Mercredi 20 Novembre, 2019

Rentrée des classes: des syndicats protestent, des parents hésitent

Cette photo sert uniquement d'illustration à cet article/ Rentrée des classes : des syndicats d’enseignants protestent, des parents hésitent

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La reprise des activités scolaires s’est effectuée très timidement ce lundi 9 septembre 2019. Si l’État central s’est évertué à maintenir la date en promettant un train de mesures pour la faire respecter, des parents d’élèves sont encore confronté à d’énormes difficultés économiques. Entre-temps, déterminés à se faire entendre, des syndicats d’enseignants ont foulé le macadam pour exiger l’accès à un enseignement public de qualité en faveur des plus démunis.

Plusieurs enseignes congréganistes ont eu une reprise des activités scolaires plus ou moins normale, selon ce qu’ont constaté des reporters de Loop Haiti. Même si les écoles visitées, à Delmas et Bourdon, se sont montrées réticentes à communiquer des chiffres sur cette rentrée, ou même faire des déclarations à la presse, plusieurs dizaines d’élèves ont été remarquées sur les cours de récréation.

Dans les institutions publiques par contre, le panorama est bien plus sombre. Les cours de récréation sont plus désertes. Certaines d’entre-elles ont, tout simplement, renvoyé les élèves pour la semaine prochaine.

Certaines écoles privées n’échappent pas à cette hésitation des parents d’élèves. Louiné Léger , un responsable d’école à Delmas, a avoué avoir été incapable de trouver trois élèves par salle pour lancer l’année scolaire, alors que l’établissement en compte environ 500. Cependant, le responsable affirme avoir quand même procédé à la montée du drapeau national. Pour lui, la responsabilité de cette rentrée des classes ratée incombe à l’État central. Aussi profite-t-il pour appeler les autorités concernées à tout mettre en œuvre pour garantir la reprise des activités.

Des marchands ambulants, également parents d’élèves interviewés à Delmas 31 avouent ne pas être encore prêts pour l’année scolaire. Ils évoquent, en plus de la cherté de la vie, les conditions de sécurité et la pénurie de carburants qui affecte fortement le coût des transports. Ils avancent qu’ils se sentent délaissés et peinent à envisager le retour à l’école de leur progéniture.

« Retire zam, mete liv nan men lajenès »

Les syndicats d’enseignants entendent, désormais, adresser la demande sociale en matière d’Éducation de concert avec toutes les couches sociales. C’est ce que révèle à la rédaction de Loop Haiti, Georges Wilbert Franck, coordonnateur de l’Union nationale des normaliens et éducateurs d’Haïti (Unnoeh). 

Cette stratégie découle d’un constat selon le syndicaliste et professeur d’Université. « En concentrant la lutte uniquement sur les conditions des enseignants, les autorités ont toujours trouvé une manière de nous berner, de nous jeter de la poudre aux yeux, alors que les conditions des enseignants demeurent inchangées », affirme-t-il.

Aussi, à l’occasion de la rentrée des classes ce 9 septembre 2019, les syndicats d’enseignants ont gagné les rues à Port-au-Prince et dans plusieurs autres départements du pays. Pour manifester leur désaccord face à la gestion actuelle du système éducatif haïtien, les syndicalistes ont lancé le « Mouvman wete zam, mete liv nan men lajenès ».

Car pour eux, les pouvoirs publics continuent de refuser l’accès à l’éducation aux plus démunis pour les utiliser dans un banditisme d’État. Pour illustrer ses propos, Franck cite les conditions de délabrement et d’insalubrité de certaines écoles publiques qui, dit-il, se trouvent à deux pas du Palais national. Il souligne les cas des locaux des lycées du Cent-cinquantenaire (dit des jeunes filles) et Jean Jacques et Marie Jeanne détruits depuis le tremblement de terre de 2010.

Par ailleurs, Georges Wilbert Franck critique vertement le ministre Pierre Josué Agénor Cadet. Il dit relever une incohérence flagrante dans le discours de ce dernier, notamment dans l’affaire des frais scolaires. Le syndicaliste précise et déplore : « l’État avait promulgué la loi sur les frais scolaires [le 3 janvier 2017] ; Pierre Josué Agénor Cadet avait lui-même appelé les parents à porter plainte contre l’augmentation arbitraire de ces frais par certaines écoles. Après l’audition par le Parquet de certains responsables d’établissements, la montagne ayant accouché d’une souris, le ministre, cité par Georges Wilbert Franck, est monté au créneau pour dire qu’Haïti est un pays capitaliste, et qu’il n’a aucun droit de citer dans la question.

Pour lui, le passage de Pierre Josué Agénor Cadet à la tête du ministère de l’Education nationale et de la formation professionnelle (Menfp), et celui de Jovenel Moïse à la tête du pays, constituent des cyclones pour le système éducatif haïtien.

Même si la mobilisation comporte plusieurs autres phases, Georges Wilbert Franck annonce que les enseignants regagneront les salles de classe dès le mardi 10 septembre 2019. D’ailleurs, une implication citoyenne des élèves fait partie de cette nouvelle stratégie de lutte adoptée par les syndicats d’enseignants. Par cette stratégie, les syndicalistes entendent intensifier le dialogue entre « l’École et la Société ». Ainsi comporte-t-elle des actions d’éclats telles des théâtres de rues, des conférences-débats, des expositions et des présentations de recherches scientifiques sur la condition réelle des enseignants.

Alexandre Michel

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