Lundi 21 May, 2018

Saint-Christophe, un bidonville abandonné

Une vue de Saint-Christophe. Photo: LoopHaiti/Vladjimir Legagneur

Une vue de Saint-Christophe. Photo: LoopHaiti/Vladjimir Legagneur

Huit ans après le séisme du 12 janvier, plusieurs citoyens n’arrivent toujours pas à s’adapter à leur nouvelle réalité. Abandonnés par un Etat en défaillance, ces derniers s’efforcent au quotidien de résister à des conditions infrahumaines. Les brusques conséquences de cette tragédie ont accouché des cités comme Saint-Christophe où les cris des habitants s’étouffent au milieu des nouvelles crises politiques.

Ici sur la route Nationale #1, les habitants ne peuvent compter les maux qu’ils ont eus depuis le tremblement de terre. Premièrement, le problème de l’insécurité foncière accouplée à  l’indifférence des autorités concernées. « Des hommes armés interviennent de temps en temps pour s’approprier de nos terrains » martèle Jean Yves Baron qui habite la zone depuis après la catastrophe.

Un conflit pour le contrôle du territoire a déclenché entre la mairie de Cabaret et celle la Croix-des-Bouquets. Pourtant, Jean Yves Baron se rappelle très bien de l’arrêté présidentiel publié par l’ancien président René Préval. « C’était le 8 mars 2011. L’arrêté avait déclaré le terrain d’utilité publique depuis le Morne Cabri jusqu’à Cabaret » explique le citoyen.  

Les habitants se sont arrangés entre eux au milieu des senteurs fraiches des morts négligemment enterrés à proximité. « Nous avons réparti les terrains selon les mesures des 50x100 mètres prévues par l’arrêté présidentiel. Nous avons utilisé des tracteurs et tracé les routes » termine Jean Yves Baron en pointant le doigt vers les taudis de sa cité.

Il n’existe aucun service public, ni infrastructure à Saint-Christophe. L’organisation entre les citoyens ne suffit pas. « Un sceau d’eau se vend à 5 gourdes. La substance est très rare en plus » se plaint Rony Charles qui pense que le prix dépasse les moyens des habitants. Ces derniers doivent souvent se déplacer jusqu’à Bon-Repos pour s’approprier certains services.

« Saint-Christophe est constitué d’au moins 6 quartiers et il n’y a jusqu’à présent aucun commissariat pour nous protéger » poursuit M. Charles. La vie des habitants de cette zone comme tant d’autres reste fragile dans un contexte où la démographie connait une recrudescence sans précédent. Un énième défi pour l’Etat qui peine à mettre en place un plan de restructuration et d’urbanisation pour la capitale.