Mardi 4 Août, 2020

Haïti: à Sylguerre, de la pisciculture pour supporter l'éducation

Photo illustrant une vue aérienne d'une écloserie de poisson dans le lac Péligre. Crédit Photo Loop Haiti

Photo illustrant une vue aérienne d'une écloserie de poisson dans le lac Péligre. Crédit Photo Loop Haiti

Des habitants de Sylguerre, dans la commune de Mirebalais, s'investissent dans l'élevage de huit cages de poissons dans le lac Péligre. Avec une prévision de plus 1000 poissons par cage, ils entendent récolter 960 000 gourdes tous les 5 mois afin de financer le seul établissement scolaire de Sylguerre et un réseau d'écoles étendu sur la région.

À Sylguerre, une localité d’environ 10 mille habitants située près du lac Péligre, dans le département du Centre, des citoyens se regroupent au sein de l'organisation Action communautaire pour l’Éducation et le Développement autour du Lac de Péligre (ACEDELP), fondée en 2005. Les membres de ladite structure entendent faire de la zone une référence en matière de production piscicole et dans le même temps rendre accessible l'instruction aux enfants de la région en général, ceux de la localité de Sylguerre, en particulier, munie jusqu'ici de l'unique Ecole communautaire Main divine de Sylguerre, construite en 1999.

Pour se faire, ces riverains se tournent vers le lac Péligre, grande étendue d'eau du département du Centre et second plus grand lac d'Haïti (après l'Étang Saumâtre). Le niveau de l'eau peut y être varié en fonction des saisons et/ou des besoins hydroélectriques de l'Electricité d'Haïti - ED'H). Avec une superficie moyenne de 4 800 hectares, une fluctuation de 22 mètres et une profondeur maximale pouvant atteindre jusqu'à 170 mètres, « le lac Péligre constitue une source de richesse immense pour le département du Centre » s’exclame Jean Robert Séjour, initiateur depuis 2012 du projet de pisciculture et résident de Sylguerre. D’après lui, ici près du lac, l'on peut développer une infinité d’activités liées à l’aquaculture.

Le coordonnateur général de l’ACEDELP voit dans cette étendue d’eau douce, d'énormes opportunités. C'est pourquoi lui et ses congénères se sont engagés à trouver des financements pouvant permettre création d'entreprises d’élevage de poissons près du lac. Actuellement, ACEDELP entretient pas moins de huit cages piscicoles, capables de produire chacune 1200 poissons. Ces animaux, qui seront ensuite distribués aux revendeurs de la localité, peuvent donner une récolte de 960 000 gourdes tous les 5 mois, selon les prévisions de l'organisation. Ces fonds devraient participer au financement d'établissements scolaires accueillant des enfants de Sylguerre, et des zones avoisinantes.

 

Digicel, un supporter clé

La volonté de transformer les opportunités en valeur économique est là. Il n'y a que les moyens qui font défaut. « Nous n’avons pas les moyens nécessaires pour exploiter le lac, alors que cette étendue d’eau fournit de l’électricité aux villes avoisinantes à partir de son énergie hydraulique. Nous recourons donc à des partenaires sensibles au développement communautaire afin de proposer des projets viables » explique le quadragénaire. En 2019, ACEDELP est sortie lauréate de la deuxième édition du concours « Konbit pou Chanjman » de la fondation Digicel. 

« Nous avons reçu une subvention de 800 00 milles gourdes de la fondation dans le cadre de ce programme » afin que nous puissions cultiver des alevins (petit poisson destiné au peuplement des rivières et des étangs) pour les mettre en vente lorsqu’ils atteignent leur taille commerciale » raconte le pisciculteur. Cette aide de la fondation Digicel, précise-t-il, est d’une utilité incommensurable pour la zone.

De plus, poursuit le coordonateur de l'ACEDELP, la fondation a participé au réaménagement de l'école Main Divine de Sylguerre, et à la construction en cours d'autres écoles dans la région. Su-yen Simon Bertrand, responsable de projet et des relations publiques de la fondation Digicel, s'est montrée contente de l’état d’avancement du projet piscicole dans le lac qui selon les tenants, devrait permettre prochainement le financement des écoles sur place. D’après elle, la compagnie de téléphonie mobile a subventionné ce projet pour sa perspicacité mais aussi son utilité. La Digicel offre aussi un accompagnement technique à ACEDELP.

Un combat pour l’éducation

« Après l’université, je suis retourné dans mon village avec l’intention de renforcer l’éducation de la zone » explique Jean Robert Séjour, ancien diplômé de l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de l’Université d’Etat d’Haïti (UEH). Il a co-créé avec un réseau autour du lac Péligre pour accroître le taux d’alphabétisation dans le département du Centre. Selon le normalien et entrepreneur, deux choses les ont motivé: d’abord l’idée de combattre la famine par l’élevage et la vente de poissons mais aussi l’envie de vaincre la non alphabétisation et la scolarisation tardive dont beaucoup d'habitants - dont lui-même - sont victimes.

« L’implantation de ce projet vient sur la base d’un constat, la carence d’école dans la zone » dit-il. Près de 8 écoles font actuellement partie du réseau desservant 1500 élèves et environ 100 professeurs » confie Séjour.

Luckner Guerrier, co-initiateur du projet de pisciculture et directeur de l’école Main divine de Sylguerre,, se réjouit de l’impact qu'aura ce projet de pisciculture sur de la communauté. Une partie de l'argent générée par l'activité devra financer le paiement des enseignants du réseau d'écoles de la région et aussi ceux de l’école Main divine de Sylguerre, à date financée par la Digicel. Luckner Guerrier parle d'un soulagement. « Autrefois, il a fallu à un enfant deux heures et demie de marche pour se rendre à l’école". "Aujourd’hui, non seulement nous avons une école à la portée de tous, mais nous avons aussi les moyens de l’entretenir », conclut-il.

 

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