Mercredi 13 Décembre, 2017

Pourquoi le 6 décembre est une date sombre pour l’histoire d'Haiti ?

6 décembre 1929 rappelle le massacre de manifestants par des marines américains aux Cayes : ils protestaient contre l’occupation américaine, interprétée par nombre d’intellectuels comme une gifle à la souveraineté nationale.

1915 : les bottes américaines ont foulé le sol d’Haïti. C’est le début de l’occupation des États-Unis qui aura duré 19 ans. Le 28 juillet 1915, les marines américains ont débarqué dans le pays pour, prétexte-t-ils, y rétablir l’ordre. Il est vrai que l’on ne saurait oublier la récurrence des luttes internes qui embrasaient nos plaines, nos mornes et nos villes depuis la mort de Dessalines le 17 octobre.

Cependant, à l’exception du mouvement paysan dirigé par les Goman et les Acaau, qui a débuté sous le règne de Pétion en 1807, trois ans après la proclamation de notre Indépendance, - d’ailleurs le poids de la famille Salomon, grand propriétaire foncier et politicien, qui à certain moment, voulait utiliser à ses profits mesquins cette révolte, - les paysans servaient de bras armés aux politiciens chevronnés, aux grands dons ou grands propriétaires fonciers qui ne se montraient jamais satisfaits de la gestion des gouvernements en place, même quand ils en tiraient des bénéfices. Ces soldats improvisés et en guenilles ne contrôlaient nullement ces différentes luttes auxquelles ils participaient. Chacune de ces fractions des classes exploiteuses voulait concentrer entre leurs mains le pouvoir économique et le pouvoir politique. Ces assoiffés tendaient à l’hégémonie totale.

En 1929, les taxes que les chefs de l’occupation ont imposées sur les dérivés de la canne-à-sucre, les mesures pour limiter l’immigration massive des paysans vers Cuba qui pensaient ainsi s’affranchir de leur misère qui s’était aggravée avec leur nouveau statut, concernaient en premier lieu les paysans du grand Sud. Ces trois gros moments ont servi de base pour lancer la lutte contre les nouveaux maîtres sans oublier le rêve séculier des paysans de posséder leur terre. En cette année 1929, alors que l’occupation américaine durait depuis près de 14 ans, des démonstrations s’organisèrent un peu partout, bien souvent suivies ou précédées de grèves générales. À l’occasion de l’une de ces démonstrations dans la troisième ville du pays, les marines américains ouvrirent le feu sur les manifestants faisant 12 morts et des dizaines de blessés. Ce massacre fut condamné internationalement, ce qui poussa le président américain, Herbert Hoover, à mettre sur pied une commission d’enquête et de révision dirigée par W. Cameron Forbes, d’où son nom de « commission Forbes ».

Le 6 décembre de chaque année rappelle deux mauvais souvenirs aux progressistes haïtiens qui placent leur amour du pays au-dessus des avantages des puissances étrangères. Le 6 décembre 1492, Christophe Colomb à la tête de trois bateaux de mercenaires a débarqué sur l’Île, envahi le territoire et soumettre ses premiers habitants en esclavage. Dans l’intervalle de moins d’un demi-siècle, plus d’un million de Taïnos et d’Incas ont été décimés par les Européens. C’était au temps des prémices du capitalisme que Marx a appelé « l’accumulation primitive du capital ». Le 6 décembre 1929, avec le massacre de Marchaterre.