Mercredi 20 Juin, 2018

Rencontre du sénateur Jean Renel Sénatus avec un « zombie »

Sculpture vodou. Photo : Nitell

Sculpture vodou. Photo : Nitell

Depuis quelque temps, le Sénat de la république d’Haïti, par le biais de la commission Justice et Sécurité, entreprend une réforme à l’allure sérieuse: l’« évaluation des codes pénal et de procédure pénale par rapport à la conjoncture actuelle ».

Ce lundi matin, le sénateur Jean Renel Sénatus alias « Zokiki » intervenait à la rubrique ‘Le Point’ sur Télé Métropole (ch. 52).  En sa qualité de président de la commission Justice et Sécurité au Sénat, il lui incombait de réagir sur l’état d’avancement de sa commission autour de la réforme en cours.

À cet effet, Me Senatus, homme de foi chrétienne et ardent défenseur de la loi « interdisant le mariage homosexuel », a raconté son expérience qu’il qualifie de « scientifique » de par son caractère anthropologique, sociologique, juridique, criminologique, etc. « Je remercie Dieu de ma position afin de rendre service à la société », explique-t-il.

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A côté de sa foi, la tâche qui lui est conférée exige un dépassement. C’est ainsi qu’il a été visité des hounfors, rencontré des vodouisants et même des « zombies » parce qu’il souhaite voir intégrer les actes considérés comme de la sorcellerie, en particulier celui de zombification, dans la réforme actuelle.

« La vérité, vous savez, j’ai rencontré des zombies, des morts qui sont retournés à la vie », livre le sénateur. « Grace à ce travail, j’ai modifié le titre de ma thèse [devenant ainsi] : ‘’Zombification et commissaire du gouvernement en Haïti’’ ».

« J’ai connu Adeline Dasasse décédée en 2007, mais retrouvée par devant une église au Cap-Haïtien en 2009. Actuellement, elle vit avec sa famille », confie le sage, reconnaissant que le zombie est naturellement un « personnage obéissant ».

« J’ai aussi rencontré des « zombificateurs », les créateurs ou conservateurs de zombie, puisque c’est un « travail à la fois politique et intellectuel ». « Il y a des gens que vous rencontrez à travers les rues sous l’apparence d’un être ordinaire, alors qu’ils sont des affranchis du système de la zombification », avance-t-il avec minutie.  

Euvonie Georges Auguste m’a dit une fois que « le vodou c’est la religion des libertés », informe le sénateur. Cette phrase m’a habitée, dit-il. « Je connais des marchands de zombie et qui ne sont pas, à proprement parler, des gardiens de zombies », rajoute l’homme de loi dans un sourire sarcastique.

Pour comprendre tout cela, Me Jean Renel Sénatus a parcouru une très longue odyssée. Par exemple, septembre dernier, il s’était rendu au Bénin dans le but de « voir comment les Béninois traitent en droit les phénomènes irrationnels », disait-il à l’époque.

Toute son entreprise réside dans la volonté de créer un pont entre la médecine traditionnelle et celle dite moderne, entre la justice traditionnelle et moderne, le droit positif et le droit coutumier. La question de la zombification est une bête à mille têtes, reconnait-il.

Datés de 1835, donc 182 ans plus tard, la 50e législature a jugé utile de revisiter les codes pénal et de procédure pénale qui, parfois, donnent du fil à retordre à l’application effective de certaines lois.