Samedi 30 May, 2020

Réduire la pauvreté et la dette, le casse-tête de l'Argentine

Une femme, tenant son bébé dans les bras, reçoit un bon alimentaire du gouvernement argentin à Lomas de Zamora, près de Buenos Aires, le 31 janvier 2020
afp.com - RONALDO SCHEMIDT

Une femme, tenant son bébé dans les bras, reçoit un bon alimentaire du gouvernement argentin à Lomas de Zamora, près de Buenos Aires, le 31 janvier 2020 afp.com - RONALDO SCHEMIDT

Bons alimentaires, contrôle des prix, marchés populaires: alors que l'Argentine est étranglée par l'endettement, le gouvernement tente de soulager les 10 millions de pauvres du pays. Mais ces stratégies semblent insuffisantes face aux ravages de la récession.

Mère de six enfants, avec un mari qui n'exerce que de petits boulots au noir, Maria Benitez, une habitante de Benavides, dans la banlieue de Buenos Aires, ne parvient pas toujours à acheter à manger pour sa famille.

Pour cette mère au foyer, acquérir des produits de première nécessité au supermarché est devenu impossible. "Il faut avoir pas mal d'argent", témoigne-t-elle.

Elle n'a pas hésité à se rendre à Tigre, une ville proche de la capitale, à attendre des heures sous le soleil de l'été austral avec son bébé de quatre mois dans les bras pour obtenir une carte alimentaire du gouvernement qui doit lui permettre d'acheter de la nourriture.

A sa prise de fonctions, il y a deux mois, le président Alberto Fernandez, un péroniste de centre-gauche, avait assuré que le gouvernement se concentrerait sur le sort de "ceux qui ont le moins".

L'Argentine est en récession depuis mi-2018. La pauvreté touchait 35,4% de la population au premier trimestre 2019 selon les derniers chiffres disponibles et l'inflation, toujours en 2019, a dépassé les 50%.

Le gouvernement a gelé les prix de l'essence, de l'eau et de l'électricité, a instauré un contrôle des prix sur certains produits et lancé une application pour repérer les magasins qui les commercialisent.

Il a également commencé la distribution de 1,4 million de cartes électroniques alimentaires, dont le solde jusqu'à 6.000 pesos (90 euros) permet d'acheter uniquement de la nourriture.

Ce programme devrait bénéficier à 2,5 millions d'enfants de moins de six ans dont les familles n'ont pas d'emplois déclarés, selon le gouvernement.

- 100 millions d'euros mensuels -

Il s'agit d'une mesure "d'urgence", a expliqué à l'AFP le ministre du développement social, Daniel Arroyo. Le programme, dont le coût est estimé à 7 milliards de pesos (100 millions d'euros) mensuels, devrait "durer toute l'année et certainement davantage".

Selon le président Fernandez, pendant le mandat de son prédécesseur de centre-droit Mauricio Macri (2015-2019), la vente de lait a chuté de 30%.

Les ventes de viande bovine, nourriture de prédilection des Argentins, a baissé de 9,5% en 2019 par rapport à 2018, selon des statistiques du secteur.

Pour Fernando de la Fuente, un maçon de 28 ans, père d'un garçon en bas âge, la carte alimentaire est arrivée "juste à temps". "Nous avions besoin de lait, de viande, de poulet, de l'essentiel", dit-il en recevant la carte à Lomas de Zamora, près de Buenos Aires.

"Le gouvernement fait face à un défi important : améliorer l'activité économique sans dépenser (...) Il est à la croisée des chemins", estime Matias Rajnerman, économiste à Ecolatina.

Pour lui, l'efficacité des mesures d'urgence dépendra du succès de la renégociation de la dette car le gouvernement a besoin "d'une plus grande marge (de manoeuvre) pour dépenser" et générer "plus de crédibilité" sur les marchés pour réduire l'inflation.

Le gouvernement souhaite renégocier 195 milliards de dollars de dette – sur un total de 311 milliards (91,6% du PIB) selon les derniers chiffres officiels – dont les 44 milliards versés par le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre d'un accord conclu en 2018 avec le gouvernement Macri.

Selon l'organisme international, les mesures du gouvernement "vont dans le sens du rétablissement de la stabilité macroéconomique et de la protection des pauvres".

Outre les cartes alimentaires et le contrôle des prix, le gouvernement a mis en place des "marchés populaires" où sont vendus du pain, des légumes, du miel et quelques conserves.

Il s'agit d'encourager la consommation de produits issus de petites entreprises locales, et pas seulement des supermarchés, et ainsi de relancer l'activité et créer des emplois.

Mais pour Matias Rajnerman, "dans cette conjecture, tout est très fragile". "Il ne serait pas logique de s'attendre à une baisse significative de la pauvreté" dans les prochains mois, estime-t-il.

Recevez gratuitement les dernières nouvelles d'Haïti et d'ailleurs directement sur votre téléphone en téléchargeant l'App de Loop News :