Mercredi 23 Octobre, 2019

A Saint-Louis du Nord, des victimes du séisme d'octobre 2018 aux abois

La maison de Liyo Eugène, sise à Barlatier/ Photo: Loop News

La maison de Liyo Eugène, sise à Barlatier/ Photo: Loop News

Par Justin Gilles, Saint-Louis du Nord

À l’angle de la première chambre située à côté d’une galerie offrant une vue plongeante sur les arbres bordant la rivière des barres, des sacs panachés sont utilisés pour obturer des trous béants. Dans une pièce servant de cuisine, une partie du toit effondré laisse voir facilement le firmament. Des débris de parpaings et de bétons sont éparpillés çà et là. Ici, nous sommes dans la maisonnette  de Louiciter Sénatus. Située à Barlatier, localité de la commune de Saint-Louis du Nord, elle a été endommagée par le séisme du 6 octobre 2018. Trois mois plus tard, ne trouvant aucune assistance matérielle, monsieur Sénatus déplore la faiblesse des autorités étatiques.

Maillot blanc, pantalon bleu pâle, bracelet au main,  joue cicatrisée, front plissé comme témoignant ses problèmes du bas monde, Louiciter Sénatus, victime du séisme 5.9 sur l’échelle de Richter, ne reçoit la moindre aide de l’État. « Il est bruit que des riverains reçoivent des kits alimentaires. Moi,  je n'aurais jamais fait la queue pour en trouver, car distribuer de la nourriture et des ustensiles ne riment pas avec la situation des personnes dont leurs maisons sont complètement saccagées », explique-t-il.

Souriant, évoquant souvent « la bonté de Dieu », le quarantenaire, de taille mince, déplore le clientélisme qui prévaut dans l'appareil étatique. « Les aides ne sont pas acheminées aux personnes nécessiteuses », dit-il constater, soulignant que certains responsables exploitent le sort des victimes pour s’enrichir au moment des catastrophes naturelles.

À l'Ouest de la maisonnette de Louiciter Sénatus, d’énormes dégâts causés par le séisme crèvent les yeux. Entourée d'arbres fruitiers et de fleurs, la ruine du domicile de Liyo Eugène laisse des souvenirs cauchemardesques. Taille haute, noir, barbu, haleine peste d'alcool, ce père de deux enfants, n'a jamais reçu une visite des autorités. Ses démarches au près de la mairie restent lettre morte. Les riverains sont des laissés-pour-compte, laisse entendre l’ébéniste qui n'est pas prêt à oublier sa fillette Clayda Mildrine Eugène ayant périe sous les décombres de la catastrophe du 12 janvier 2010.

Alors qu’il espère reconstruire sa maison suivant des normes parasismiques, il procure à sa famille une bicoque en bois et en tôles usagés qui constituaient une partie du toit de son ancienne demeure, peut-on constater.

La situation de Patenson Dalberiste n'est pas différente. Une partie de sa maison s'est écroulée. Des fissures sautent au yeux. Deux jours après le séisme, le représentant du Conseil d’administration de section communale ( CASEC) de Desgranges, Saintilmé Saintilus , s’est rendu sur les lieux et a dressé un rapport des dégâts. Trois mois plus tard, aucune aide pour les riverains, fait savoir le jeune commerçant, articulant avec aisance.

 

Contacté sur ce sujet, Saintilmé Saintilus, alias Tato, rappelle que les CASECs ne peuvent qu'acheminer les rapports et les doléances à la mairie et aux responsables de la protection civile. L’obligation est faite aux Maires, Députés et Sénateurs de faire les suivis afin de venir en aide aux victimes, avance t-il, critiquant l'inaction du gouvernement. « L’administration Moïse-Céant ne soutient pas les CASECs. Qui pis est, la somme de 50.000 gourdes pour les fêtes de fin d’année n'a pas été déposée sur leurs comptes », fustige t-il. 

Le Député de Saint-Louis du Nord, Freud Maurency, a déploré lors de son intervention dans la presse, quelques jours après le séisme, que la commune soit jetée aux oubliettes. Il a exhorté les responsables de l’État d’assumer leurs responsabilités pour aider les victimes du tremblement de terre.

La vidéo suivante a été réalisée à partir d'images transmises à la rédaction suite au séisme du 6 octobre 2018.

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