Dimanche 16 Décembre, 2018

Sur les trottoirs en Haiti, ces 3 femmes ont été abusées sexuellement

« 35% des femmes, soit près d'1 femme sur 3, indiquent avoir été exposées à des violences physiques ou sexuelles de la part de leur partenaire intime ou de quelqu’un d’autre au cours de leur vie », selon un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Dans une soirée de  storytelling et de débat organisée le mardi 5 décembre dernier à la résidence de l’Ambassadeur des Etats-Unis, à Bourdon, quatre jeunes femmes ont livré témoignages de leur agression sexuelle. LoopHaiti qui a animé à l’occasion un panel sur la violence faite aux femmes assurait en exclusivité la couverture de cet évènement.

Ces dernières années, les organisations de défense des droits humains tirent sans arrêt la sonnette d'alarme sur la prolifération des cas de violence sur les femmes en Haïti. Harcèlements, attouchements, viols… autant de pratiques dénoncées par les femmes à longueur de journée. S’il faut se rappeler que ces gestes portent atteinte à la dignité des femmes, il convient de souligner que les victimes sont exposées à de graves problèmes  de santé physique, sexuelle et mentale, entre autres.

Dans le cadre de cette soirée, trois jeunes filles ont accepté de témoigner. Répondant au nom de Carine, Adeline et Béatrice*, ces 3 anciennes prostituées sont victimes de violence sexuelle dans les rues à Port-au-Prince. Un recueil de propos affligeants qui ne pouvaient laisser de marbre aucune personne présente dans l’assistance.

Carine est une orpheline. La violence est entrée dans sa vie dès l’âge de 13 ans. Seule et sans soutien, elle était obligée de se convertir en travailleuse de nuit après avoir suivi les conseils d’une amie. Elle raconte comment un homme l’a violé et battu pendant qu’elle travaillait. « J’ai accepté une proposition de 2000 gourdes de sa part pour me déplacer avec lui. Réclamant mon argent, il m’a insulté et frappé avec rage en me demandant de vider les lieux le plus vite que possible », dit-elle, éplorée. « Après des efforts pour m’en aller en dépit de mes souffrances, j’ai rencontré 5 autres gars qui allaient également en profiter pour me violer malgré la présence de plusieurs policiers à quelques encablures du lieu de l’action », ajoute-t-elle.

 

Pour sa part, Adeline a été abusée par 5 hommes qui ont menacé de tuer toute sa famille en cas de dénonciation. Par crainte, elle n’a rien expliqué à sa mère jusqu’à ce qu’elle finit par tomber enceinte. Sans support économique, elle a intégré le rang des travailleuses de nuit pour subvenir aux besoins de son enfant. Dans le souci de se protéger des viols à répétition, elle s’est mise en couple avec un homme qui, selon ses explications, l’avait promis protection eu égard au fait que ce dernier affirmait avoir contrôle de la rue. Malheureusement, le type allait la maltraiter contre son attente. En voulant se protéger, elle s’est jetée dans la gueule du loup. « Quand je ne rentrais pas avec beaucoup d’argents, il me frappait à coup de machettes », confie-t-elle montrant des cicatrices prononcées sur son corps.

Le témoignage de Béatrice n’est pas totalement différent des deux premiers. Sauf qu’elle n’a pas été violée étant petite. Toutefois, les difficultés de la vie l’ont poussé comme les autres à se réfugier dans la prostitution de rue. Elle raconte : « Un homme m’a invité à venir dans sa voiture pour négocier. En rejoignant le véhicule, il m’a non seulement couché sans me payer mais il m’a aussi forcé à rentrer en relation intime avec 3 autres hommes qui se cachaient à l’arrière de la voiture, attendant le moment opportun pour profiter de moi ». « J’ai été fustigée et insultée après l’acte. J’ai même reçu des coups sur la tête», témoigne-t-elle.

 

Recours en justice : calvaire des femmes  

L’absence des prescrits légaux contre le harcèlement emmure souvent les femmes victimes. Il y a aussi les tares inhérentes au système judiciaire : le rapport pour la 63eme Session du Comité pour l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes, soumis par des organisations défendant la cause des femmes, révèle que « le manque d'accès à la justice pour les victimes dissuade les déclarations des viols et des agressions sexuelles ».

L’ONU précise que la violence à l’égard des femmes représente une violation des droits humains et des libertés fondamentales qui doit être bannie sous toutes ses formes. L’institution a même institué depuis 1999 la date du 25 novembre comme « Journée internationale de l'élimination de la violence à l'égard des femmes ».

 

En Haïti, pour renforcer la mobilisation contre ce fléau cette année, un ensemble d’institutions, de groupements et d’associations ont alimenté la campagne « 16 jours d’activisme contre la violence faite aux femmes » (25 novembre – 10 décembre) pour dénoncer, pointer du doigt et inviter l’Etat à prendre ses responsabilités en punissant les coupables. L’impunité suscite souvent un sentiment de remord chez la victime. « Il faut dialoguer et agir », réagit Madame Robin Diallo, Chargée d'Affaires à l'ambassade des Etats-Unis en Haïti, suite aux propos renversants des jeunes filles.  

* Noms d’emprunt

Recevez gratuitement les dernières nouvelles d'Haïti et d'ailleurs directement sur votre téléphone en téléchargeant l'App de Loop News :