Jeudi 21 Novembre, 2019

Réseau de prostitution: l'impassible "pasteur" au cœur du procès

Un accusé dans la salle du tribunal de Lyon, à l'ouverture du procès sur un vaste réseau de prostitution, le 6 novembre 2019

Un accusé dans la salle du tribunal de Lyon, à l'ouverture du procès sur un vaste réseau de prostitution, le 6 novembre 2019

"Je suis juste un pasteur qui voulait aider les gens". Au procès d'un vaste réseau nigérian de prostitution qui s'est ouvert mercredi à Lyon, le principal suspect est resté droit dans ses dénégations face au tribunal.

Derrière la vitre du box des détenus, Stanley Omoregie, que le dossier d'instruction présente comme "la clé de voûte" des proxénètes, est le premier à être soumis au feu des questions de la présidente de l'audience, Michèle Agi.

Né il y a 35 ans à Benin City au Nigeria, comme la plupart des 24 prévenus et leurs 17 victimes constituées parties civiles, celui que l'on surnomme "Splendour" n'est jamais à court d'explications malgré des écoutes téléphoniques compromettantes.

En décembre 2016 - l'enquête de police a démarré six mois plus tôt - Omoregie converse ainsi avec son frère Odion, qui se trouve en Libye. Il lui demande s'il est bien avec des filles, se renseigne sur leur couleur de peau, "chocolatée" ; précise qu'il ne veut pas de "celles qui causent des problèmes".

"Que Dieu me tue maintenant si une fille a travaillé pour moi", jure cependant le prévenu au tribunal. Et de déplorer des erreurs de traduction récurrentes dans le dossier, selon lui, quand il s'exprime en dialecte nigérian - également anglophone, il s'exprime en français devant le tribunal.

"Tout ce qui est dit avec Odion, ça concerne son kidnapping", ajoute celui dont le frère aurait été enlevé en Libye pour être "vendu comme esclave", ce qu'il aurait empêché en payant une rançon. Pour l'accusation au contraire, l'argent envoyé devait payer des passeurs pour faire traverser la Méditerranée à des prostituées.

- "Fidèles" -

Cet homme de taille moyenne qui porte des lunettes, cheveux ras sur les côtés et pointe de barbe au menton, se présente comme un étudiant en droit, écrivain à ses heures et "pasteur", victime d'un "complot" et de racontars.

Après une plainte déposée contre lui par une prostituée, d'autres l'ont accusé de leur avoir loué au noir, pour plusieurs centaines d'euros par mois chacune, des appartements à Lyon et Montpellier.

Omoregie ne nie pas en avoir connu, ni les avoir hébergées moyennant finance, mais assure qu'il ne savait rien de ce qu'elles faisaient chez lui ou dans les camionnettes exploitées par le réseau autour de la gare Perrache, près du centre-ville, ou sous des voies ferrées à Lyon.

Même quand il appelle Bella pour savoir où elle se trouve et qu'elle lui répond qu'elle est "au travail". "Avec Blessing?", s'enquiert-il alors. Réponse: "Non, elle est de son côté." "Vous n'êtes pas au même endroit ?", questionne-t-il encore.

"Alors, ces filles elles font quoi ?", cuisine la présidente du tribunal. "Quand vous lui demandez si elles sont sur le meilleur emplacement, vous savez bien de quoi vous parlez, M. Omoregie".

Mais il n'en démord pas: il s'agissait de "fidèles" de son église et en bon pasteur, il voulait seulement prendre des nouvelles.

Idem avec cette autre interlocutrice, qui lui dit attendre des clients dans une camionnette, et à laquelle il demande si elle utilise le chauffage - qui lui sera facturé.

"C'est quoi, un camion qui accueille des clients ?", s'agace la magistrate. "Mais je ne sais pas moi, Madame. En France, il y a des gens qui dorment dans des camions", rétorque du tac au tac le prévenu.

L'échange vire au dialogue de sourds mais le tribunal insiste: "Vous nous dites que vous aidiez vos compatriotes, le problème c'est qu'en face toutes disent que vous profitiez de leur misère. Demander 500 euros de loyer à quelqu'un dans une situation de grande précarité, c'est l'aider ?".

"J'ai toujours été contre le proxénétisme, je lutte contre ça. Les gens sont venus cracher sur moi. Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter cela ?", rétorque Stanley Omoregie, sans ciller.

L'interrogatoire des prévenus se poursuit jeudi

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