Mercredi 22 Novembre, 2017

Rapport Petrocaribe : qui est pour, qui est contre ?

L'enquête sur la gestion des fonds Petrocaribe menée par la commission Ethique et Anti-corruption du Sénat a été présentée vendredi dernier au secrétariat du grand corps. Une quinzaine d'anciens ministres y sont épinglés pour corruption et détournements de fonds publics. Des membres de l’opposition annoncent une grande manifestation à 7 branches, pour ce mardi 14 novembre 2017.

Voilà la position des différents acteurs

 

Jovenel Moise : neutre

Aucune réaction officielle du président de la république ni de ses porte-paroles pour l’instant. A plusieurs reprises, le président a néanmoins affirmé que la lutte contre corruption consiste l’un de ses plus grands chantiers.

Joseph Lambert : neutre

Si le sénateur du Sud-Est, allié de PHTK estime que le rapport est un « bon travail dans l’ensemble », il tempère au Nouvelliste : « Quand vous venez dans l'assemblée, vous ne pouvez pas y venir pour défendre l'indéfendable. Tout comme vous ne pouvez pas y venir pour acculer des gens à tort ou à raison».

 

Dans la galaxie du président de la république :

Guichard Doré : contre

Selon le conseiller de Jovenel Moïse, le rapport est sans valeur et vise plutôt à nuire qu’à aider à faire la lumière sur la gestion des fonds PetroCaribe.

« Le Sénat peut mener des enquêtes, mais pas sur des anciens membres d’un gouvernement ». « Les sénateurs ont confondu leur champ de compétence ». « J’ai l’impression que les parlementaires ne veulent pas faire la lumière sur les fonds PetroCaribe. Ce qu’ils ont fait, ils le font pour la communication politique et l’animation de l’opinion publique. Leur travail n’a donc aucune valeur si ce n’est que pour nuire »
 

Reaction des anciens ministres en cause

Laurent Lamothe : contre

Dénoncé dans le rapport pour concussion, forfaiture, détournement de deniers publics et soustraction de deniers publics, l’ancien premier ministre affiche son désaccord sur Twitter : Le «rapport » de #Beauplan/Nenel est « véritablement scandaleux » passant de l’approximation de l’information à son invention pure et simple, de l’appréciation erronée au « mensonge » caractérisé écrit-il hier sur Twitter. « Ce n’est pas sérieux!! à la deuxième lecture déjà 44 erreurs factuelles flagrante. »

Wilson Laleau : contre

L’ancien ministre des Finances et actuel secrétaire général du Palais national est épinglé pour détournement ou dissipation de deniers publics.

Dans une lettre adressée au président du Senat, Youri Latortue, il dénonce un rapport prétexte, partial, partiel et partisan, acte irresponsable. Il conclut : « Ce nouveau rapport est la preuve évidente qu’il n’est pas de la compétence du Sénat de conduire ce genre d’enquête. Des personnalités et des entreprises mises en cause dans le rapport Latortue ont été exonérées, alors que d’autres ont vu les chefs d’accusation changer, décisions souvent basées sur des faits farfelus, tandis que d’autres ont été ajoutées. »

Yves Germain Joseph : contre

L’ancien  ministre de la Planification et actuel secrétaire général du Palais national s écrit une lettre au président du Sénat pour critiquer le manque d’investigation des membres de la commission d’enquête et l’occultation de certains faits. « Le Sénateur Cassy, encore une fois, s'était trompé comme cela lui arrive souvent dès qu'il ne s'agit pas d'une décision d'un Gouvernement Lavalas » écrit dans la lettre Yves Germain Joseph.

Yanick Mézile : contre

L’ancienne ministre à la Condition féminine sous l’administration Martelly, présidente du Parti haïtien tèt kale (PHTK), le parti au pouvoir, a fait savoir au Nouvelliste que l’enquête sur l’utilisation des fonds PetroCaribe a été réalisée par des opposants politiques et est donc par conséquent dénuée de toute crédibilité. Madame Mézile aurait pris plus au sérieux l’enquête si elle avait été réalisée par une entité « indépendante ».  Le PHTK doit se réunir ce mardi pour se prononcer officiellement sur le document.

Nènèl Cassy : pour

Pour le sénateur de la république et rapporteur de la Commission sénatoriale spéciale d’enquête (CSSE), « quel que soit le résultat du vote de ce mardi, il y aura des poursuites [judiciaires] sur la base de ce document. ».

« Nous avons travaillé sur environ 13 résolutions, ce qui donne un montant de 1.7 milliards de dollars. Nous avons investigué environ 300 projets. Il y eut trois résolutions sous le président Préval, 9 sous le President Martelly et 1 sur le président Privert. Il y a des montants non comptabilisés, on a travaillé dessus aussi. »

Youri Latortue : pour

Le président du sénat a réalisé la première version du rapport qui vient d’être approfondi. « Ceux qui sont dans la corruption en Haiti ont le bras long, ils agissent à l’externe et à l’interne, ils empêchent aux gens de donner des documents. Pour que le travail arrive là, (…) c’est beaucoup de pressions. Félicitations, c’est la première chose à dire. (…) C’est le travail du pays, pas des sénateurs. (…) Il s’agit d’une rupture, une fois pour toutes, les gens sachent qu’il y a des choses qui ne pourront rester impunis. »

Antonio Cheramy : pour

Le sénateur et membre de la commission d’enquête exulte : « Automatiquement après la séance [de ce mardi], la justice ne doit pas regarder les indexés dans les yeux. Si quelqu’un a volé l’argent Petrocaribe pour ses affaires personnelles (…), nous demandons à la justice de faire son travail. (…) On doit tracer un exemple).

Willot Joseph : pour

Le sénateur dissident du PHTK Willot Joseph, estime que la justice doit agir parce que l'argent, qu'Haïti est en train de rembourser dans le nouveau budget, a été gaspillé. «Il faut tracer un exemple ici. Quand quelqu'un vole l'argent du peuple, il faut l'arrêter et le lui faire restituer».

Jean Marie Salomon : pour

Le sénateur Jean Marie Salomon, vice-président du Sénat évoque le procès Petrobras au Brésil. Il s’agit pour lui, d'un «procès historique pour juger les dilapidateurs de fonds publics».

Cet article sera mis à jour à mesure que les concernés réagiront dans la presse.