Lundi 15 Juillet, 2019

Ridchy Cayo, « mort par balles dans des circonstances troublantes »

Les flammes des bougies allumées dansaient sur le macadam en l’honneur du défunt: dernier hommage des habitants du quartier de 4e avenue Bolosse dans la nuit de mardi 14 à mercredi 15 mai./Photo: Loop Haiti-Rosny Ladouceur

Les flammes des bougies allumées dansaient sur le macadam en l’honneur du défunt: dernier hommage des habitants du quartier de 4e avenue Bolosse dans la nuit de mardi 14 à mercredi 15 mai./Photo: Loop Haiti-Rosny Ladouceur

Les funérailles de Ridchy Cayo ont été chantées, ce mercredi 15 mai en l’église Auditorium de la bible, à Champ de Mars, à côté du super marché Roi des rois. Sa famille, profondément affligée par ce drame, a salué le départ du jeune employé de la Primature. L’inhumation a eu lieu, à Petit-Gôave, selon les précisions de Branson Cayo, grand-frère de la victime, joint par téléphone cet après-midi.

Dans la soirée de mardi 14 mai à mercredi 15, des habitants du quartier de 4e avenue Bolosse où habite la famille de Ridchy Cayo, ont rendu un dernier hommage à ce cadre du ministère de l’Intérieur tombé par balles à Brochette, Carrefour. À la tombée de la nuit, des bougies étaient allumées sur le macadam en l’honneur du défunt : ces petites flammes ont ravivé dans la mémoire de quelques amis et proches les souvenirs d’un Cayo généreux, large, magnanime et toujours prêt à aider.

 

« Le type est parti brutalement, dans des circonstances troublantes. Ridchy Cayo n’était pas un homme au passé douteux et n’avait jamais eu d’antécédents criminels », a confié son grand frère Branson Cayo, contacté cet après-midi. « Ce crime doit être puni. On souhaite que justice lui soit rendu ».

Retracer les faits

Dimanche 5 mai. Il était plus que 10h du soir quand Cayo ramenait, en voiture, sa petite amie chez elle, à Carrefour. Arrivé à Brochette 97 et 99, un groupe d’hommes l’auraient fait signe de faire demi-tour. Ce qu’il aurait refusé de faire, avant de démarrer en trombe, selon un témoin anonyme. Piqué au vif, l’un d’eux aurait tiré sur la voiture.  

Ridchy est atteint au dos par un projectile : sa copine était encore en sa compagnie. C’est elle qui l’a transporté d’urgence à l’hôpital et qui a téléphoné vers minuit son grand frère, Bronson Cayo qui s’y est rendu à pied. 

Les hommes ont par la suite brisé les vitres de son véhicule, l’ont conduit au commissariat de Carrefour (Omega), après l’avoir heurté contre un poteau électrique pour prouver l’implication de l’automobile dans un accident de circulation, selon ce qu’a rapporté sa campagne qui a elle-même déposé la plainte à la police, a fait savoir Branson.

« La police lui a intimé l’ordre de se taire »

Sa petite amie confirme avoir reconnu les auteurs du forfait. Selon ses dires, des agents de la PNH, mêlés à des civils, auraient les mains trempées dans le crime. Elle dit les connaitre tous. « La police lui a même intimé l’ordre de se taire », a confié une autre source proche de la victime.

Ridchy Cayo a été admis à  Médecins Sans Frontières, à Martissant, où il a reçu les premiers soins. Faute de matériels pour enlever le projectile, raconte toujours Bronson Cayo, sa famille s’apprêtait à le transférer à l’hôpital du Canapé-Vert qui a averti ne pas recevoir de patients qui ont déjà pris de soins ailleurs.

Ils se sont ensuite dirigés vers Bernard Mevs où il n’était pas aussi admis, faute de places. De nouveaux patients ne pouvaient pas être accueillis, a informé un médecin de cet hôpital.

Choc hypovolémique

Et c’est à l’OFATMA (Office d’assurance accidents du travail, Maladie et Maternité) que Ridchy Cayo, arrivé à 1h30 du matin, allait rendre son dernier souffle, 3 heures de temps après son admission.  Selon les propos d’une infirmière sage-femme contactée à ce sujet, elle soutient que Ridchy est tombé en état de choc hypovolémique, expliqué par un déficit de sang dans le système circulatoire. Quand un patient perd considérablement de sang, il faut d’urgence remplacer la quantité perdue avant de franchir les autres étapes opératoires. « Rares sont nos hôpitaux, publics et privés, à avoir une banque de sang sur place. Il faut se rendre à la Croix-Rouge pour recevoir un don. Or, en cas de perte considérable de sang, chaque seconde compte dans la vie du patient. D’un moment à l’autre, la personne peut succomber à ses blessures. Ce qui est arrivé à Ridchy ».

L’accès aux soins de plus en plus en difficile

La mort de Ridchy Cayo, père d’une fillette de 10 ans, remet sur le tapis le débat sur l’accès aux soins de santé en Haïti. Les faiblesses du système sanitaire, le manque d’infrastructures dont souffrent les hôpitaux et de matériels de premiers soins dans les salles d’urgence ont déjà conduit à la mort de bon nombre de personnalités connues dont Michaëlle Amédée Gédéon.

Lire : Michaëlle Amédée Gédéon a vécu sa mort, notre système de santé l’a tuée

L’ancien ministre de la Santé publique et de la population, victime d’un grave accident de circulation sur la route nationale # 2, avait succombé à ses blessures quelques heures après l’incident, faute de soins adéquats.

 

 

 

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