Mercredi 23 Octobre, 2019

Quand, par ses clichés, Josué Azor veut tuer le vacarme homophobe

Noctambules, série de photographies de Josué Azor au Pioneer Works de New-York jusqu'au 11 novembre

Noctambules, série de photographies de Josué Azor au Pioneer Works de New-York jusqu'au 11 novembre

Après Port-au-Prince, où s’est déroulée la 5e Ghetto Biennale à l’instigation de Leah Gordon, c’est à Pioneer Works, New-York, que « Noctambules » dépose ses valises. Une série de photographies sur les soirées intimes de la communauté LGBT que nous livre Josué Azor.

Décembre 2017. Port-au-Prince reçoit la 5e Ghetto Biennale, festival artistique interculturel monté en 2009 à l’instigation de Leah Gordon, photographe basée à Londres. Une brochette de sculpteurs, de peintres, d’artistes visuels nationaux et internationaux occupaient les rues encombrées de la capitale, celle où une moto roule à contre-sens, où des marchands informels obstruent les artères jonchés de détritus, où une bruyante platine crache un morceau de pop remixée. Josué Azor a exposé « Noctambules », une série de photographies réalisées sur les soirées intimes organisées par la communauté LGBT.

«À travers Noctambules, je revendique ma liberté d’expression», dixit Josué Azor

« L’originalité de mon travail, l’esprit de tolérance mais aussi de résistance hantaient Leah Gordon, co-responsable du jardin Pioneer Works de New-York », confie le jeune Azor. « À travers Noctambules, je revendique ma liberté d’expression, une liberté qui n’est d’ailleurs pas étrangère aux Haïtiens. Mais la censure voudrait qu’elle se taise ou disparaisse ». Josué Azor était témoin de cette joie, de cette légèreté et de cet élan de liberté qui constituaient l’objet de conquête des LGBT haïtiens. « Cela me touche à chaque fois,  vu le vacarme homophobe qui persiste depuis quelques temps ».  

Josué Azor dit vouloir donner, à travers cette série, plus de visibilité à la communauté, mais tente aussi de se libérer de la prison de l’opinion publique. «  Il faudrait donc bien la secouer, la casser même ». L’heure est à l’urgence de déconstruire ce discours anti-gay véhiculé par la politique, fabriqué par les gardiens de la bonne moralité, le cercle judéo-chrétien et l’école. Démasquer l’hypocrisie de la presse sensationnelle. Pour lui, l’opinion publique doit être éduquée, le vivre-ensemble doit se substituer à l’intolérance.  « Mon travail prouve que je suis non seulement pro-LGBT, mais aussi pro-liberté ».

« En réalisant ce projet, j’ai décidé de me tenir à la lumière ambiante. Ce choix est à la fois esthétique et pratique. Une manière de me faire discret et surtout de ne pas nuire avec un flash le déroulement des soirées. Je demande parfois de poser pour moi, mais très souvent je plonge dans l’ambiance et essaie de capturer des instants qui me touchent, qui me paressent intéressants », avance-t-il. Et toutes ces langues qui crachent que l’homosexualité (comme la démocratie et les droits de l’homme) est importé de nos grands amis internationaux. « L’ignorance est aussi importée », souffle-t-il en ajoutant que « cette ignorance peut être combattue avec des valeurs plus  d’humanité, de justice et d’équité ».  

Noctambules piaffe au jardin Pioneer Works jusqu’au 11 novembre, dans le cadre de l’exposition « Pòtoprens : les artistes urbains de Port-au-Prince »

Noctambules piaffe au jardin Pioneer Works jusqu’au 11 novembre, dans le cadre de l’exposition « Pòtoprens : les artistes urbains de Port-au-Prince ». Exposition, organisation par Edouard Duval-Carrié et Léah Gordon, ainsi que par le directeur artistique et fondateur de Pioneer, Gabriel Florenz.

L’exposition met en avant une sélection de photographies et de films, contextualisant davantage Port-au-Prince comme une ville beaucoup plus complexe que celle souvent représentée dans les nouvelles. Azor met en lumière la scène underground queer à Port-au-Prince, Steber s’empare de la Grand-Rue au lendemain du séisme et Roberto Stephenson photographie l'architecture de la ville, y compris les fameuses maisons de pain d'épice de Pacot. 

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