les bras, malgré le coup de grâce de l'administration Moïse-Céant contrainte de renoncer à l'organisation de cet événement culturel.

"On attend le carnaval, je ne vais pas trop parler", a martelé le chanteur de Rèv, Tipay, en conférence ce jeudi au Terrace Garden, 24 heures après l'annulation par le gouvernement, du carnaval national. Via cette conférence de presse, un groupe d'artistes, dont des ténors du carnaval haïtien, voulait se positionner par rapport à cette décision du gouvernement et le rejet manifesté par une partie de la population envers les festivités carnavalesques cette année.

Tipay, l'un des artistes présents à cet événement, s'est voulu catégorique. "Personne ne peut dire qu'il n'y aura pas de carnaval dans le pays", a-t-il martelé. "J'ai été parmi ceux ayant plaidé pour la réouverture de l'école. Et j'ai été le premier à intervenir sur Radio Caraïbe pour la tenue du carnaval", a-t-il voulu rappeler.

«Kanaval la dwe fèt !», des artistes Haïtiens défendent la «tradition»

A cette conférence, étaient aussi présents sur la table, des artistes comme Lòlò et Manzè du groupe Boukman Eksperyans, Fredo de Kanpèch, et d’autres artistes de la tendance « konpa ». Tous réunis pour une même cause en se cramponnant à leur idée phare : Le carnaval doit avoir lieu.

Ces artistes avouent être conscients des difficultés que connait le pays ces derniers temps, mais jugent bon que ces incidents ne doivent pas empiéter sur l’organisation du carnaval. Le secteur culturel ne doit pas en pâtir. « Kanaval la se on tradisyon, e nou p ap dakò okenn bagay eksteryè vin deranje l », épilogue Lòlò, ce vieux de la vieille qui défend pour sa part l’aspect thérapeutique du carnaval. Les carnavaliers prennent part aux festivités du carnaval pour se défaire des soucis de toute sorte. « Dimanch, kèlkeswa kote yo voye nou an, nou nan lari », ajoute-t-il.

Outre les aspects traditionnel et thérapeutique soulevés par le numéro 1 du groupe Boukman Ekseryans, Manzè elle, voit dans l’organisation de cet événement une occasion pour plus d’un de se faire un peu d’argent. « Boukman Eksperyans gen omwen 100 moun li anplwaye pou kanaval la », affirme-t-elle. L’apologie de l’apport économique du carnaval semble être pour Manzè un facteur à ne pas négliger à côté du symbolisme religieux auquel va céder sa place le carnaval qu’est le carême.

Rosny Ladouceur et Raoul Junior Lorfils

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