Jeudi 22 Août, 2019

Pour payer leurs études, des Américains veulent partager leur salaire

©TIMOTHY A. CLARY, AFP

©TIMOTHY A. CLARY, AFP

Aux Etats-Unis, où la dette des étudiants ne cesse de grimper, certains préfèrent éviter un énième emprunt bancaire en optant pour une solution nouvelle: une avance de l'école en échange d'un pourcentage fixe de leur futur salaire pendant plusieurs années.

S'ils ne trouvent pas de travail ou que leur rémunération reste en-dessous d'un certain seuil, les remboursements peuvent être suspendus.

Ces "contrats de partage de salaire" (Income Share Agreement, ISA) ne sont pour l'instant proposés que par quelques universités et centres de formation privés.

Mais en plein débat sur le fardeau de la dette étudiante, qui s'élève dans le pays à 1.500 milliards de dollars et grève pendant des années les budgets de nombreux Américains, ils suscitent un intérêt grandissant.

C'est en partie grâce à ce programme que Paul Laurora obtiendra le 11 mai son diplôme d'ingénieur chimiste à l'université Purdue, dans l'Indiana.

Malgré des prêts subventionnés par l'Etat fédéral, ses propres économies et une contribution de ses parents, le jeune homme de 22 ans s'est retrouvé à court d'argent après seulement deux ans d'études, à environ 40.000 dollars l'année.

- Etudiants sans-papiers -

La banque lui ayant refusé un nouveau prêt, il a commencé à vendre des objets sur eBay et envisageait d'arrêter ses études pour prendre un emploi pendant un semestre, ou d'utiliser l'épargne-retraite de ses parents, quand il a eu vent des ISA.

"Je ne voulais pas m'arrêter à mi-chemin juste parce que je n'avais pas les moyens financiers", explique-t-il à l'AFP. L'université lui a avancé environ 30.000 dollars, qu'il remboursera en reversant 9,6% de son salaire pendant une durée qui dépendra de son niveau de revenus.

L'université Purdue a été la première grande institution publique à proposer des ISA. Depuis 2016, environ 9,5 millions de dollars ont été avancés, à 759 étudiants. 

D'autres établissements lui ont emboîté le pas, avec leurs spécificités. Le Colorado Mountain College réserve par exemple ce programme aux étudiants sans-papiers ne pouvant pas accéder aux prêts subventionnés par le gouvernement. 

Des centres de formation privés ont aussi adopté ce système, à l'image de General Assembly, qui propose des formations intensives en informatique de trois mois, à 40.000 dollars.

Les étudiants signant un ISA ne paient rien, mais s'engagent à reverser 10% de leur salaire pendant quatre ans s'ils gagnent au moins 40.000 dollars par an, jusqu'à une fois et demi le montant de la scolarité.

"Ils savent que s'ils gagnent bien leur vie, ils devront rembourser plus", affirme Tom Ogletree, chargé de s'assurer que l'école reste accessible au plus grand nombre. Mais "il y a toujours des imprévus", et si besoin est, pour des raisons personnelles, familiales ou de santé, "ils peuvent suspendre les paiements".

L'école ne recevant pas l'intégralité des frais de scolarité tant que l'étudiant n'a pas rempli son contrat, elle a tout intérêt à s'assurer de sa réussite professionnelle, remarque M. Ogletree.

Certains établissements "financent les ISA eux-mêmes, quand d'autres ont recours à des dotations, des administrateurs et des investisseurs", détaille Tonio DeSorrento, fondateur d'une société aidant les écoles à concevoir leurs propres contrats puis à en assurer le suivi, Vemo Education. 

- Wall Street à l'affût -

Ce nouveau système, qui existe également en Amérique latine, n'est pas une solution miracle, préviennent plusieurs experts.

Certains établissements peuvent les utiliser pour attirer toujours plus d'étudiants, au risque de nourrir l'explosion des frais de scolarité.

Les ISA renforcent par ailleurs les inégalités, affirme Jessica Thompson, de l'Institut pour l'accès et le succès aux études supérieures: les conditions financières sont souvent plus favorables aux étudiants engagés dans des spécialités a priori plus lucratives.

Ces nouveaux contrats ont en tout cas ouvert un nouveau marché plébiscité par Wall Street. 

Une nouvelle plateforme, Edly, permet aux investisseurs accrédités de parier sur les programmes d'établissements présélectionnés. Elle a déjà levé deux millions de dollars pour le centre de formation d'ingénieurs informatiques Holberton, à San Francisco.

Pour des investisseurs en quête de placements nouveaux, les ISA offrent un rendement relativement attrayant, affirme le co-fondateur d'Edly, Charles Trafton.

La législation autour des ISA est pour l'instant floue, même si des textes sont en discussion au Congrès et dans plusieurs Etats. Mais "une fois que les établissements et les investisseurs connaîtront vraiment les règles du jeu", prédit M. Trafton, "la popularité des ISA va encore s'accélérer". 

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